Les chemins de fer : clé de la souveraineté nationale

Les infrastructures de transport sont un levier essentiel du développement économique et de l’édification nationale. Elles facilitent la circulation des personnes et des biens, réduisent les coûts de production et élargissent l’accès aux marchés internationaux. À titre d’exemple, un simple regard sur les infrastructures des Émirats Arabes Unis montre comment les routes, ports et chemins de fer attirent les investissements, accélèrent la croissance et favorisent l’unification des nations.

Publié le 6 février 2025 à 07:53

905 vues Lecture : 6 minutes

Les chemins de fer : clé de la souveraineté nationale

Depuis l’Antiquité, les plus grands empires ont bâti leur prospérité sur l’extension et l’efficacité de leurs réseaux de transports. Il suffit d’observer l’Europe, qui conserve encore les vestiges des routes pavées qui sillonnaient l’Empire romain il y a 2000 ans. Ces infrastructures robustes ont facilité la circulation des marchandises et de l’armée romaine entre des régions éloignées, permettant ainsi l’unification de l’Empire. Dans la même lignée, l’Empire britannique a assis son hégémonie sur le développement de ses infrastructures maritimes. Comme le rappelle le chant patriotique «Rule Britannia!», la Grande-Bretagne a régné sur les mers pendant près de trois siècles, maintenant la mainmise sur ses colonies grâce à sa flotte. Par le contrôle des routes commerciales, elle a pu s’enrichir en imposant un monopole sur le négoce des épices, des textiles, du sucre et du pétrole.

 

Défi de la souveraineté- À l’heure actuelle, le Mali, dont le tracé territorial évoque l’étendue des empires de nos ancêtres, vit une renaissance. Il est crucial de réfléchir aux leviers de sa puissance. L’exemple des empires romain et britannique montre que deux de ces leviers - à savoir la maîtrise du territoire et l’influence extérieure d’une Nation - reposent largement sur l’efficience de ses infrastructures de transport. L’allusion à la «maîtrise du territoire» renvoie aux notions de souveraineté territoriale et politique, qui ont connu de grandes avancées au Mali, depuis 2020. La sécurisation du territoire et le contrôle accru des ressources naturelles y sont une réalité indéniable, tout comme l’indépendance des décisions politiques et l’arrêt du processus de fragmentation interne. Toutefois, pour assurer la durabilité de ces acquis, la maîtrise physique du pays et le renforcement de la cohésion nationale doivent impérativement s’appuyer sur le développement d’infrastructures de transport performantes.

 

Dans cette optique, pour prétendre à une autonomie réelle, l’État doit également garantir son indépendance économique, afin de ne pas être vulnérable aux pressions externes. La souveraineté économique repose sur la capacité de l’État à favoriser l’augmentation des richesses nationales, tout en limitant leur fuite, notamment par le maintien d’une balance commerciale excédentaire. En effet, sans une telle accumulation intérieure, l’État devient dépendant des capitaux étrangers, ce qui le contraint souvent à céder le contrôle sur des secteurs stratégiques de l’économie, comme les mines et l’énergie.

Pour réussir, l’établissement durable d’une balance commerciale excédentaire exige que le pays produise une part importante des biens nécessaires à sa consommation interne – tels que les produits alimentaires, l’énergie, ou les matériaux de construction – et exporte une gamme diversifiée de biens et services vers les marchés internationaux. Dans une économie globalisée, cela exige qu’un pays émergent possède une agriculture et une industrie capables de produire à bas coût. Cette capacité dépend largement de l’efficacité des infrastructures de transport, qui permettent de réduire les coûts d’approvisionnement des intrants, et d’acheminement de la production vers les marchés cibles.

 

Vecteur essentiel- Pour un pays de l’hinterland comme le Mali, le décollage de la production agricole et industrielle intérieures– condition sine qua non de la souveraineté économique– passe nécessairement par la mise en œuvre d’infrastructures de transport lourd. Ces infrastructures doivent être capables de faire transiter efficacement des quantités importantes de marchandises entre les régions du pays, et vers les marchés internationaux. Vu la géographie du pays et la répartition de ses ressources, la colonne vertébrale de ce réseau d’infrastructures devra nécessairement prendre la forme d’une ligne de chemin de fer traversant le pays du nord-est (Gao, Tombouctou) au sud-ouest (Bamako), avant de rejoindre un port de la sous-région (Dakar, Conakry, Abidjan, ou Lomé). En réduisant les coûts grâce aux économies d’échelle possibles avec des volumes de marchandises importants, ce réseau ferroviaire permettra de stimuler la production céréalière et de développer les ressources minières industrielles du pays (fer, bauxite, manganèse, phosphate, lithium). Il contribuera ainsi à la création de nouveaux pôles de développement à travers le pays, et à l’intégration accrue des régions du Nord dans l’économie malienne, renforçant ainsi la cohésion nationale.

 

Le cas du canal Érié- L’exemple du canal Érié, dans l’État de New York, illustre parfaitement l’impact des infrastructures de transport sur le développement de l’hinterland. Ce canal, creusé entre 1817 et 1825, relie les Grands Lacs et la rivière Hudson, établissant une voie de navigation fluviale entre le Midwest américain et l’océan Atlantique, via le port de New York. Sa mise en service a considérablement réduit le coût du transport des marchandises entre le Midwest et la côte. Cela a favorisé l’essor de la production céréalière dans la région, et stimulé le développement d’une importante activité minière autour des Grands Lacs.  L’amélioration de l’accessibilité vers l’intérieur du pays a également accéléré la migration vers l’Ouest et renforcé l’interdépendance des régions. Enfin, les flux de marchandises générés ont accéléré la croissance des villes situées le long du canal, telles que Buffalo, Rochester et Syracuse, et ont contribué à faire de New York le principal port et premier centre commercial des États-Unis, devant Philadelphie et Boston.

 

Ainsi, pour conclure, le développement d’un réseau ferroviaire structurant accélèrera le développement économique des régions du Mali, facilitera l’implantation durable de l’État sur l’ensemble du territoire, et renforcera la cohésion nationale. Il jouera un rôle clé dans la consolidation de notre souveraineté territoriale, politique et économique. Au vu de l’impact des grandes infrastructures de transport sur des villes telles que New York, Shanghai ou San Francisco, la nouvelle ligne ferroviaire propulsera également le port auquel il sera relié au rang de première métropole de la sous-région, grâce au flux de marchandises générés.  

 

C’est pourquoi le Mali doit explorer toutes les options quant à la connection portuaire de son réseau ferroviaire, en impliquant les parties prenantes concernées (concessionnaires portuaires, compagnies maritimes, industriels, États partenaires). Son financement passera vraisemblablement par un consortium privé, opérant sous un modèle de concession BOT d’une durée de 30-40 ans, en partenariat avec le Mali et le pays côtier impliqué (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, ou Togo). Ce projet, vital pour la souveraineté économique du Mali, est parfaitement à la portée de notre nation. Il nécessite une volonté politique forte, et le soutien actif des industries nationales, pour garantir son succès. 


Pierre Louis SANGARÉ 

Ingénieur polytechnicien  

Rédaction Lessor
Lire aussi : Cour d’Appel de Bamako : Près d'un milliard de condamnation pécuniaire infligée à Sidi Sosso Diarra et à son ex-Daf

S’ils ont échappé à la prison ferme, les accusés ont, en revanche, écopé de lourdes condamnations pécuniaires avoisinant le milliard de Fcfa.

Lire aussi : Forces armées et de sécurité : le Chef de l’Etat met à disposition des moyens roulants flambant neufs

En marge de la célébration de la journée nationale des pupilles, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a remis, ce mercredi 04 novembre 2026 au Palais de Koulouba, des moyens roulants aux Forces armées et de sécurité..

Lire aussi : Koro, Sandaré et Sofara : Déluge de feu sur les terroristes

Dans le cadre de l’opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, ont mené des frappes aériennes entre le 03 et le 04 novembre 2026. Ces opérations ont permis de cibler deux bases de groupes armés terroristes dans différentes localités de notre.

Lire aussi : Lutte contre la drogue et la criminalité organisée : Les acteurs peaufinent la réponse nationale

Les différentes parties prenantes impliquées dans la lutte contre la drogue dans notre pays sont réunis, depuis hier à la nouvelle Ecole nationale d’administration (ENA), en vue d’échanger sur ce phénomène «complexe» et «évolutif» qui constitue une menace pour notre société, notamm.

Lire aussi : Orpailleurs réfoulés : La solidarité s’organise

Ghanéens, Béninois, Nigériens, Burkinabè et ressortissants d’autres pays africains affluent dans la capitale après avoir été contraints de quitter les sites d’orpaillage en Guinée..

Lire aussi : Expulsion des burkinabè de la Guinée : Le ministre Mahamadou Sana en mission d’urgence à Bamako.

Face à cette urgence humanitaire, des mesures correctives et des dispositifs logistiques d’envergure ont immédiatement été enclenchés..

Les articles de l'auteur

Koro, Sandaré et Sofara : Déluge de feu sur les terroristes

Koro, Sandaré et Sofara : Déluge de feu sur les terroristes

Dans le cadre de l’opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, ont mené des frappes aériennes entre le 03 et le 04 novembre 2026. Ces opérations ont permis de cibler deux bases de groupes armés terroristes dans différentes localités de notre pays..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 05 novembre 2026 à 12:05

L’Afrique à Moscou : Retour réeflexif sur la semaine historique du 3è sommet russie-afrique

L’Afrique à Moscou : Retour réeflexif sur la semaine historique du 3è sommet russie-afrique

Rarement un événement international aura captivé les opinions africaines comme le troisième sommet Afrique-Russie tenu à Moscou des 26 au 29 octobre 2026, avec deux pics majeurs : le forum des médias russo-africains et le sommet des dirigeants russes et africains..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 04 novembre 2026 à 11:15

Kangaba : Six morts dans l’éboulement d’un puits minier à Nouga

Kangaba : Six morts dans l’éboulement d’un puits minier à Nouga

Six personnes ont trouvé la mort, vendredi dernier, dans l’éboulement d’un puits minier, transformé en galerie, dans la Commune rurale de Nouga, précisément sur un site d’orpaillage très isolé du village de Dioulafoundou..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 04 novembre 2026 à 10:10

Moscou : Le ministre Bakary Yaou Sangaré rencontre la communauté nigérienne

Moscou : Le ministre Bakary Yaou Sangaré rencontre la communauté nigérienne

Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens établis à l’extérieur, Bakary Yaou Sangaré, a rencontré, le jeudi dernier à Moscou, en marge du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique, les membres de la communauté Nigérienne résidant en Fédération de Russie..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 04 novembre 2026 à 10:06

Sécurité au Burkina : De nombreux acquis en octobre

Sécurité au Burkina : De nombreux acquis en octobre

Le ministre de la Sécurité, Mahamoudou Sana, a présidé, le lundi 2 novembre 2026, à Ouagadougou, la traditionnelle cérémonie mensuelle de montée des couleurs nationales du département. Cette cérémonie a été l’occasion pour lui de faire le bilan du mois d’octobre et de présenter les perspectives pour la fin de l’année..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 04 novembre 2026 à 10:05

Burkina : L’armée élimine le chef terroriste Saïdou Diallo, alias Djabiri Mangan le borgne

Burkina : L’armée élimine le chef terroriste Saïdou Diallo, alias Djabiri Mangan le borgne

Le chef terroriste, Saïdou Diallo, alias Djabiri Mangan le Borgne (47 ans) a enfin payé pour ses nombreux crimes. Il a été neutralisé avec plusieurs de ses acolytes dans la matinée du jeudi 29 octobre 2026, dans la forêt de Konga, Commune de Gomboro, province du Sourou. L’opération a été menée par une unité des Forces spéciales antiterroristes de campagne (FORSATEC), a appris, l’AIB lundi auprès de sources sécuritaires.

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 04 novembre 2026 à 10:00

Niono, Tessalit et Gourma-Rharous : l’Étau se resserre autour des groupes terroristes

Niono, Tessalit et Gourma-Rharous : l’Étau se resserre autour des groupes terroristes

Dans le cadre de l’opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, ont mené des frappes aériennes dans différentes localités de notre pays entre le 2 et le 3 novembre 2026..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 04 novembre 2026 à 09:57

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner