Crises, rivalités et exils : Le migrant, baromètre, victime et instrument des tensions internationales

En 2023, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), le nombre de personnes déplacées de force dans le monde a atteint un niveau historique, soit plus de 117 millions.

Publié mercredi 18 juin 2025 à 10:15
Crises, rivalités et exils : Le migrant, baromètre, victime et instrument des tensions internationales

Ceci n’est pas seulement le reflet de guerres ou de catastrophes naturelles mais d’un contexte international profondément marqué par la rivalité croissante entre États et notamment entre grandes puissances, dont les manÅ“uvres stratégiques influencent (parfois intentionnellement) les flux migratoires. Alors que les médias se concentrent souvent sur les migrations irrégulières ou les naufrages en Méditerranée, les migrations forcées liées aux conflits géopolitiques sont rarement abordées comme un phénomène structurant de l’ordre mondial. Pourtant, la migration devient de plus en plus un symptôme visible d’une reconfiguration du pouvoir et les tensions entre États dessinent de nouvelles lignes de fractures humaines.


Les migrants incarnent une triple réalité : ils sont victimes des conflits et des déséquilibres, mais aussi baromètres des tensions internationales, leur nombre et leurs trajectoires signalant l’intensité des crises. Ils sont parfois instruments, délibérément utilisés dans le cadre de luttes de pouvoir.

Conflits armés et stratégies d’influence.

Selon Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, un conflit qui est en réalité une confrontation indirecte entre la Russie et les puissances occidentales, près de 11 millions d’Ukrainiens ont été déplacés. En Syrie, et avant les récents mouvements de retour, plus de 7,4 millions de Syriens étaient des déplacés internes et 4,8 millions s’étaient réfugiés dans les pays voisins.

Le conflit au Soudan, ravivé en avril 2023, a entraîné environ 9,1 millions de déplacements internes et plus de 1,2 million de réfugiés ayant fui vers les pays voisins, notamment le Tchad, qui accueille désormais plus de 1,2 million de réfugiés soudanais. En Amérique latine, dans un contexte de tensions diplomatiques régionales, plus de 7,9 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, selon R4V (2024). Les flux se redirigent vers le Brésil, la Colombie, le Chili.

En Afrique de l’Ouest, le coup d’État de juillet 2023 au Niger a été un point de bascule. Le gouvernement militaire a annulé la loi de 2015 criminalisant la migration irrégulière, rouvrant les routes vers la Libye et l’Algérie. Un ancien agent de l’OIM à Agadez, interrogé par France 24, exprimait :«On ne peut pas demander à un peuple de garder les frontières de l’Europe alors qu’il n’a même pas de quoi garder ses écoles ouvertes».

Dans ces situations, les migrations ne sont plus seulement une conséquence humanitaire, mais s’inscrivent dans des logiques géopolitiques mondiales. À chaque nouvelle montée de violence, le déplacement massif de populations signale la gravité de la situation aux yeux du monde, faisant des migrants un véritable baromètre des tensions internationales.

 

LA MIGRATION COMME OUTIL DIPLOMATIQUE- La migration, ces dernières années, s’est imposée comme un instrument de pression diplomatique, une pratique connue sous le terme de « migration-weaponising». Selon l’International Crisis Group, «l’instrumentalisation des réfugiés par les États belligérants ou autoritaires tend à se banaliser dans un monde fragmenté par les rivalités stratégiques» (Rapport annuel 2023).


Les États-Unis ont conditionné leur aide à des pays comme le Mexique et le Guatemala à des engagements en matière de contrôle des flux, externalisant ainsi une partie de leur contrôle migratoire. Ã€ Gaza, la guerre a ravivé les inquiétudes de déplacements forcés à grande échelle, des responsables israéliens et l’administration américaine ont ainsi publiquement évoqué le «transfert» de la population civile vers d’autres pays tels que l’Égypte et la Jordanie. Aussi, depuis octobre 2023, un blocus sévère et des restrictions systématiques à l’aide humanitaire ont provoqué des déplacements supplémentaires. Certains modèles de distribution militarisée sont perçus comme des tentatives de contrôler le récit humanitaire.


En Biélorussie, le régime d’Alexandre Loukachenko a organisé en 2021 l’acheminement de migrants venus du Moyen-Orient vers les frontières polonaise et lituanienne, en réponse aux sanctions européennes. Ces personnes ont été utilisées comme «armes humaines» dans un contexte de tension entre Minsk et l’Union Européenne.

En Amérique latine, l’émigration vénézuélienne a aussi pris une dimension politique. L’accueil ou le rejet de ces flux a été utilisé comme outil de négociation, notamment avec Caracas ou leurs voisins. La Turquie a utilisé sa position de pays d’accueil de millions de réfugiés syriens pour négocier avec l’Union Européenne, notamment via l’accord UE-Turquie de 2016, elle a de ce fait plusieurs fois menacé d’ouvrir ses frontières pour permettre aux réfugiés syriens de traverser vers l’Europe.

 

VERS UNE RECONFIGURATION DURABLE DE LA GOUVERNANCE MIGRATOIRE ?- Les tensions géopolitiques actuelles conduiront forcément à une reconfiguration de la gouvernance migratoire mondiale et par conséquent à une redéfinition des accords migratoires. D’un côté, certains pays renforcent leurs politiques de fermeture, comme les États-Unis et l’Italie, de l’autre, de nouvelles solidarités régionales émergent, notamment en Amérique latine pour faire face aux nouvelles restrictions américaines sur le régime d’asile.

Les actuels événements au Moyen-Orient illustrent une tendance à l’escalade militaire directe entre puissances régionales et globales, avec des conséquences immédiates sur les populations civiles. Cette dynamique pourrait accentuer la régionalisation des crises migratoires, où les pays voisins deviennent à la fois des zones de transit et des refuges précaires, souvent sans moyens suffisants pour gérer ces flux.

La multiplication des fronts (Israël-Iran, conflit israélo-palestinien, tensions au Liban) rend la gouvernance migratoire encore plus difficile à coordonner. On peut craindre une fragmentation accrue des réponses internationales, avec des politiques nationales de fermeture renforcées, une instrumentalisation croissante des migrations à des fins stratégiques, et une augmentation des atteintes aux droits de l’Homme.

Par ailleurs, le Liban, déjà confronté à une crise économique et politique majeure et à l’accueil de millions de réfugiés syriens et palestiniens, est sous forte pression. Les tensions régionales pourraient déstabiliser davantage ce pays, provoquant de nouveaux déplacements internes et transfrontaliers. La fragilité politique et sécuritaire du Liban fait de lui un point sensible dans la dynamique migratoire du Moyen-Orient. Ces situations illustrent la dimension géopolitique des migrations forcées.

 

LA MIGRATION, UN MIROIR DU DÉSORDRE MONDIAL- Comprendre les migrations contemporaines implique de regarder au-delà des frontières physiques. Les routes migratoires, les camps et les politiques de visas sont les reflets des rapports de force mondiaux. Depuis longtemps, le pouvoir d’un État se manifeste aussi dans la liberté de circulation que confère son passeport, un indicateur discret mais révélateur de son influence internationale.

Réduire la migration à une simple crise humanitaire revient à ignorer sa fonction de baromètre des tensions globales. Les migrants, en tant que victimes, indicateurs et instruments des stratégies internationales, incarnent la complexité du désordre mondial actuel.

Les migrations ne doivent pas être réduites à un outil de négociation diplomatique. Elles sont avant tout l’expression de déséquilibres profonds (conflits, inégalités, dérèglements climatiques), auxquels il faudrait apporter des réponses structurelles. Il devient urgent d’adopter des politiques migratoires fondées sur une approche humaine et solidaire, ancrées dans le respect des droits fondamentaux et la lucidité géopolitique afin de construire des solutions justes et pérennes. 


Sarah Boukri, Docteur en Sciences politiques, Experte en

migration

Rédaction Lessor

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