Montée des eaux à Gao : Des maisons en ruine

La crue a rendu la RN18 quasi impraticable. Or c’est la route principale d’approvisionnement des Régions de Gao, Ménaka et Kidal en denrées alimentaires et autres produits de première nécessité

Publié jeudi 09 janvier 2025 à 07:18
Montée des eaux à Gao : Des maisons en ruine

La route ralliant Bourem submergée par les eaux du fleuve

La montée des eaux du fleuve Niger, amorcée depuis quelques semaines, se poursuit avec son lot de désolation et de sans abris à l’est du pays. Dans sa folle course Issa bero ou encore Bajoliba (ou le grand fleuve en langues officielles songhoy et bamanankan) rase et avale tout sur son passage. Sa colère n’épargne ni maison, ni route, ni champs. Les dernières victimes de son courroux sont les routes nationales (RN) numéro 16 et 18 (RN 16 et RN 18). Ces voies sont aujourd’hui submergées les rendant ainsi impraticables. Compliquant l’approvisionnement des Régions de Gao, Ménaka et Kidal en denrées alimentaires et autres produits de première nécessité.

La RN 18 dessert Gao, Bourem en allant à Tombouctou jusqu’en Mauritanie via Bamba. Appelée route transsaharienne, elle relie également Gao à certains pays frontaliers comme l’Algérie, le Maroc et le Niger. «C’est la seule voie par laquelle les transporteurs nationaux et internationaux, surtout ceux d’Algérie et du Maroc approvisionnent en produits locaux ou d’exportation la Région de Gao et ses différents cercles (Gao, Soni Ali Ber, Bourem et Bamba et Almoustrat) en allant vers la Région de Tombouctou», soutient Moussa Arboncana Touré, conseiller du village de Berra (Commune rurale de Soni Ali Ber).

Ce qui en fait un moteur de développement, un élément essentiel pour le déplacement des personnes et de leurs biens, explique le directeur régional des routes de Gao, Adama Cissé. Cet ingénieur en construction civile juge particulière la crue du fleuve Niger de cette année. Cette situation a, selon lui, fortement endommagé également les routes de la Région de Gao notamment celle qui donne accès au Pont de Wabaaria et la route menant à Bourem. Une autre raison, explique-t-il, l’ancienne route qui servait de digue à la nouvelle se trouvait dans un état de dégradation avancé avant la montée des eaux.

À cause de son mauvais état et de l’impact des eaux stagnantes, les revêtements et les accotements ont été arrachés. L’eau étant l’ennemi n°1 d’une route, à en croire le spécialiste. Aussi, ajoute le technicien, la RN18 a été longtemps considérée comme faisant partie du projet d’aménagement du barrage de Taoussa. Le chantier de construction de cet ouvrage gigantesque peine à démarrer «pour des raisons que nous ignorons», dit le directeur régional des routes de Gao.

Les Forces de défense et de sécurité, les autorités communales de Soni Ali Ber et les jeunes avaient posé quatre dalots (des ouvrages de drainage des eaux) pour faire évacuer en vain les eaux stagnantes sur la voie. Ces dalots  qui ont été posés sur la route de Bourem, ont été submergés par les eaux, les calculs de réalisation qui ont été faits sur la base de données hydrologiques n’ont pas prévu ce cas exceptionnel de montée des eaux, estime le directeur régional des routes. Adama Cissé rassure que dès que l’eau se retire, des dispositions sont prévues pour intervenir sur les deux routes.

DÉVIATION- Ces travaux d’entretien réalisés par le génie militaire, les autorités communales de Soni Ali Ber et les jeunes des treize villages de cette commune pour protéger la RN18 ont été complétement submergés, confirme Moussa Arboncana Touré.

Son engloutissement par les eaux du Niger contraint des usagers à emprunter actuellement une déviation sur la route de Kidal. Ce qui rallonge le trajet et le temps de voyage. Situation à laquelle ils ne s’accommodent guère et expriment à qui veut l’entendre leur amertume de vivre un tel calvaire.

La submersion de la RN°18 a causé des dommages à une centaine de familles dans les treize villages de la Commune rurale de Soni Ali Ber, souligne le président de l’Association des propriétaires de tricycles de la circonscription. Nouhou Touré, habitant du village de Zindiga, révèle que certains ont investi d’énormes fortunes dans la construction de leurs maisons en banco sur la berge du fleuve Niger, sans penser à une telle crue.

C’est le cas d’Aboubacar Maïga et Hamma Maïga. Ces deux conducteurs de tricycle vivaient tranquillement avec leurs familles dans des maisons érigées en banco dans ce village.

Ils se sont réveillés le 24 décembre dernier les pieds dans l’eau suite à la montée des eaux. Mohamed Souleymane dit être l’un des premiers à avoir sa maison engloutie par les eaux. Lui et sa famille ont été accueillis par un foyer. Il pointe du doigt le manque de solidarité de la part des autorités régionales estimant qu’aucune d’entre elles n’a fait le déplacement sur les lieux pour constater les dégâts. Il explique aussi que le besoin en tentes est criard et invite l’État à satisfaire ce besoin.

Au village «Hounbourey Ben», Mme Alkarimat Welt Iglass, est en train de farfouiller dans ses affaires. Elle occupe une cour avec d’autres femmes victimes de la crue. Toutes ont du mal à s’accommoder de leur nouvelle situation. Interrogée sur la montée des eaux, elle éclate en sanglots. «Notre chef de famille a vu cinq de ses maisons en banco s’écrouler du fait de la crue.  Face à cette catastrophe naturelle, nous avons squatté cette cour en attendant. En cette période de grand froid, être sans abris n’est pas une situation enviable», se désole la pauvre dame. Elle réclame des couvertures pour les enfants qui sont vraiment vulnérables au froid et  espère sur le soutien des autorités et des personnes de bonne volonté. 

Grâce à la sensibilisation faite par la direction régionale de la protection civile de Gao et ses partenaires, on ne déplore aucune perte en vie humaine. Mais le spectacle est désolant. Les eaux poursuivent leur chemin jusqu’au village «Hounborey Ben», prosaïquement la peur est finie en français, pour traverser la route de Kidal. Quand arrêteront-t-elles de faire peur et mal?

Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao

Lire aussi : 47è promotion de l'Emia : 343 officiers prêts à servir la nation

Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a présidé, vendredi dernier au centre d’instruction Boubacar Sada Sy de Koulikoro, la cérémonie de sortie et de prestation de serment de la 47è promotion de l’École militaire interarmes de Koulikoro (Emia)..

Lire aussi : Forêt de Ouessebougou : Une base terroriste détruite par les FAMa

Dans le cadre des opérations de surveillance du territoire menées le 27 novembre 2025, les Forces armées maliennes (FAMa) ont découvert une importante base terroriste dissimulée sous un couvert végétal dans la forêt de Ouessebougou, à proximité de Sébabougou..

Lire aussi : Programme africain de mini-réseaux : Plus de 8.000 bénéficiaires

Le Projet national du Programme africain de mini-réseaux permettra la mise en service directe d’au moins 309 kilowatts de puissance solaire photovoltaïque installée et 754 kilowattheures de capacité de stockage sur batteries. Il bénéficiera directement à plus de 8.000 personnes, dont 50% de.

Lire aussi : Journée mondiale du souvenir des victimes de la circulation routière : Les ministres Madina Sissoko et Assa Badiallo Touré au chevet des victimes d’accidents

La ministre des Transports et des Infrastructures, Mme Dembélé Madina Sissoko, accompagnée de sa collègue de la Santé et du développement social, le Colonel-major Assa Badiallo Touré, était hier à l’hôpital Gabriel Touré pour remettre un important lot de kits de premier secours et de m.

Lire aussi : Croissance économique : Le FMI salue la solidité de la trajectoire du Mali

Pour 2026, il est attendu une croissance de 5,5% en rapport avec une reprise de la production aurifère et une amélioration progressive des conditions de sécurité. L’inflation, elle, devrait fléchir à 2,5%, largement conforme à la norme communautaire de 3%.

Lire aussi : Fafe : Une administration mobilisée pour atteindre les objectifs

La 13è session du comité de pilotage du Fonds d’appui à l’automatisation de la femme et à l’épanouissement de l’enfant (Fafe) s’est tenu, hier à son siège..

Les articles de l'auteur

Gao : Lancement de la campagne de vaccination contre la peste de petits ruminants


Dans la Région de Gao, la campagne spéciale de vaccination et de marquage contre la peste des petits ruminants (PPR) a été officiellement lancée, jeudi dernier, par le conseiller aux affaires économiques et financières du gouverneur de la région, Alhader Bella Maiga..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié mardi 25 novembre 2025 à 08:42

Gao : la 2è édition du festival Koïma aura lieu du 17 au 23 novembre prochain

La cité des Askia accueille, du 17 au 23 novembre, la 2è édition du festival Koïma initié par l’association «Lassal» de Gao..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié mercredi 19 novembre 2025 à 08:18

Gao : Le gouverneur met en garde contre la spéculation du carburant

La population de la Région de Gao est confrontée quotidiennement à la spéculation des denrées alimentaires et des hydrocarbures dont la cause principale est le mauvais état de la route et de l’insécurité qui prévaut dans la localité..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié jeudi 06 novembre 2025 à 16:55

Gao : Plusieurs communautés favorables aux PFE labellisées

La cérémonie de labellisation des «communautés favorables aux pratiques familiales essentielles (PFE)» s’est tenue le 28 octobre dernier au Centre Niali, sous la présidence du directeur de cabinet du gouverneur, Mamadou Diakité..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié mercredi 05 novembre 2025 à 09:12

Gao : Des vivres et non vivres pour les couches vulnérables

Dans le cadre de la 30è édition du Mois de la solidarité placée cette année sous le thème «Solidarité dans la diversité culturelle, base d’une société inclusive», le gouverneur de la Région de Gao, le Général de division Moussa Moriba Traoré, a procédé le mardi 21 octobre, à la remise symbolique de vivres et non vivres aux couches vulnérables, notamment les personnes âgées, les handicapés physiques, les non-voyants, les personnes de petite taille et les personnes vivant avec le VIH..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié mercredi 29 octobre 2025 à 13:39

Gao : Des mesures strictes contre l’exploitation illicite du site minier de N’Tahaka

Suite à la recrudescence de l’insécurité dans la Région de Gao, des mesures strictes ont été prises concernant les activités illicites sur le site minier de N’tahaka, situé à une cinquantaine de kilomètres de la Commune urbaine de Gao..

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié vendredi 17 octobre 2025 à 12:43

Gao : La menace d’une pénurie d’eau potable

Face à la situation, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) préconise d’installer une station d’eau de surface au niveau de Wabaaria.

Par Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao


Publié jeudi 16 octobre 2025 à 13:28

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner