Fête du Ramadan : Des bœufs à prix d’or

À quelques heures de la fête du Ramadan, les marchés de bovins de Bamako, communément appelés «Garbal», peinent à s’approvisionner. L’insécurité dans plusieurs zones d’élevage, la fermeture de certains marchés à bétail et la hausse du prix de l’aliment bétail perturbent l’arrivée des animaux dans la capitale, entraînent une augmentation des prix

Publié mercredi 18 mars 2026 à 08:16
Fête du Ramadan : Des bœufs à prix d’or

Mercredi 11 mars, aux environs de 14 heures, à la Zone industrielle de la Commune II du District de Bamako, précisément au quartier de Bougouba, quelques vendeurs de bovins sont réunis sous un hangar. Ils discutent de leur quotidien. Pourtant, aucun animal n’est visible sur ce site autrefois réputé pour l’abondance de bœufs à l’approche de la fête de l’Aide El Fitr. Sous un soleil de plomb, l’ambiance est inhabituellement calme. Assis sur des chaises, des nattes ou un petit mur, les revendeurs observent les lieux presque vides. Un client qui vient de faire le tour du site repart finalement les mains vides.

Boubacar Kané, membre du comité syndical du marché et trésorier du bureau, cumule plus de 40 ans d’expérience dans ce métier. Selon lui, la situation actuelle est sans précédent. «Il n’y a pas d’animaux. On ne peut même plus parler de marché. Si un client vient chercher un bœuf, nous sommes obligés de parcourir les rues pour lui en trouver. Autrefois, les gens venaient ici proposer leurs animaux en vente à cause de l’affluence de la clientèle», confie-t-il avec regret. À l’en croire, les vendeurs sont aujourd’hui dispersés. Certains se sont installés en Côte d’Ivoire ou au Sénégal où les animaux se vendent à des prix plus élevés.

Un autre revendeur évoque également l’instabilité du secteur et la flambée des prix des animaux liée à la fermeture de plusieurs marchés à bétail à l’intérieur du pays. «Les prix commencent désormais à 600.000 Fcfa et peuvent atteindre 1.500.000 Fcfa, contre 350.000 à 750.000 Fcfa l’année dernière», explique-t-il. Il rappelle aussi que le marché de Banamba, l’un des principaux centres d’approvisionnement de la capitale, a récemment été la cible d’attaques terroristes. Selon lui, certains commerçants ont perdu la vie et d’autres ont été dépouillés de leurs économies. «Certains avaient 3 millions de Fcfa, d’autres 18 millions, voire jusqu’à 30 millions de Fcfa », raconte-t-il.

Le transport des bovins est également devenu plus coûteux. Acheminer un animal de Nara à Bamako coûte désormais environ 35.000 Fcfa par tête, contre seulement 5.000 Fcfa l’année dernière. Une situation qui réduit considérablement les marges des commerçants. «La semaine dernière, j’ai vendu un bœuf à 1 million de Fcfa, alors qu’il coûtait auparavant environ 500.000 Fcfa à Torokorobougou», affirme un autre vendeur rencontré sur place. Le même constat est observé au marché de Sabalibougou, en Commune V du District de Bamako, où l’espace autrefois dédié à la vente des bovins est aujourd’hui presque vide.


Les prix des boeufs vont de 600.000 à 1.500.000 Fcfa



Selon le directeur national des productions et des industries animales (Dnpia), Djakalia Ouattara, cette situation s’explique en grande partie par la fermeture de plusieurs marchés de collecte d’animaux à l’intérieur du pays. «Cette situation a fortement affecté l’approvisionnement des marchés à bétail de la capitale. Auparavant, environ 15 marchés alimentaient Bamako. Sur ces 15 marchés, 10 sont aujourd’hui fermés à cause de l’insécurité, notamment ceux de Niono, Macina, une partie de Ségou et de Nara», précise-t-il.

Pour faire face à ces difficultés, le gouvernement envisage plusieurs mesures, afin de soutenir la filière. Selon le directeur national de la DNPIA, les autorités encouragent notamment les producteurs à développer l’embouche bovine, afin de réduire les risques de rupture d’approvisionnement. Cette initiative prévoit la subvention du tourteau et la mise en place d’un fonds destiné à financer l’embouche auprès de la Banque nationale de développement agricole (BNDA) à un taux d’intérêt réduit.

Par ailleurs, une opération de vente promotionnelle de bovins est initiée, afin de faciliter l’accès des populations aux animaux à l’approche de la fête. Cette initiative concerne cette année deux marchés du District de Bamako ainsi que plusieurs régions du pays, notamment Kayes, Mopti, Sikasso et Ségou. Mieux, dans ces sites, les animaux sont proposés à des prix plus accessibles que sur les marchés ordinaires.

 

UNE FOIRE AGRICOLE POUR SOUTENIR LA VENTE- Malgré les difficultés, certains acteurs tentent de maintenir leurs activités. Dans le cadre des préparatifs de la fête du Ramadan, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM) a organisé une foire agricole à Tomikorobougou, en Commune III du District de Bamako. Cette foire, qui en est à sa cinquième édition, a ouvert ses portes, le 7 mars et se poursuivra jusqu’au 17 mars. L’installation sur le site coûte entre 1.800.000 et 3.000.000 Fcfa. Les stands sont loués à 20.000 Fcfa l’unité, tandis que l’entrée d’un bovin est fixée à 2.000 Fcfa.

Ce marché a permis à certains de nos concitoyens d’effectuer les achats de bœufs de fête. Selon les responsables interrogés sur place, la sécurité est assurée par trois gardiens et la foire est ouverte de 6 heures à 22 heures. Toutefois, à partir de 18 heures, aucun animal ne peut quitter le site, même après achat, et toutes les transactions sont suspendues. À l’issue de l’événement, les organisateurs espèrent générer plus de 70 millions de Fcfa de recettes.

Jeudi dernier, aux environs de 11 heures, la foire était relativement calme, malgré la présence de nombreux bovins dans les stands. Les clients circulent discrètement entre les enclos. Chaque animal est identifié par un marquage à l’oreille, afin de faciliter le suivi sanitaire, notamment pour la vaccination et la vente. Certains bœufs se nourrissent, d’autres restent debout tandis que quelques-uns sont couchés au sol. Les animaux déjà vendus sont placés à part.

Souleymane Togo, membre de la commission d’organisation, se réjouit du bon déroulement de l’événement. Selon lui, la foire enregistre une participation croissante des jeunes. «Certains ont commencé avec deux ou trois bœufs, mais aujourd’hui ils peuvent en amener entre 20 et 30», explique-t-il, tout en encourageant les jeunes à s’organiser et à se former dans ce secteur qui offre encore des opportunités.

À proximité, plusieurs marchands échangent sous un hangar. Moustapha Sylla exerce ce commerce depuis 2020. Il se dit satisfait de l’augmentation des ventes à l’approche de la fête. Ses bovins proviennent des zones sahéliennes, de la Mauritanie ainsi que de certains marchés maliens comme Niamana et Kati. Les prix varient entre 200.000 et 1.700.000 Fcfa. «Ces derniers temps, les bandits armés nous prennent souvent nos bœufs. Nous rencontrons également des difficultés pour nous approvisionner», regrette-t-il.

Malgré ces obstacles, il reste passionné par son activité. «Ce commerce peut être rentable. Nous achetons des bovins que nous mettons en embouche avant de les revendre. Par exemple, un bœuf acheté à 300.000 Fcfa peut être revendu presque au double», explique-t-il. Pour l’alimentation, il achète un sac de tourteau à 12.500 Fcfa et estime que les dépenses alimentaires pour un bovin varient entre 6.000 et 25.000 Fcfa.

Du côté des acheteurs, la hausse des prix est également ressentie. Mamadou Maïga est venu acheter un bovin pour leur tontine composée de 11 membres résidant à Hamdallaye. «Nous n’avons pas de lieu précis pour nos achats.

Si nous trouvons un animal qui correspond à notre choix, nous l’achetons», explique-t-il. Chaque année, leur groupe achète un bovin grâce à la tontine, mais avec la hausse des prix, la contribution des membres a augmenté. «Avant, chacun cotisait 25.000 Fcfa. Aujourd’hui, nous sommes passés à 35.000 Fcfa. L’année dernière, notre bœuf nous avait coûté 300.000 Fcfa, cette année il est estimé à environ 450.000 Fcfa», déplore-t-il. Comme les revendeurs, il constate également une nette augmentation du prix des bovins à l’approche de la fête.

Makan SISSOKO 
Jecolia DAKOUO

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