Ramadan : Faible engouement pour les jus industriels

Beaucoup pensent que ce commerce est particulièrement rentable en période de jeûne. Pourtant, la réalité est toute autre pour nombre de commerçants

Publié mercredi 18 mars 2026 à 08:18
Ramadan : Faible engouement pour les jus industriels

Nous sommes le lundi 2 mars, il est 16 heures à Bakaribougou en Commune I. Awa Kamissoko se tient devant des tas de bidons de boissons énergisantes et de jus industriels bien disposés sur une table. Quelques cartons contenant le même produit sont posés sur le sol et d’autres rangés sous la table. Un parasol protège les produits contre le soleil.

Avec sept ans d’expérience dans le métier, cette commerçante détaillante s’approvisionne au marché de Bozola en Commune II du District de Bamako. Le prix des lots de jus varie entre 5.000 et 8.000 Fcfa cette année, contre 4.250 et 7.500 Fcfa l'année précédente. Elle affirme gagner des bénéfices à partir de 250 Fcfa. «Je vendais des jus toute l’année. Mais, à cause du manque de moyens financiers et la baisse de la vente, j’ai décidé d’arrêter ce commerce après la fin du le Ramadan», explique-t-elle.

L’an dernier, elle avait investi 530.000 dans ses marchandises contre 400.000 Fcfa cette année. Selon elle, les prix étaient plus abordables auparavant. Aujourd’hui, elle se dit découragée par le faible engouement pour ses produits et la hausse de leurs prix. «Avant, je pouvais vendre entre 100.000 et 120.000 Fcfa par jour. Les clients faisaient même le rang pour être servis. Cette année, je n’arrive pas à atteindre 50.000 Fcfa par jour», regrette-t-elle, évoquant également les pertes causées par les bouteilles qui tombent et se cassent.


Aminata Traoré, également vendeuse de jus, sert deux clients. Elle exerce ce métier depuis 2021. Elle s’approvisionne au marché «Dabanani» à Bozola. Tous les trois jours, la marchande renouvelle son stock pour un montant compris entre 10.000 et 20.000 Fcfa. Aminata achète un carton de différentes marques de jus à 3.250 Fcfa et revend chaque bidon à 700 Fcfa. L’année dernière, le carton de même type coûtait 3.000 Fcfa.

Au marché de Dabanani, dans «Dadoumani boutique Bagayoko et Fils», Oumar Goïta s’occupe d’un client. Il a hérité ce travail de son père. Selon lui, certains jus sont fabriqués au Mali. D’autres proviennent du Sénégal et du Burkina Faso. «Des importateurs font venir les produits au Mali, et nous les achetons en gros chez eux», explique celui qui a 25 ans d’expérience dans ce métier. Il peut recevoir un conteneur contenant entre 70.000 et 80.000 paquets par semaine.


Malgré le Ramadan, il constate également une baisse de la vente. «Les années ne se ressemblent pas. Mais ce travail nous a beaucoup apporté. Nous sommes indépendants», affirme-t-il. Cependant, il met toutefois en garde contre la consommation excessive de jus très sucré, qui peuvent avoir des effets négatifs sur la santé.

 

DEFI DE CONSERVATION-Amadou Goïta, commerçant, avec 15 ans d’expérience dans le domaine, évoque les difficultés liées à la conservation des produits dans un pays chaud comme le Mali. «La chaleur provoque l’évaporation dans les boîtes, ce qui peut entraîner des pertes», explique-t-il.

Cependant, ses ventes restent relativement satisfaisantes. «Hier et aujourd’hui, j’ai vendu 100 paquets de boisson», se réjouit celui qui vend le lot de six bidons de 1,25 litre à 3.250Fcfa contre 3.000 Fcfa l'an passétandis qu’un casier de 24 bouteilles qui coûtait9.500 Fcfa est vendu à 10.000 Fcfa.Il peut réaliser une recette quotidienne comprise entre 300.000 et 500.000 Fcfa. Ses casiers de 30 bouteilles qui coûtaient 6.500 Fcfa, sont maintenant vendus à 6.750 Fcfa.

Amadou Coulibaly, un client, se tient en face d’une vendeuse pour acheter un bidon de jus. Il préfère acheter auprès des vendeuses au bord de la route, qu’il juge plus accessibles. «J’achète selon mon pouvoir d’achat. Aujourd’hui, j’ai dépensé 1.800 Fcfa», précise-t-il. Comme les commerçants, il constate que les prix ont augmenté cette année en raison des difficultés du marché.

Ces produits présentent à la fois des effets positifs et négatifs sur la santé. Le nutritionniste Moussa Diallo souligne que les boissons énergisantes offrent principalement un boost temporaire d'énergie, de vigilance et de concentration grâce à la caféine, la taurine et le sucre. Selon lui, elles permettent également de réduire la somnolence et d’augmenter les performances sportives.

Cependant, le spécialiste met en garde contre leurs inconvénients. Il précise que les boissons sucrées colorées présentent des risques majeurs sur la santé, notamment l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et les caries dentaires, en raison de leur haute teneur en sucres et acides. «Certains colorants artificiels sont associés à l’hyperactivité chez l’enfant. Ils peuvent provoquer des réactions allergiques et ils sont suspectés d’être cancérogènes», poursuit-il.

Concernant les boissons énergisantes riches en caféine et en sucre, Moussa Diallo alerte sur les risques cardiovasculaires (tachycardie, hypertension, arythmie), neurologiques (anxiété, insomnie, nervosité) ainsi que le risque de dépendance. Il précise qu’une consommation excessive, notamment chez les jeunes ou lorsqu’elle est associée à l’alcool, peut entraîner de graves problèmes de santé.

Le spécialiste en nutrition recommande de limiter leur consommation, de lire attentivement les étiquettes, afin d’identifier les colorants controversés et de privilégier les boissons sans colorants artificiels. «À consommer avec modération, les autorités sanitaires déconseillent ces boissons aux enfants, aux adolescents, aux femmes enceintes et aux personnes sensibles à la caféine», conclut-il, rappelant qu’il est généralement recommandé de ne pas dépasser 400 à 500mg de caféine par jour, soit environ 5 à 6 canettes de 250 ml de boisson énergisante.

Jecolia DAKOUO

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