Le village de Djoulafoundo, dans la Commune
rurale de Nouga, Cercle de Kangaba est situé à environ 4 km de la frontière
guinéenne. Sa situation géographique le place dans la zone pré-guinéenne avec
une pluviométrie abondante et régulière sur une longue durée pendant
l’hivernage. Autrefois paradisiaque à cause de la verdure luxuriante, cette
bourgade dont 95% de la population vit de l’agriculture connaît une sècheresse
sans précédent. Plus d’un mois après le démarrage des pluies, les précipitations
se font rares. C’est dans cette angoisse que se trouve Fabou Keïta, l’un des
plus grands producteurs de maïs de la contrée
La présente saison est une année
particulière pour lui. Depuis le début de l’hivernage, il n’a pas compté 10
jours de pluie. «Nos semis manquent d’eau, certains sont même en train de
mourir déjà», s’inquiète notre paysan. Arrêté au beau milieu de son champ de 2
hectares, les mains à la hanche, le visage amer, il contemple les jeunes pieds
de maïs qui poussent lamentablement dans un sol presque sec. Derrière lui, on
aperçoit quelques troncs de karité qui ont été laissés dans le champ. Le jeune
cultivateur vient chaque jour s’enquérir des nouvelles de son champ. Dans cette
contrée du Mandé, la pluie est actuellement très sollicitée.
La population
implore Dieu dans les prières à la mosquée pour qu’il pleuve. Pendant que la météo
est de plus en plus clémente dans la capitale, notre paysan s’indigne du
paradoxe. «Nous qui en avons le plus besoin, nous n’en recevons pas assez. à
Bamako où les gens ne cultivent pas, il pleut abondamment», se lamente-t-il. «On
a même peur de se rendre au champ pour ne pas le voir autrement. Mais on est
obligé de venir s’assurer de son évolution», affirme-t-il. Selon lui, déjà à la
mi-juillet, on se croirait au mois de mai. C’est vraiment déplorable, poursuit
notre interlocuteur.
Déguémory Keita est un autre cultivateur de
Djoulafondo. Au moment où nous le rencontrons dans son champ, il rentrait déjà à
la maison. Trop fatigué, il tient un petit sac de graines de maïs dans la main.
«Cette année est un gaspillage de semences, car on sème et ça ne germe pas»,
lance-t-il d’un air désespéré. «Maintenant, on est obligé de ressemer jusqu’à
deux ou trois fois, faute de pluies. Quant il pleut une fois, la terre aspire
toute cette humidité avant qu’une autre tombe», déplore le quadragénaire.
De son côté, houe à la main avec des graines
d’arachide, Sata Magassouba se concentre sur la semence de son champ. Malgré
l’absence d’humidité, elle prend le risque de semer son lopin de terre. «J’ai déjà
une partie de mon champ sur laquelle les semis ont germé. J’achève le reste qui
a pris un peu de retard. Mais s’il ne pleut pas, je risque de tout perdre cette
année, s’inquiète-t-elle.
Mory, un Guinéen de la contrée de Siguiri, est venu
faire ses courses à Dioulafoundo. Lui aussi, exprime ses inquiétudes et le
calvaire de ses compatriotes qui partagent cette zone frontalière avec notre
pays. «S’il ne pleut pas régulièrement, ça risque d’être une catastrophe.
Depuis le début de la saison pluvieuse, la pluie se fait rare. Nous n’avons
jamais fait 20 jours successifs sans relâcher les bœufs se reposer, et ça
perturbe les labours», affirme-t-il.
Ces inquiétudes liées à la situation pluviométrique
générale sur le territoire sont corroborées par les dernières données
scientifiques sur l’état de notre climat. Il en ressort que les vagues de
chaleur, les sécheresses et les incendies qu’on observe un peu partout dans le
monde aujourd’hui, sont les signes avant-coureurs des conséquences fâcheuses du
réchauffement climatique.
Dans son dernier rapport qui a été commenté dans nos
colonnes, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(GIEC) prévoit que le continent africain sera le plus touché par une
augmentation de la température du globe. Or, au rythme où nous progressons,
rien ne nous épargne de cette hypothèse. Ici, au Mali, ne sommes-nous pas déjà
atteints ? Maintenant, il faut s’adapter pour survivre.
N’Famoro KEÏTA
Rédaction Lessor
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