Sikasso : Les déplacés internes dans le grand dénuement

Chassées de leurs terroirs par les terroristes, de nombreuses personnes ont trouvé refuge dans la Région de Sikasso. Par familles entières, elles vivent aujourd’hui des moments difficiles. Les autorités régionales sont à pied d’œuvre pour leur permettre de bénéficier d’actions de la solidarité nationale

Publié jeudi 20 octobre 2022 à 05:42
Sikasso : Les déplacés internes dans le grand dénuement

Des déplacés internes en train de travailler pour survivre

 

 

Bintou Konaté, ressortissante de Wankoro, localité de Bandiagara, témoigne :«Les rebelles ont attaqué mon village. Ils ont kidnappé certains membres de ma famille. Ils ont emporté tous nos animaux, il y a de cela trois ans. Suite à ces désastres, ma famille a fui le village pour s’installer à Sikasso». Comme elle, de nombreuses personnes ont été contraintes d’abandonner leurs résidences habituelles pour sauver leur vie.

Nombre d’entre eux sont présents à Sikasso. Actuellement, ils ne savent plus à quel saint se vouer. Leurs conditions de vie interpellent tout un chacun. Ils vivent dans des bâtiments en chantier. Les déplacés sont installés aussi dans le marché à bétail de Médine et dans les quartiers de Sirakoro, Médine, Attbougou, Lamine Bambala, Hamdalaye, Ziembougou et Babembabougou.

Certains se sont installés dans le Cercle de Kadiolo. La ressortissante de Wankoro, Bintou Konaté fait partie des déplacés du quartier de Médine. La dame au teint noir révèle qu’elle vit ici avec ses 9 enfants. Elle ajoute qu’à cause de la cherté de la vie, «mon mari est retourné dans notre village pour faire de l’agriculture. Ici, je me débrouille pour subvenir aux besoins de mes enfants en vendant des galettes. Cela ne marche plus. Même aujourd’hui j’ai une tasse remplie de galettes non écoulées. Ce marché n’est plus rentable».

Le regard éperdu dans le vide, elle déclare que depuis six mois elle n’a pas payé son loyer, faute de moyens. à présent, elle craint que le propriétaire ne chasse sa famille de la maison. C’est le sort qui attend la plupart des familles déplacées. «Mon souhait le plus ardent est de trouver un métier pour mes enfants. Cela permettra de réduire mes charges. Nous vivons ici depuis deux ans. Nos conditions de vie sont vraiment déplorables», témoigne-t-elle. Son père travaillait comme ouvrier sur le chantier de la construction de la route 2X2 voies de Sikasso.

« C’est suite à cela qu’il est tombé gravement malade. Après sa guérison, mon père a décidé de rentrer et depuis son départ, il a disparu. Je crois qu’il a été soit kidnappé soit tué par les rebelles», déplore-t-elle. Alidjouma Karambé est un ressortissant de Bandiagara. Il habite dans un bâtiment en chantier avec ses deux frères à Sirakoro.

L’homme au teint noir, la taille moyenne, a une famille de trente personnes. «La situation n’est pas facile. Nos enfants ne sont pas habitués au climat de Sikasso. Ce qui fait qu’ils sont toujours malades. Mes revenus sont tellement maigres que j’arrive à peine à gagner mon pain quotidien», révèle le bûcheron. Alidjouma Karambé demande à l’état de  mettre en place un régime d’assurance maladie pour les déplacés et leurs enfants.

 

BONNES VOLONTÉS- La veuve Mme Konaté Mala Korobara est la présidente de la Coordination des associations des victimes de Sikasso, Loloni, Kadiolo et Zégoua. C’est également elle qui s’occupe de l’accueil de la plupart des déplacés de la région. Depuis près de 4 ans, elle reçoit et accompagne ces déplacés avec la collaboration des autorités régionales. Elle se rappelle qu’en 2019, elle reçu 85 déplacés de Bankass et de Wankoro (Bandiagara). «Nombre d’entre eux ne possédaient que les habits qu’ils portaient.


Des enfants à moitié nus. C’était vraiment pathétique», témoigne-t-elle. Lorsqu’elle a informé les autorités régionales, une grande délégation composée du gouverneur, du directeur régional du développement social, du maire de la Commune urbaine, du préfet du cercle de Sikasso et des ONG sont venus leur apporter des dons. De nos jours, la présidente de la Coordination des associations des victimes de Sikasso, Loloni, Kadiolo et Zégoua s’occupe de plus de 200 déplacés à Sikasso.

Elle souligne  que « chaque fois que les autorités ou encore les bonnes volontés veulent leur offrir des dons, je les rassemble chez moi et on leur partage les dons. Je fais de mon mieux pour eux. à présent, ils sont comme ma famille. »S’exprimant sur les difficultés des déplacés, Mala Korobara met l’accent sur l’accès au logement, à la nourriture, à l’habillement, à la santé et surtout à l’éducation. « Même ce matin, j’ai amené 12 enfants déplacés pour les inscrire à l’école de Médine », indique-t-elle. Par ailleurs, la veuve évoque le cas du vieux Djombo Traoré qui habitait à Sirakoro. Ce dernier a succombé suite à sa maladie. «Malgré mes démarches pour qu’il recouvre sa santé, on n’a pas trouvé de soutien. Finalement, il est décédé », explique notre interlocutrice qui ajoute que des déplacés deviennent fous et disparaissent.

En outre, la veuve Mme Konaté Mala Korobara demande que chacun considère les déplacés comme ses propres frères et sœurs, d’autant plus qu’ils ont été obligés de quitter leurs localités à cause de l’insécurité. « Chacun peut se retrouver dans cette situation», dit Mala Korobara qui invite les autorités régionales à accélérer le processus d’acquisition du récépissé de sa coordination. Elle saisit l’occasion pour appeler les autorités à offrir de l’emploi aux chefs de familles des déplacés afin qu’ils puissent subvenir à leurs besoins. Le directeur régional du développement social de Sikasso, Mamoudou dit Mama Dioni, affirme que l’état et les ONG font de leur mieux pour ces déplacés.

En ce qui concerne la mise en place du régime d’assurance maladie pour les déplacés et leurs enfants, Mama Dioni révèle que les déplacés internes sont affiliés au Régime d’assistance médicale (Ramed). Ce régime constitue un dispositif public de protection sociale non contributif qui assure la prise en charge médicale des indigents, des personnes sans domicile, des prisonniers, des militaires et civils blessés au cours ou à l’occasion des conflits armés et des catastrophes. Par ailleurs, le directeur régional du développement social de Sikasso promet que très bientôt un nouveau projet sera mis en place à Sikasso. Ce dispositif s’occupera en grande partie des difficultés des déplacés internes de la région.

Mariam F. DIABATÉ

Amap-Sikasso

 

Mariam DIABATE / AMAP - Sikasso

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