Inauguration de la Zone d’activités économiques électrifiées du village de Tièlè
Il a fallu 3 heures de piste rurale
impraticable par endroits, pour que votre serviteur, couvert de poussière,
arrive enfin à destination au petit matin du mercredi 22 janvier 2024. Quelques
instants après, un balai de véhicules attire l’attention des habitants qui
étaient sortis massivement pour assister à un grand événement :
l’inauguration de la Zone d’activités économiques électrifiées du village.
Sous
les you-you et claquements des mains des habitants, la délégation composée du
représentant du directeur national de l’Énergie, Paulin Diarra, du représentant
de la délégation de l’Union européenne au Mali, Michel De Knoop, du maire de la
Commune rurale de Tièlè, Oumar Traoré, de la représentante - Pays de l’Ong
Geres, Aïssata Tall et du représentant
de l’Association malienne d’éveil au développement durable (AMEDD), Mahamadou
Moctar Dicko, est accueillie par le chef du village, Tiéblin Traoré et ses
conseillers dans la «loge officielle» d’un chapiteau dressé pour la
circonstance.
La Commune
rurale de Tièlè compte 13 villages pour une population d’environ 100.000
habitants. L’activité économique tourne autour de l’agriculture, l’élevage et
le commerce. Malgré le dynamisme de leurs habitants, ces villages ne disposent
d’aucune source d’électricité. Ce qui entrave leur développement
socio-économique et les rend plus vulnérables aux effets du changement
climatique. C’est pour changer cette donne que le Geres, avec l’appui financier
de l’Union européenne à hauteur 5 millions d’euros (3,2 milliards de Fcfa) et
la collaboration technique de l’ONG Amedd, a réalisé à quelques centaines de
mètres du village, une zone d’activités économiques électrifiées.
L’infrastructure
marchande est composée d’une dizaine de bâtiments alimentés en électricité par
un système solaire. Grâce à un petit champ solaire de 10 panneaux
photovoltaïques d’une puissance de 19 kilowatts, les usagers disposent du
courant sept jours sur sept et 24 heures sur 24. L’objectif est d’installer une
dizaine de très petits entrepreneurs ruraux (artisans, boulangers, bouchers,
soudeurs, menuisiers, petits transformateurs d’aliments, etc.), afin de
permettre l’accès des populations aux services économiques essentiels.
Dans un
esprit de durabilité, l’ONG a fait appel aux services de l’Association Voûte
nubienne du Mali pour la construction des bâtiments. Née en Nubie (actuelle
Égypte), la technique voûte nubienne permet de construire des habitations aux
toitures voûtées sans coffrage, avec des matériaux locaux, un outillage basique
et de compétences techniques relativement simples. Ce sont des constructions à
isolation thermique naturelle. C’est une solution d’habitat adapté qui répond
aux usages privés et communautaires en milieu rural comme en ville.
À 200
mètres de là se trouve le périmètre maraîcher d’une superficie d’un hectare
aménagé avec la collaboration de l’ONG Amedd, destiné aux femmes du village.
Sécurisé par une clôture en barbelé, le potager est équipé d’un forage alimenté
par le dispositif solaire de la ZAE.
Au cours
de la visite guidée des locaux qui a sanctionné la cérémonie, nous avons
rencontré Fatoumata Traoré, une des exploitantes en train d’arroser quelques
planches de salades vertes. Avec un grand sourire aux lèvres, elle ne cache pas
sa joie d’avoir eu cette opportunité qui lui assurera, peu soit-elle, une
autonomie financière grâce à la vente de ses légumes et une plus-value dans son
alimentation de tous les jours.
Pour
garantir une bonne gestion de l’infrastructure, un Comité de suivi a été mis en
place par le village. Son président, Lassine Mariko est aux anges en évoquant
les avantages de la ZAE pour le développement socio-économique de sa localité.
Auparavant, nous ne pouvions rêver d’une simple eau fraîche à fortiori de la
glace ou autre confort offert par l’électricité, confie-t-il. Aujourd’hui, grâce
à l’électricité en permanence, Tièlè peut enfin prendre son envol en termes de
développement local, espère l’heureux bénéficiaire. Cet espoir
est relayé par le donateur. Aïssata Tall rappelle à cet effet les aspirations
de Geres que sont l’accès à l’énergie en milieu rural et la promotion des
énergies renouvelables.
«Nous sommes heureux de savoir que le peu que nous faisons puisse servir à un grand nombre de personnes», se félicite Michel De Knoop. Il réaffirme l’engagement de l’UE à soutenir le Mali dans son combat pour le développement local durable et l’amélioration des conditions de vie de ses populations. Une ZAE est le symbole de la lumière dans un village, caricature Paulin Diarra, directeur par intérim de l’Agence des énergies renouvelables, représentant le directeur national de l’énergie. Ces espaces adaptés aux très petites entreprises rurales, répondent, à son avis, aux besoins des communautés. De 2015 à nos jours, le Geres a réalisé au total 13 ZAE et 9 périmètres maraîchers au Mali. Le projet court jusqu’en 2027. Pendant ce temps, il est prévu la réalisation de trois ZAE et trois périmètres supplémentaires.
Cheick Amadou DIA
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