#Mali : Un mal qui isole

Vivre avec la fistule obstétricale est, toutes proportions gardées, un supplice dans notre pays. Pourtant les femmes atteintes de cette maladie devraient au moins bénéficier d’une attention spéciale au regard du martyr qu’elles endurent, au lieu d’être rejetées pour des considérations qui ne tiennent pas la route.

Publié jeudi 23 mai 2024 à 18:02
#Mali : Un mal qui isole

La célébration de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule offre une opportunité pour les acteurs qui portent le combat contre ce fléau, mais aussi les décideurs et les partenaires de remettre sur le tapis la question de la prévention de cette maladie et de sa prise en charge. Pour comprendre l’ampleur du fléau, il suffit de se rendre dans un centre de prise en charge  comme le Centre hospitalo-universitaire (CHU) du Point G. Cet établissement dispose d’un centre d’accueil des femmes atteintes de fistule, dénommé centre Oasis.

Regards croisés sur un phénomène qui est vécue comme une humiliation. Nah Diarra, ressortissante de Koulikoro, a trouvé gîte et couvert au centre Oasis du Point G. Elle fait partie de la trentaine de pensionnaires qui vivent actuellement dans cette unité d’une capacité d’accueil de 40 lits. Elle explique avoir contracté son mal, il y a dix ans, et surtout avoir été répudiée par son conjoint. Elle, comme d’autres femmes, souffre aussi dans le silence de cette maladie (fistule obstétricale).

Le vendredi 10 mai dernier, les plus jeunes patientes du centre Oasis apprennent le tatouage dans une grande salle. Nah Diarra en fait partie. En attendant de terminer cette formation, elle fait la lavandière et tresse d’autres femmes pour subvenir à ses besoins. La trentenaire constate une amélioration de sa santé, mais en appelle à la solidarité en faveur du centre Oasis avec vivres, vêtements et médicaments.

Contrairement aux femmes du centre qui sont impatientes de regagner leurs domiciles, Abi Kélépily fait une révélation surprenante. Elle explique avec une pointe d’amertume vouloir passer le restant de sa vie dans ces lieux. L’octogénaire a encore le souvenir frais de son arrivée à l’Hôpital du Point G aux premières années de l’accession de notre pays à l’indépendance à la suite d’un accouchement difficile. «Après deux nuits passées au village, on m’a référée à  Bandiagara, puis à Sévaré où  j’ai pu accoucher d’un enfant mort-né. Incapable de supporter ma maladie, mon époux m’a ramenée au domicile paternel. J’avais du mal à entretenir de bonnes relations avec la famille et le voisinage, c’est pourquoi, je ne souhaite plus retourner au village», explique-t-elle. 

Le chef du département de gynécologie obstétrique au CHU du Point G explique que la fistule obstétricale regroupe un ensemble de pathologies consécutives à une rupture de solutions entre l’appareil génital féminin (l’utérus et le vagin) qui va communiquer avec le rectum ou la vessie. Ce lexique médical n’est pas accessible au commun des mortels. Il faut donc comprendre en termes simples que c’est une communication anormale entre les voies génitale et urinaire. Le Pr Tiounkani Augustin Théra précise que la fistule la plus fréquente est la communication de la vessie avec le vagin provoquant une incontinence urinaire. «Comme elle ne peut plus arrêter ses urines et ses selles, la personne atteinte est obligée de porter des couches ou des linges pour se protéger», explique le praticien hospitalier.

 

ATTEINTE DE FISTULE DEPUIS 1968- Le toubib explique que la fistule obstétricale découle des complications de l’accouchement qui se passent à la maison. Certains cas, poursuit-il, se produisent dans les centres de santé lorsque les agents font l’accouchement avec la vessie pleine. Il invite les associations des femmes à sensibiliser sur la préparation de l’accouchement qui dans 10% des cas peut faire l’objet de complications. Pour certaines susceptibles de causer  la fistule, la mort de l’enfant ou de la mère. Selon le gynécologue, les conséquences sociales de cette maladie sont très graves.

Il affirme que la mauvaise odeur contraint les victimes à se retirer de la vie sociale et professionnelle. «Nous avons vu beaucoup de couples où la femme est répudiée», témoigne l’obstétricien. Selon la responsable du centre Oasis, les femmes admises au centre sont âgées de 16 à 80 ans. Elles font les lavandières et repassent les habits pour subvenir à leurs besoins. «En collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD), on a initié les plus jeunes (16 à 24 ans) au tatouage, maquillage, mais aussi à nouer les foulards», explique Dr Keïta Aïssata Samassekou. Et de dire que les femmes qui ne sont pas guéries refusent de retourner dans leurs localités d’origine par crainte d’être la risée des autres.

Elle évoque volontiers l’anecdote de l’octogénaire Abi Kélépily qui souffre de la fistule depuis 1968. De 2005 à maintenant, indique la chirurgienne urologue, plus d’un millier de patientes ont été prises en charge. Seulement, précise-t-elle, 16 personnes n’ont pas guéri sur 136 patientes ayant subi une intervention chirurgicale. Selon la responsable du centre, notre pays enregistre une réduction de cas de fistule obstétricale. En 2023, son centre comptait au maximum 140 cas par an contre 365 en 2005.

Mais de nombreux défis assaillent le centre Oasis. Dr Keïta Aïssata Samassekou énumère la prise en charge alimentaire coûteuse pour l’hôpital du Point G et le financement de la prise en charge médicale des patientes. Pour éviter les complications de l’accouchement, l’urologue demande aux parents de protéger leurs filles contre le mariage précoce. Elle propose la mise à disposition de compétences gynécologiques dans toutes les localités reculées pour éviter la fistule obstétricale lors de la césarienne.

Le point focal de la fistule obstétricale au niveau de l’Office national de la santé et de la reproduction (Onasr) explique que notre pays enregistre d’énormes avancées dans la prise en charge de la fistule obstétricale. Dr N’tji Keïta indique que de 2009 à 2022, sept sites ont été construits dans différentes régions, en plus du centre Oasis, et disposent de chirurgiens compétents pour la prise en charge médicale de la pathologie.

Il explique que l’ONG Intra health et le Fonds des Nations-unies pour la population (UNFPA) se battent pour la prise en charge des fistuleuses et leur réinsertion sociale après la guérison. Il précisera que 286 cas de fistule ont été pris en charge en 2022 contre 323 l’année dernière. Pour lui, les départements en charge de la Santé et de la Promotion de la Femme sont en concertation pour renforcer la réinsertion des fistuleuses à travers les Maisons de la femme, de l’enfant et de la famille.

Mohamed DIAWARA

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