L'Essor : Le Mali confirme sa domination sur le basket féminin de jeunes avec ce dixième titre U18. Quel est le secret de cette régularité au sommet continental ?
Me Jean Claude Sidibé : Le secret réside d'abord dans le travail rigoureux de nos techniciens et la capacité d'adaptation exceptionnelle de nos jeunes face à toutes les adversités. À Abidjan, la compétition a été particulièrement intense, parfois marquée par un arbitrage manifestement hostile visant à déstabiliser le Mali. Mais quand le travail est bien fait et qu'on marche avec la foi et le Seigneur, on ne craint absolument rien. Nos filles ont répondu présentes sur le terrain.
L'Essor : Comment évaluez-vous le parcours global des équipes nationales dans cet Afrobasket U18 et quels enseignements tirez-vous de leurs prestations ?
Me Jean Claude Sidibé : Chez les filles, le Mali a dominé ses adversaires avec une maîtrise collective et une régularité impressionnantes du début à la fin. En revanche, pour les juniors garçons, je n'ai que des regrets. La qualification en finale nous tendait les bras, mais nous sommes passés à côté à cause d'une combinaison d'erreurs : un retard de réaction de l'encadrement technique avec un temps mort demandé bien trop tard après six minutes de jeu sans inscrire le moindre point et une précipitation excessive des joueurs dans les moments clés. C'est une leçon douloureuse, mais nous allons travailler d'arrache-pied pour rectifier le tir d'ici deux ans. La relève masculine et féminine est déjà en rodage à travers les tournois de zone U16 à Dakar.
L'Essor : Les distinctions individuelles (MVP, meilleure marqueuse, 5 majeur) ont encore une fois plébiscité le talent malien. Quel regard portez-vous sur l'éclosion de ces jeunes pépites ?
Me Jean Claude Sidibé : Ce ne sont pas des révélations d'un jour, ce sont des joueuses que nous suivons méthodiquement depuis des années. Maïmouna Traoré, élue MVP et meilleure meneuse du tournoi, était déjà championne d'Afrique U16 à Pretoria à seulement 16 ans. C'est également le cas de Couda Keïta, qui s'est imposée comme meilleure marqueuse et meilleure tireuse à trois points. Quant à Assan Mariko, elle a prouvé sa maturité en dominant les récents play-offs du championnat national sous les couleurs du Djoliba AC.
L'Essor : Derrière ces succès à répétition chez les filles, quel est le rôle réel des centres de formation et du championnat national ?
Me Jean Claude Sidibé : C'est la pierre angulaire de tout notre édifice. La clé de ces réussites répétées repose entièrement sur la qualité du travail accompli dans nos centres de formation, d'où émergent la quasi-totalité de nos athlètes. Je tiens à féliciter et encourager chaleureusement tous les formateurs locaux pour leur pugnacité et leur dévouement au quotidien, malgré des moyens parfois limités.
L'Essor : L'encadrement technique local, représenté notamment par des techniciens comme Sory Diakité, montre sa valeur. Quelle est la politique de la fédération en matière de formation continue des entraîneurs nationaux ?
Me Jean Claude Sidibé : Nous faisons de la montée en compétences de nos cadres une priorité. L'an dernier, j'ai particulièrement salué l'initiative personnelle des entraîneurs qui ont fait venir, à leurs propres frais, un instructeur de haut niveau pour se perfectionner. La seconde phase de cette initiative est actuellement en préparation et sera cette fois-ci intégralement prise en charge par la fédération. En parallèle, des modules de formation continue sont régulièrement dispensés au niveau des Ligues régionales qui en font la demande.
L'Essor : Ce sacre continental qualifie directement les Aiglonnes pour le Mondial U19. Quel plan de préparation la fédération compte-t-elle mettre en place pour rivaliser avec le gratin mondial ?
Me Jean Claude Sidibé : Si les acteurs du basket me renouvellent leur confiance lors de l'élection de décembre prochain, je mettrai tous les moyens nécessaires pour franchir un palier. Lors des deux dernières Coupes du monde, le Mali s'est classé aux 4è et 5è places. Notre objectif est clair : quitter ce pied du podium pour intégrer le top 3 mondial, comme nous l'avions réalisé en 2019 en Grèce avec les garçons.
L'Essor : Quels moyens financiers et logistiques seront mobilisés avec le ministère en charge des Sports pour garantir un regroupement optimal ?
Me Jean Claude Sidibé : La collaboration avec notre département de tutelle est excellente. Je remercie le ministre des Sports (Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, ndlr) ainsi que le ministre d'État, ministre de l'Économie et des Finances (Alhousseni Sanou, ndlr), pour la mobilisation effective des ressources avant le début des tournois. Cependant, la réalité du terrain est exigeante, on ne remporte pas un titre continental ou mondial avec seulement dix jours de préparation. Pour cet Afrobasket, nos équipes ont effectué 23 jours de stage intensif, alors que dans la pratique l'État ne prend en charge que dix jours. Nous comblons le déficit par un engagement envers la nation. Des instructions ont déjà été données pour étendre la durée des stages pris en charge pour les seniors; nous plaidons pour que cette mesure soit rapidement appliquée aux catégories de jeunes.
L'Essor : Comment la fédération compte-t-elle capitaliser sur cette dynamique de victoires pour attirer davantage de partenaires privés et de sponsors ?
Me Jean Claude Sidibé : La commission marketing de la fédération est à pied d'œuvre et poursuit ses prospections auprès des entreprises et acteurs économiques. Les résultats sportifs sont là, le basket malien est une vitrine internationale majeure, et nous espérons que le secteur privé saisira cette opportunité pour associer son image à celle de nos championnes.
L'Essor : Quel message souhaitez-vous adresser au peuple malien, à l'Union des Associations nationales des supporters des Aigles du Mali (UNASAM) et à la diaspora dont le soutien dans les tribunes à Abidjan a été déterminant ?
Me Jean Claude Sidibé : Un grand merci du fond du cœur à l'Union nationale des associations des supporters des Aigles du Mali (UNASAM) pour la qualité constante de leur animation. Je tiens également à saluer chaleureusement le chargé d'affaires du Mali à Abidjan, Chérif Mohamed Kanouté, ainsi que l'ensemble de ses collaborateurs pour la formidable mobilisation de la diaspora malienne en Côte d'Ivoire. Par moments, nous avions l'impression de jouer au Palais des sports de Bamako, tant l'engouement et la ferveur de nos compatriotes étaient intenses pour porter nos jeunes vers la victoire.
L'Essor : Un dernier mot pour les championnes d’Afrique U18 Filles qui incarnent l'avenir du basket malien ?
Me Jean Claude Sidibé : À l'adresse de nos jeunes championnes, je leur dis : prenez exemple sur vos aînées comme Sika Koné, Mariam Alou Coulibaly, Djénéba N'Diaye ou Alima Gnéré Dembélé. Elles sont toutes passées exactement par cette case des sélections U16 et U18 avant d'atteindre le très haut niveau international. Le travail, la discipline et l'humilité restent les seuls secrets de la réussite.
Seibou Sambri KAMISSOKO
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