Les Halles de Bamako sont aujourd’hui un maillon
important de l’approvisionnement des
populations de la capitale
À Bamako, le commerce ne s’organise pas autour d’un seul
espace. Chaque marché possède son identité, ses produits de prédilection et ses
réseaux de commerçants. Les marchandises arrivent de différents horizons, sont
vendues en gros ou au détail, puis repartent vers d’autres quartiers de la
capitale ou vers les régions. Des fonctions différentes, mais complémentaires.
Aux Halles de Bamako, l’activité commence bien avant le
lever du jour. Entre 1 h et 6h du matin, le marché s’anime au rythme des
arrivages. Poissons, viandes et volailles y occupent une place importante. De
grandes quantités de marchandises sont réceptionnées avant d’être redistribuées
dans plusieurs marchés de Bamako et jusque dans les régions. Pour Mohamed
Haïdara, président de la Fédération des associations et groupements de
commerçants et contribuables des Halles de Bamako, cette fonction d’arrivage et
de redistribution fait du marché un maillon important de l’approvisionnement de
la population.
Cette fonction trouve un autre prolongement à Dibida, dont
l’activité s’est progressivement diversifiée. Selon son secrétaire général,
Mamadou Coulibaly, le marché est notamment connu pour la vente de viande, à
l’origine de son appellation. On y trouve également des pièces détachées
automobiles, de la quincaillerie, des articles sanitaires et de la papeterie.
Les commerçants s’approvisionnent notamment auprès de
fournisseurs de Chine, de Dubaï et du Nigeria. Une partie des marchandises est
ensuite acheminée vers d’autres marchés de Bamako et des régions. Dibida
constitue aussi un important espace d’activités génératrices de revenus pour de
nombreux jeunes.
À Dabanani, la diversité prend une autre forme. Salif
Simpara, président de Dabanani et du Collectif des marchés de Bamako, présente
l’espace comme un vaste ensemble regroupant plusieurs sous-marchés, dont
Wonida, spécialisé notamment dans les céréales. Le marché se distingue
particulièrement par le commerce des pièces détachées, mais aussi par la vente
de motos, de panneaux et de vélos. Là encore, les réseaux d’approvisionnement
dépassent les frontières nationales. Les marchandises alimentent ensuite Bamako
et plusieurs localités du pays.
CLIENTÈLE ET APPROVISIONNEMENT-Dans ce ballet quotidien, le
choix d’un marché répond autant à la disponibilité des marchandises qu’à la
présence de la clientèle. Aux Halles de Bamako, Aminata Traoré, vendeuse de
poissons, a choisi cet espace pour sa proximité avec les circuits
d’approvisionnement et l’importance de la clientèle. «Je peux vendre ici, parce
que les poissons arrivent en quantité et les clients connaissent les Halles.
Quand la marchandise arrive tôt, il faut pouvoir la vendre rapidement», explique-t-elle.
Son activité repose sur un équilibre permanent entre approvisionnement et
écoulement. Elle vend en moyenne huit cartons de poisson par jour. Acheté à
17.000 Fcfa l’unité, son approvisionnement quotidien représente environ 136.000
Fcfa. «Ici, je trouve facilement la marchandise et les clients viennent de
plusieurs endroits», poursuit-elle. Pour les produits périssables,
l’emplacement devient ainsi un facteur déterminant : il faut pouvoir
s’approvisionner rapidement, disposer d’une clientèle suffisante et écouler les
produits dans les meilleurs délais.
À Sougounikoura, le décor et les spécialités changent. Dès
l’entrée, les camions citernes attirent le regard. Plus loin, les allées
s’animent progressivement : des camions déchargent leurs marchandises, des
commerçants s’affairent autour des sacs et des cageots et les premiers clients
commencent à circuler. Banane plantain, à igname, oignon et avocat occupent une
place importante dans les étals. Selon les commerçants, une partie de ces
produits provient directement des zones de production du Mali et de la Côte
d’Ivoire.
Commerçant à Sougounikoura depuis plus de 30 ans, Tiékoro
Diakité a suivi l’évolution du marché. Il estime que celui-ci s’est imposé au
fil des années comme un important point de passage pour les produits destinés à
plusieurs autres marchés. « Nous sommes Sougounikoura, nous sommes le siège»,
affirme-t-il pour illustrer cette position dans le circuit de distribution. Les
habitués ont, eux aussi, leurs repères. Fatoumata, cliente régulière, vient
notamment s’approvisionner en igname, oignon, avocat et autres produits
alimentaires. «Même si les prix ne sont plus comme avant, je viens toujours ici
parce que les produits sont de bonne qualité et restent moins chers que dans
les petits marchés », explique-t-elle.
Qualité, prix et diversité continuent ainsi de guider une
partie des consommateurs. Malgré les difficultés, l’activité se poursuit. Dès 4
heures du matin, Sougounikoura reprend vie. Les marchandises arrivent, les sacs
changent de mains et les produits repartent vers d’autres marchés. Le feu qui a
détruit une partie de l’espace n’a pas interrompu cette fonction commerciale.
«C’est nous, Sougounikoura, nous sommes une grande puissance dans la vie de la
population», soutient Tiékoro Diakité.
D’un marché à l’autre, les spécialités diffèrent. Aux
Halles, les arrivages et la redistribution occupent une place centrale. Dibida
mise sur la diversité des marchandises. Dabanani s’appuie notamment sur les
pièces détachées, les motos et les céréales. Sougounikoura se distingue par les
produits frais.
Ces différences ne les opposent pas : elles composent les différents maillons d’un même circuit. Des marchandises arrivent, sont regroupées, vendues et redistribuées avant de poursuivre leur chemin vers les quartiers de Bamako et les autres localités du pays.
Aïchata SISSOKO
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