Forum international de la diaspora : «C'est un devoir d'investir dans son pays»

Notre pays s’apprête à organiser la 2è édition du Forum international de la diaspora (Fid) les 16, 17 et 18 juillet. En prélude à cette importante rencontre, le président du Haut conseil des Maliens de l’Extérieur (HCME) explique, dans cette interview, les enjeux du Fid 2026 et les opportunités d’investissements pour la diaspora. Habib Sylla aborde également l’apport de nos compatriotes dans l’économie nationale tout en les rassurant de l’accompagnement des autorités de la Transition

Publié mardi 14 juillet 2026 à 09:18
Forum international de la diaspora : «C'est un devoir d'investir dans son pays»

L’Essor : Quels sont les enjeux d’une telle rencontre consacrée à la diaspora malienne ?

Habib Sylla : Le Forum international de la Diaspora (Fid2026) constitue un cadre stratégique de dialogue entre l’État et ses compatriotes établis à l’extérieur. Les enjeux sont multiples. Il s’agit de l’enjeu politique et institutionnel qui permet de renforcer la reconnaissance de la diaspora comme actrice à part entière du développement national et de consolider les mécanismes de gouvernance participative ; de l’enjeu économique majeur dans un contexte où les transferts financiers de la diaspora représentent une part significative des ressources nationales. Le Fid vise à transformer ces flux en investissements structurants et productifs ; de l’enjeu stratégique de cohésion nationale qui consolide le lien entre le Mali et ses communautés établies à l’extérieur, dans un contexte mondial marqué par la mobilité, les crises migratoires et la concurrence des talents.

 

L’Essor : Quel est l’apport de nos compatriotes établis à l’extérieur dans le développement durable du pays ?

Habib Sylla : La diaspora malienne contribue de manière substantielle au développement du pays à plusieurs niveaux. D’abord, sur le plan économique, elle assure des transferts financiers importants qui soutiennent la consommation des ménages, l’éducation, la santé et parfois l’investissement local. Ensuite, sur le plan social, elle participe à l’amélioration des conditions de vie des familles et au renforcement du capital humain à travers la formation, l’appui aux infrastructures communautaires et les initiatives solidaires. En ce qui concerne le volet scientifique et technique, la diaspora constitue un réservoir de compétences dans des secteurs clés tels que la santé, l’ingénierie, les technologies numériques et l’entrepreneuriat. Enfin, dans le domaine diplomatique, elle joue un rôle essentiel, contribuant activement au rayonnement du Mali à l’international.

Tout ce qui peut

contribuer au soutien des autorités de la Transition, nous allons le faire. Je pense que ce qu'elles sont en train de faire, c'est conduire le Mali à bon port. Le Mali où l’on investit sans crainte, où l’on vit dans la sécurité, où il fait bon vivre, où dans chaque secteur, il y a des opportunités. Cela a été reconnu, l’on parle de mille milliards de contributions que la diaspora injecte dans l'économie nationale.

Nous avons remarqué que tout cela va vers les ménages. La décision des autorités, c'est de faire en sorte que cette manne financière puisse être orientée vers les secteurs porteurs, dans des projets structurants. Je pense que cela est bon pour ceux qui les reçoivent ou qui les envoient. Ces investissements aideront nos jeunes gens, nos jeunes frères, nos enfants qui arrivent sur le marché du travail. Ils juguleront aussi l’aventure de nos jeunes qui perdent la  vie dans les déserts et dans les océans. Nous sommes capables de mettre en place une Petite et moyenne entreprise (PME), ou une Petite et moyenne industrie (PMI). Nous comptons sur le pays et vice-versa. Nous saisissons cette main tendue du gouvernement qui nous rappelle que c'est un devoir de revenir et d'investir dans son pays.

 

L’Essor : S’agissant des opportunités d’investissements et de partage d’expérience, que pouvez-vous retenir comme secteurs attractifs pour la diaspora ?

Habib Sylla : La diaspora peut investir utilement dans plusieurs secteurs à fort potentiel et impact social, tels l’agriculture et l’agro-industrie, notamment la transformation locale des produits agricoles, l’élevage moderne et les chaînes de valeur animales, l’énergie renouvelable (particulièrement le solaire et les solutions hors réseau), l’immobilier et l’habitat social structuré. Il y a aussi les industries de transformation locale (agroalimentaire, textile, matériaux), le numérique et l’économie digitale (startups, services IT, plateformes), la santé privée et les infrastructures sanitaires de proximité, l’éducation ainsi que la formation professionnelle. Je pense que cela est rendu possible grâce à la vision du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, qui a mis les Maliens de la diaspora au cœur de sa politique.

C'est ce qui est extrêmement important. Ils n'auront pas mieux à réaliser leurs investissements que dans leur pays. Je pense que cela mérite d'être souligné, parce que je me rappelle encore, il y a juste un an, lors du premier forum, il nous a reçus à Koulouba. Le Chef de l’État a rassuré nos compatriotes hésitants à investir à cause des tracasseries qu'ils subissent pour commencer une affaire. Le Président Goïta dit de venir le voir s’il y a un quelconque blocage dans le processus d’investissements.

C'est une assurance. Donc, nous le remercions pour ce geste salutaire. Dans sa lettre de cadrage, adressée au Premier ministre, sur le point 7, les Maliens de la diaspora occupent une place particulière, en termes de protection et de sécurisation des personnes et des biens. Effectivement, le Général d’armée a mis en mission un homme à qui je rends un hommage ici, et qui applique à la lettre ses instructions. Il s’agit du ministre des Maliens établis à l'Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher.

 

L’Essor : Comment la diaspora peut-elle être une source d’investissements productifs au Mali ?

Habib Sylla : Pour transformer le potentiel de la diaspora en investissements productifs, de mon point de vue plusieurs leviers doivent être consolidés pour sécuriser l’environnement des affaires et garantir la transparence, la stabilité réglementaire et la protection des investissements.

Je retiens aussi le développement des instruments financiers adaptés, notamment les fonds d’investissement dédiés à la diaspora, les obligations de la diaspora ou les mécanismes de cofinancement public-privé. Nous comptons sur le renforcement des dispositifs d’accompagnement via des guichets uniques opérationnels, des incubateurs de projets et des mécanismes de suivi rigoureux des investissements.  Aussi d’y intégrer une logique de co-développement où la diaspora n’est plus seulement un pourvoyeur de fonds, mais un partenaire stratégique dans la conception et la mise en œuvre des projets.

L’Essor : Quelles sont vos attentes pour le FID ?

Habib Sylla : Le HCME attend du Fid 2026 des résultats concrets et mesurables, marquant un véritable tournant du discours à l’action. Nous souhaitons que ces résultats aboutissent au renforcement du dialogue structuré entre l’État et la diaspora ; à l’identification précise de projets bancables portés par les compatriotes de l’extérieur, à la mise en place de mécanismes concrets de financement et d’accompagnement, à l’harmonisation des initiatives existantes au profit d’une stratégie nationale cohérente, à la traduction systématique des engagements en actions opérationnelles suivies dans le temps.

 

L’Essor : Avez-vous des suggestions et des recommandations pour la réussite de l’événement ?

Habib Sylla : A mon avis, pour garantir le plein succès du Fid 2026, nous recommandons l’orientation opérationnelle afin de structurer les travaux autour des thématiques opérationnelles et sectorielles ; le suivi post-forum pour prévoir un mécanisme de suivi robuste afin d’éviter que les conclusions restent théoriques; la mise en place d’une plateforme digitale de la diaspora pour prolonger les échanges et le suivi des engagements ; la valorisation des expériences réussies et des investissements déjà réalisés par la diaspora. Je suggère de renforcer la communication pour faire du Fid un événement inclusif, fédérateur et mobilisateur. En définitive, le succès du Fid dépendra de sa capacité à produire des résultats concrets au service du développement du Mali.

Interview réalisée par

Namory KOUYATE

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