Producteur
d’uranium, le Niger se hisse désormais parmi les décideurs du nucléaire civil
mondial et prend place au cœur des débats stratégiques sur l’énergie et la
sécurité internationales.
Le vote,
intervenu en séance plénière, place le Niger aux côtés de 34 autres nations,
dont le Togo, le Portugal et l’Arabie Saoudite, au sein d’un organe exécutif
aux prérogatives considérables. Le Conseil des gouverneurs n’est pas une simple
tribune diplomatique. Composé de 35 membres, cet organe constitue l’un des
principaux centres névralgiques de décision de l’AIEA, particulièrement sur les
questions sensibles liées aux garanties dans le cadre du Traité de
non-prolifération. Ses prérogatives s’étendent à l’examen et à l’approbation du
budget de l’Agence, à la validation des programmes de travail et à l’étude des
demandes d’adhésion de nouveaux États membres.
Plus
crucial encore, le Conseil supervise les accords de garanties nucléaires et
autorise la publication des normes de sûreté de l’AIEA, des missions
particulièrement sensibles dans le contexte géopolitique actuel. Il nomme
également le Directeur général de l’Agence, sous réserve de l’approbation de la
Conférence générale. Ses cinq réunions annuelles constituent autant
d’opportunités pour le Niger de faire entendre sa voix sur des dossiers qui
touchent directement à ses intérêts nationaux.
La
Conférence générale de Vienne, qui s’est déroulée du 15 au 19 septembre, a
rassemblé un parterre impressionnant de responsables internationaux : 57
ministres, 37 vice-ministres et 348 représentants d’organisations
internationales et non gouvernementales. Cette forte mobilisation témoigne de
l’importance croissante des enjeux nucléaires civils dans un monde en quête de
solutions énergétiques durables.
La
délégation nigérienne, conduite par le Colonel Maizama Abdoulaye, ministre de
l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement, n’a pas laissé sa
place au hasard. Accompagné de la Présidente de la Haute Autorité à l’Énergie
Atomique (HANEA) et de plusieurs cadres spécialisés du ministère, de la HANEA
et de l’Autorité de Régulation de la Sûreté Nucléaire (ARSN), le ministre a su
convaincre les 180 États membres présents de la légitimité nigérienne.
Cette
accession à un poste d’influence n’est pas le fruit du hasard. État membre de
l’AIEA depuis mars 1969, le Niger, en tant que pays producteur d’uranium, a
toujours eu un lien particulier avec le nucléaire civil. Pendant des décennies,
sa contribution fut essentiellement minière. Désormais, il entend peser sur les
orientations politiques, techniques et sécuritaires du secteur. « Cette
élection n’est pas une fin en soi, mais un moyen», analyse un diplomate. «Elle
offre au Niger une tribune pour défendre une vision équilibrée du nucléaire
civil, qui concilie développement énergétique, sûreté absolue et
non-prolifération. Pour un pays qui ambitionne de développer ses propres
capacités, c’est un poste d’observation et d’action inestimable». Cette
ambition nationale est incarnée par le Comité d’Orientation Stratégique pour le
Programme Electronucléaire (COSPEN), créé en 2015 et placé sous le haut
patronage du Président de la République, le Général Abdourahamane Tiani.
L’objectif est clair : examiner les politiques et stratégies pour la mise en
œuvre efficiente des projets du Programme électronucléaire nigérien.
L’élection
au Conseil des gouverneurs intervient donc à un moment charnière. Elle va
permettre au Niger de bénéficier d’une expertise de premier plan et de tisser
des partenariats stratégiques essentiels pour concrétiser ses projets
énergétiques. En siégeant cinq fois par an à Vienne, les représentants
nigériens seront au cœur des débats sur les nouvelles technologies, la sécurité
des réacteurs et la gestion des déchets.
Cette
victoire diplomatique, saluée à Niamey, envoie un signal fort. Elle démontre la
capacité du Niger à mener une diplomatie active et compétente, même dans des
domaines de haute technicité. Alors que le monde cherche des solutions pour une
énergie décarbonée, le Niger, avec son uranium et désormais sa voix au
chapitre, se positionne comme un acteur responsable et incontournable de la
transition énergétique du XXIe siècle. Le pays ne se contente plus de fournir
la matière première ; il participe désormais à écrire les règles du jeu.
Source : actuniger
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