Dr Fodié Tandjigora et Mohamed Abdellahi Elkhalil
« Il a affirmé sa souveraineté par la construction de l’AES, le partenariat stratégique avec la Russie et les succès militaires récents dont la reconquête d’Anéfis », rappelle Dr Touré. Selon lui, le rétablissement des relations avec « un voisin ne constitue ni concession, ni retour à une tutelle passée, mais traduit la capacité à normaliser sur des bases d’égalité et de respect mutuel ».
« Cette décision sert directement les intérêts des deux peuples et répond à des réalités géographiques et humaines partagées sans remettre en cause l’indépendance de décision du Mali », signale-t-il. Avant d’ajouter que la mesure marque un pas de géant vers une diplomatie mature, où la souveraineté nationale guide chaque ouverture et accord.
Sur le plan sécuritaire, relève le spécialiste des questions sécuritaires, la normalisation peut renforcer l’efficacité de la lutte contre les menaces hybrides. Pour lui, un cadre de concertation bilatéral permettrait un partage ciblé de renseignement et une meilleure maîtrise des flux transfrontaliers. « Ces bénéfices restent subordonnés à la souveraineté malienne », conseille notre interlocuteur.
Il ajoutera que dans le processus de paix, la mesure peut faciliter des ouvertures pragmatiques. Toutefois, nuance Ahmadou Touré, elle ne saurait supplanter l’autorité de l’État malien ni les paradigmes endogènes de médiation. « La paix et la réconciliation restent des affaires strictement maliennes, ancrées dans la refondation nationale et dans les mécanismes souverains que le Mali a choisis », soutient-t-il.
De son côté, le maître de conférences à l’université Yambo Ouloguème de Bamako, Dr Fodié Tandjigora a signalé que les relations algéro-maliennes ont toujours évolué en dents de scie au cours de cette décennie. Il dira que parmi les principaux facteurs de brouille diplomatique figurent la fin de l’accord d’Alger, l’offre d’hospitalité aux rebelles et fugitifs maliens, la neutralisation du drone malien et aussi le rapprochement géopolitique du Mali avec le Maroc sur la question du Sahara occidental. « En réalité, l’Algérie n’a pas encore digéré la fin de son hégémonie diplomatique sur le dossier malien », souligne le sociologue.
PRAGMATISME SOUVERAIN- Fodié Tandjigora se montre un peu sceptique sur la fin de cette brouille entre les deux pays. « Alger et Bamako se rapprochent à nouveau, mais rien n’exclut de futurs incidents d’autant plus qu’Alger tire encore des dividendes de sa tranquillité sur le dossier de la crise malienne », signale-t-il. L’universitaire estime qu’il est difficile de parier sur un impact sérieux de cette reprise sur la lutte contre le terrorisme. En effet, indique-t-il, le communiqué du 10 juillet dernier indique simplement le retour des différents ambassadeurs à leur poste et la réouverture des frontières après 15 mois de tension. « A mon avis, tout dépendra des évolutions politico-sécuritaires de la crise malienne », déclare Dr Tandjigora.
Pour sa part, l’écrivain spécialiste des questions sociales et sécuritaire du Sahel, Mohamed Abdellahi Elkhalil souligne que la décision de Bamako de renouer avec Alger, après une crise diplomatique aiguë notamment liée à l'incident du drone d'avril 2025, est un acte de pragmatisme souverain. Il rappelle que l'Algérie est un voisin « incontournable » avec qui le Mali partage plus de 1.000 km de frontières « poreuses ». De ce fait, pour lui, la rupture était une anomalie géopolitique « coûteuse ».
D’après lui, ce approchement s'inscrit dans un mouvement plus large d’autant que l’Algérie a renoué des liens solides avec le Niger et le Burkina Faso via une diplomatie économique offensive (infrastructures, énergie). « Il est très probable que le Mali, en tant que leader de la Confédération AES, ait coordonné cette initiative pour préserver l'unité de l'Alliance », estime Mohamed Abdellahi Elkhalil.
Pour lui, le retour d'Alger est aussi une réponse à l'offensive diplomatique marocaine. Le spécialiste ajoute que le principal bénéfice attendu est sécuritaire. Toutefois, relativise-t-il, cela est étroitement lié à la relance du processus politique. Notre interlocuteur indique, par ailleurs, que la réouverture de l'espace aérien et le retour des ambassadeurs permettront une coopération opérationnelle directe, jusque-là bloquée. « Cela est vital face aux groupes armés qui exploitent les zones frontalières », estime Mohamed Abdellahi Elkhalil.
Manœuvre stratégique intelligente- Il rappelle que l'Algérie est historiquement le médiateur clé dans les conflits maliens à travers les accords d'Alger. Pour lui, cette normalisation rouvre la voie à un dialogue facile avec les mouvements du Nord, indispensable pour la mise en œuvre du programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR), un pilier du processus de paix longtemps au point mort. « Cette fois-ci, ce pilier doit être bien réactualisé pour éviter des cas de désertions », conseille le spécialiste.
D’après lui, Bamako devra s'assurer que l'influence algérienne sert à sécuriser le Nord et « non à raviver les ingérences dénoncées par le passé ». À son avis, la normalisation des relations avec l'Algérie est une manœuvre stratégique intelligente. Il ajoutera que cette normalisation ne signifie pas un renoncement à la souveraineté, mais une volonté de l'utiliser comme un levier pour des objectifs concrets. « Sur le plan sécuritaire et pour la paix, c'est une condition nécessaire, bien que non suffisante », affirme le spécialiste . Pour lui, l'avenir dépendra de la capacité des deux pays à transformer cette réconciliation diplomatique en actions concrètes sur le terrain.
Bembablin DOUMBIA
Lorsqu'en avril 2025, un drone s’abattit près de la frontière entre le Mali et l’Algérie, ces deux pays frères que relie le désert du Sahara, semblaient soudain au bord de la rupture diplomatique. Ambassadeurs rappelés, espace aérien fermé, ton qui se faisait chaque jour plus acerbe- les.
En début de soirée du vendredi 10 juillet, le communiqué 2026 003 du Gouvernement de la Transition a résonné dans l’opinion nationale comme une nouvelle venue du front d’Anéfis, cette localité stratégique où les Forces armées maliennes et leurs alliés venaient de remporter une victoir.
Selon le porte-parole du gouvernement, le Général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, ces décisions s'inscrivent dans le cadre de la redynamisation des relations de coopération entre nos deux pays.
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