Plateforme interopérable de paiements instantanés dans l’Uemoa : La Bceao court vers la monnaie numérique

Le PI-SPI constitue la première étape vers la digitalisation complète de la monnaie dans l’Uemoa. Il prépare le terrain pour l’arrivée de E-CFA, la Monnaie numérique de banque centrale (MNBC) que la Bceao prévoit de lancer

Publié mercredi 13 août 2025 à 09:28
Plateforme interopérable de paiements instantanés dans l’Uemoa : La Bceao court vers la monnaie numérique

Siège de la Bceao

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) va franchir un cap important dans la modernisation des systèmes financiers sous régionales. Dans un communiqué en date du 1er aout dernier, l’institution financière a annoncé le déploiement en septembre prochain, d’une Plateforme interopérable de paiements instantanés (PI-SPI). Il s’agit d’une infrastructure mise en place pour permettre que les transferts d’argent dans l’espace Uemoa, se fassent  instantanément, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Des tests en conditions réelles ont déjà eu lieu en juin dernier sur un échantillon de clients sélectionnés par les établissements participants, précise le communiqué. Au Mali plusieurs établissements financiers ont participé à cette phase pilote en l’occurrence la Banque atlantique, la Baobab, la BCI, la  Cofina, la BDM, la BIM, la BMS, la BOA, Coris Bank, Ecobank, Orabank et UBA.

Pour rappel, cette plateforme interopérable du système de paiements instantanés est l’aboutissement d’un processus lancé dès janvier 2024, avec la publication par la Bceao de l’instruction 001-01-2024 sur les services de paiement dans l’Uemoa. Cette directive oblige tous les prestataires à offrir des services de paiements instantanés, quel que soit le type de compte utilisé.

L’Agence de presse Ecofin développe dans une analyse publiée sur la question, que la PI-SPI repose sur un mécanisme de switch centralisé permettant d’interconnecter les institutions financières, afin qu’elles puissent échanger entre elles sans avoir à recourir à des passerelles spécifiques pour contourner les obstacles d’incompatibilité. Grâce à cette plateforme, plusieurs opérations seront désormais possibles.

Dans un entretien accordé à notre rédaction, l’économiste et ancien ministre malien Harouna Niang salut l’initiative et se réjouit quand aux avantages de ce système innovant. Selon lui, contrairement aux systèmes classiques dans lesquels un virement interbancaire peut prendre 24 à 72 heures avant d’être crédité sur le compte du bénéficiaire, du fait des multiples étapes de compensation et de règlement, les clients pourront désormais envoyer et recevoir de l’argent en temps réel, sans barrières entre les différents systèmes. «La plateforme utilise une technologie de pointe basée sur la norme internationale ISO20022, ce qui garantit des transactions rapides, sécurisées et compatibles entre tous les acteurs financiers», ajoute t-il.

Ce qui va changer avec le PI-SPI, c’est aussi que le système est interopérable, reliant banques, mobile money et microfinance dans un même réseau. Il fonctionne en continu, sans interruption les week-ends ou jours fériés. Cela rapproche la région des standards mondiaux où les paiements instantanés deviennent la norme, comme en Europe avec SEPA Instant ou en Inde avec UPI.

 

DIGITALISATION COMPLÈTE- À en croire l’économiste, le PI-SPI constitue la première étape vers la digitalisation complète de la monnaie dans l’Uemoa. Il prépare le terrain pour l’arrivée de E-CFA, la Monnaie numérique de banque centrale (MNBC) que la Bceao prévoit de lancer. Avec cette monnaie, les citoyens et entreprises pourront détenir directement une monnaie numérique émise par la Banque centrale, sécurisée et utilisable sans compte bancaire. Le PI-SPI est donc l’infrastructure qui facilitera cette transition, en habituant les populations et les institutions aux paiements totalement numériques.

Pour ce qui est de l’inclusion, Harouna Niang déchiffre qu’aujourd’hui plus de 60% des adultes de l’Uemoa ne possèdent pas de compte bancaire. Le PI-SPI va leur permettre d’envoyer et recevoir de l’argent directement depuis leur téléphone mobile, même sans compte bancaire, de bénéficier d’un réseau commun reliant micro finance mobile money et banques sans devoir changer d’opérateur.

Le système permet en fin de réduire les frais de transfert, rendant les services financiers accessibles aux petits montants et aux zones rurales. Les délais sont supprimés. Toute chose qui fluidifie le commerce, réduit les coûts et dynamise les échanges économiques dans toute la région. En termes de traçabilité, notre interlocuteur note que chaque transaction est identifiée et suivie, ce qui améliore la transparence et la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. «Cette interopérabilité est donc un levier majeur pour bancariser les exclus et rapprocher l’argent numérique du quotidien de millions de personnes», a-t-il conclu.

Plusieurs acteurs sont dans tous les cas optimistes au sujet de la PI-SPI. «Ce projet est bien plus qu’une réforme technique. C’est un levier stratégique pour une finance plus ouverte, plus inclusive et plus résiliente. Les acteurs publics, privés et technologiques ont ici l’opportunité de co-construire un écosystème financier unifié en Afrique de l’Ouest, au service de la croissance et de l’impact», s’enthousiasme Patrick Zady, associé directeur du cabinet Kiffy Partners, cité par Ecofin.

Malgré ces impacts positifs sur la vie des communautés, l’Agence Ecofin alerte néanmoins que plusieurs défis devront être relevés. Parmi eux, les processus d’intégration qui pourraient contraindre les établissements à adapter leurs systèmes informatiques d’opérations, et les risques de cyber attaques toujours plus nombreux à l’ère de l’intelligence artificielle. Par ailleurs, certains services traditionnels de transfert d’argent pourraient voir leurs revenus baisser avec une migration massive des utilisateurs vers des canaux interopérables plus rapides et moins coûteux. Les intermédiaires financiers qui tirent profit des inefficacités du système actuel pourraient ainsi voir leurs marges réduites.

Lougaye ALMOULOUD

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