Les producteurs espèrent des « pluies utiles », capables d’accompagner
la dernière phase du cycle végétatif
Le ciel joue les derniers actes de la campagne agricole 2026. Après un hivernage marqué par des pauses sèches et des déficits dans plusieurs zones, les pluies de septembre ont relancé les cultures. En octobre, quelques précipitations bien placées peuvent encore faire la différence : aider les plantes à achever leur maturation ou, si elles sont trop fortes, fragiliser les récoltes.
Du 1er mai au 29 septembre, la pluviométrie a été précoce, mais irrégulière, avec des écarts importants selon les régions. À Bougouni et Sikasso, certaines localités ont connu cinq à sept jours consécutifs sans pluie, voire une dizaine de jours. Ces séquences sèches ont perturbé les semis et exposé les cultures, particulièrement le maïs, au stress hydrique. « Les premières pluies ont été précoces, mais mal réparties dans le temps et dans l’espace », explique Bakari Mangané, chef du Bureau des prévisions météorologiques de Mali-Météo. La situation a toutefois varié d’une région à l’autre. Le Centre et le Nord ont enregistré d’importantes quantités de pluie, tout comme certaines zones du Sahel occidental, notamment autour de Nioro du Sahel, ainsi que le nord de Ségou. La Région de Kita a également bénéficié de précipitations relativement régulières.
Dans le Sud, notamment à Sikasso, Koutiala, Bougouni et Koulikoro, les cumuls sont restés globalement normaux à déficitaires. Cette disparité explique en partie les différences observées dans l’état des cultures et les perspectives de récolte.
Le maïs figure parmi les cultures les plus touchées. Son développement nécessite une alimentation en eau régulière et les pauses pluviométriques peuvent rapidement affecter son évolution. « À partir du moment où il y a des pauses pluviométriques ou des séquences sèches, cela suscite un stress hydrique au niveau des plantes, notamment au niveau du maïs », souligne Bakari Mangané.
Dans certaines localités, le déficit hydrique a ralenti la croissance des plants. Des producteurs ont même été contraints de revoir leur choix de spéculation. Le mois d’août, moins pluvieux que les années précédentes dans plusieurs secteurs, a accentué ces difficultés. La situation s’est toutefois améliorée en septembre. Les pluies sont devenues plus régulières et parfois abondantes, permettant aux sols de retrouver de l’humidité et aux cultures de poursuivre leur développement. Le 17 septembre, des cumuls de 102 millimètres à Sikasso et de 103 millimètres dans la Région de Kita ont notamment été enregistrés. Ces précipitations ont constitué un apport important pour les cultures, même si leur intensité a également provoqué des dégâts dans certaines localités.
Elles ont permis à plusieurs parcelles de poursuivre leur cycle dans de meilleures conditions, à l’approche de la maturation. Toutes les cultures n’ont cependant pas réagi de la même manière au déficit hydrique. Le coton semble avoir mieux résisté que le maïs. « Le cotonnier résiste beaucoup plus à une forme de sécheresse que le maïs », observe le responsable de Mali-Météo. Mais cette résistance ne met pas le coton à l’abri des risques de fin de saison. Une forte pluie au moment de la récolte peut altérer la qualité du produit, notamment lorsque le coton déjà récolté reste exposé dans les champs.
DES PLUIES ENCORE DÉCISIVEs POUR LES RÉCOLTES -Le mois d’octobre constitue désormais une période charnière. Des précipitations sont encore attendues dans plusieurs zones de production, notamment au cours de la première décade. Pour les agriculteurs, ces dernières pluies peuvent faire la différence entre une culture qui achève difficilement son cycle et une récolte qui arrive à maturité dans de bonnes conditions.« Il reste le mois d’octobre et des pluies sont encore prévues dans les zones de production », indique Bakari Mangané. Le spécialiste espère surtout des « pluies utiles », capables d’accompagner la dernière phase du cycle végétatif sans provoquer de dégâts. Mil, sorgho, maïs, coton et arachide sont notamment concernés. Dans certaines localités, les cultures sont déjà au stade de la maturation et les premières récoltes ont commencé.
Dans d’autres, les plants ont encore besoin d’eau pour terminer leur développement.
L’enjeu est donc désormais moins d’avoir beaucoup de pluie que d’avoir la bonne pluie, au bon moment. Après les séquences sèches, un apport hydrique modéré peut favoriser la maturation. À l’inverse, des précipitations trop fortes ou mal réparties peuvent fragiliser les cultures proches de la récolte, provoquer des inondations ou dégrader la qualité des produits.
La fin de l’hivernage ne signifie pas la disparition des risques. Des séquences sèches de cinq jours à une semaine, voire une dizaine de jours, peuvent encore survenir avec le retrait progressif du front intertropical. Ces pauses pourraient gêner les cultures qui n’ont pas encore achevé leur produits. Mali-Météo appelle également à la vigilance face aux épisodes pluvieux intenses. Les producteurs de coton sont particulièrement concernés en cette période de récolte. Le service météorologique entend poursuivre le suivi quotidien de la situation et diffuser des messages d’alerte et des conseils adaptés. Le programme de pluies provoquées pourrait aussi intervenir lorsque les conditions météorologiques sont réunies.
La campagne 2026 aura par ailleurs été marquée par plusieurs phénomènes météorologiques dangereux. « Une des particularités de cette saison, c’est qu’il y a eu plus de cas de foudre que les autres années », relève Bakari Mangané.
À la date de son intervention, 11 cas de foudre avaient été signalés : six dans la Région de Kayes, un à Bamako, un à Koulikoro, deux à Nara et un à Ménaka. Des inondations ont également causé des dégâts, notamment à Tombouctou et dans certaines localités de Sikasso après les fortes pluies du 17 septembre.
Les données de la Protection civile citées par Mali-Météo faisaient état de sept cas d’inondation, 419 effondrements, 11 cas de foudre et cinq cas de vents violents. Le bilan humain s’élevait à 13 décès, dont la majorité liée à la foudre.
Ces événements rappellent que la météo ne conditionne pas seulement le rendement des cultures. Elle peut aussi mettre en péril les récoltes déjà réalisées et les populations vivant dans les zones exposées. D’où l’importance de l’alerte précoce et de la prévention. Au terme de cette saison contrastée, Mali-Météo dresse ainsi un bilan pluviométrique mitigé. Les déficits enregistrés dans certaines zones n’effacent pas les quantités importantes tombées ailleurs. Surtout, l’amélioration observée en septembre laisse encore une marge d’espoir.
Dans les champs, les premières récoltes ont commencé dans plusieurs localités tandis que d’autres cultures poursuivent leur maturation. La saison des pluies devrait s’achever le 31 octobre. D’ici là, les producteurs espèrent encore quelques passages pluvieux favorables. Après un début de campagne marqué par l’incertitude, le ciel peut encore offrir aux cultures l’eau nécessaire pour boucler leur cycle et permettre aux producteurs de récolter le fruit de leurs efforts.
Makan SISSOKO
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