L’hivernage atteint sa vitesse de croisière. Caractérisée par de longues périodes sèches au début, la pluie est de plus en plus régulière et abondante. À vue d’œil, les parcelles sont bien entretenues. À l’Office du périmètre irrigué de Baguinéda (Opib), les cultures ont amorcé leur phase de maturité. L’aspect végétal des champs de riz, de maïs et de sorgho est prometteur. À condition que «les paysans maintiennent la cadence quant à l’entretien des champs et les traitements phytosanitaires : indispensables au bon développement des plantes».
Baguinéda est une ville et une commune, dans la sous-préfecture du Cercle de Kati, dans la Région de Koulikoro. Située à 30 km de Bamako sur le fleuve Niger, cette commune rurale qui regroupe 32 villages, abrite plus de 3.000 hectares aménagés en maîtrise totale de l’eau par l’Opib. Créée en janvier 1998, cette structure est la plus grande zone de production agricole de notre pays après l’Office du Niger (ON). Elle est chargée du développement intégré, de promouvoir le développement des principales cultures vivrières de base et maraîchères. En plus des activités agricoles possibles en saison des pluies, les paysans de Baguinéda s’adonnent aussi aux activités de cultures de contre-saison.
Celle-ci est une activité agricole consistant à faire le maraîchage et des cultures céréalières pendant la saison sèche. Elles s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique nationale de développement de l’État. Le but étant de mettre un accent particulier sur les aménagements de terres agricoles au profit des producteurs et de combler le déficit céréalier de notre pays.
Paysan à l’Opib depuis plus de 15 ans, Mahamadou Diarra, œuvre pour l’atteinte de ces objectifs. Il trouve que la campagne évolue bien. Arguant qu’il pleut en abondance, le cultivateur prédit : «Cette année, la campagne sera meilleure que l’année dernière car les paysans ont commencé à semer à l’Opib depuis le mois de juin.
Alors que l’année dernière, les semis ont débuté en juillet». Cela à condition qu’il n’y ait pas une fin précoce de la pluie comme cela a été le cas l’année dernière, ajoute celui qui exploite un hectare de riz, deux hectares de maïs et un demi-hectare de gombo.
Son collègue Bakary Doumbia est producteur à Kognimba, dans la Commune de Baguinéda. Il détient à l’Opib un champ de riz et de maïs d’une superficie d’un hectare chacun. De l’avis de celui qui traîne 22 ans d’expérience dans l’agriculture, le niveau satisfaisant des pluies présage d’un bon rendement et d’une bonne campagne.
Le directeur général de l’Opib partage les constats de ces producteurs-là. Mamadou Togola estime que l’allure que présentent les champs permet d’espérer que les objectifs de production pour cette année pourraient être atteints. Ils sont, selon lui, estimés à 24.419 tonnes pour les céréales, dont 17.722 pour le riz, 6.300 pour le maïs et 299 tonnes pour le mil et le sorgho. Concernant les cultures maraîchères, les objectifs sont évalués à 27.995 tonnes, toutes spéculations confondues.
En la matière, le niveau de réalisation est de 104% pour le mil, 86% pour le sorgho, 82% pour le maïs. Pour le riz cultivé en maîtrise totale de l’eau (riz repiqué dans le périmètre), la réalisation est de 70% pour une superficie de 1.935 hectares. Les emblavures se poursuivent en ce qui concernent le riz et sont à un niveau satisfaisant, assure le premier responsable de l’Opib.
Il faut ajouter qu’à l’Opib, l’Adny 11 est la variété de riz la plus cultivée. Son cycle est de 120 jours. En matière de cultures sèches, le Sotubaka, une variété de maïs dont le cycle est de 90 jours, est la plus adulée. Elle arrive à boucler son cycle pendant la période d’hivernage sans un grand souci de sècheresse.
À propos des équipements agricoles, Mamadou Togola dira que le taux d’exploitation est également acceptable. La situation phytosanitaire, elle, est jugée calme. Les produits phytosanitaires sont disponibles, assure-t-il. Néanmoins des problèmes existent, nuance le patron de l’Opib.
Selon lui, la difficulté principale concerne l’acquisition des engrais minéraux, une situation générale liée au conflit en Ukraine. Autres difficultés, selon lui, l’insécurité dans la zone Opib, l’insuffisance des ressources financières, les besoins en matériels agricoles pour les producteurs, le manque de main-d’œuvre. S’y ajoutent les difficultés liées à l’acquisition des engrais minéraux. Concernant ce point, il estime que les sols sont si pauvres qu’il faut des appoints.
Le paysan Mahamadou Diarra, natif de Kobalacoro, Commune de Baguinéda, déplore également le problème d’accès aux intrants surtout les engrais minéraux. «En attendant la mise à disposition de la subvention de l’État, nous achetons le sac d’engrais entre 35.000 et 40.000 Fcfa», explique-t-il. «Nous sommes toujours en attente de l’engrais minéral.
À part ce problème qui nous inquiète un peu, la campagne agricole est rassurante cette année car il pleut suffisamment», confirme Rokia Samaké, exploitante d’un demi-hectare de riz à l’Opib.
L’État a déjà fait des acquisitions au niveau de certains fournisseurs qui ont été mises à la disposition de certaines structures agricoles, informe le directeur général de l’Opib. Mamadou Togola remercie l’État pour avoir mis l’engrais organique à la disposition des paysans pour une bonne campagne. Il assure que les objectifs seront atteints si la pluie maintenait la même cadence.
Anne Marie KEITA
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