Dr Ahmed Samaké sur l’arrêt de la Cour de justice de l’Uemoa : «C’est une décision tardive, mais salutaire»

Bien que la décision de la Cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest- africaine (Uemoa) soit rendue 4 ans après les sanctions, le maître de conférences à l’Université Kurukanfuga de Bamako trouve qu’elle est juridiquement salutaire. Dr Ahmed Samaké évoque aussi la consécration du principe de légalité communautaire, le contrôle juridictionnel des actes politiques et

Publié mardi 10 février 2026 à 08:48
Dr Ahmed Samaké sur l’arrêt de la Cour de justice de l’Uemoa : «C’est une décision tardive, mais salutaire»

 les conséquences de banalisation des excès de pouvoir des organisations supranationales

 

Par son arrêt du 28 janvier 2026, la Cour de justice de l’Uemoa a annulé la décision de la conférence des Chefs d’État et de gouvernement du 9 janvier 2022 portant sanctions contre la République du Mali, au motif que ladite décision était dépourvue de base légale au regard des textes communautaires.  à ce propos, Dr Ahmed Samaké dira qu’au-delà de ses implications politiques et économiques, cette décision présente un intérêt juridique majeur. « La valeur juridique et symbolique de l’arrêt ne saurait être minimisée », souligne l’enseignant-chercheur, ajoutant que «c’est une décision tardive, mais juridiquement salutaire». 

Le maître de conférences à l’Université de Kurukanfuga argumente qu’il convient, toutefois, de préciser que la décision rendue par la Cour de justice de l’Uemoa intervient 4 ans après l’adoption des sanctions litigieuses. à son avis, ce décalage temporel n’est pas neutre sur le plan juridique. «Cette tardivité contribue d’ailleurs à expliquer, sans nécessairement la justifier, le choix de la Cour de limiter les effets de l’annulation à la date de l’arrêt », relève Ahmed Samaké. Le docteur en droit public à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap) soutient qu’elle met en lumière les limites structurelles du contentieux communautaire.  Dr Samaké trouve que si l’intervention de la Cour apparaît tardive, elle n’en demeure pas moins juridiquement salutaire. Et pour étayer ces propos, il dira que « mieux vaut tard que jamais ».

S’agissant de la consécration du principe de légalité communautaire comme limite à l’action politique, le spécialiste en droit communautaire remarque que l’arrêt du 28 janvier 2026 illustre avec force la prééminence du droit sur la décision politique au sein de l’Uemoa. « La Cour affirme ainsi que la conférence des Chefs d’État et de gouvernement demeure liée par les traités et actes dérivés qu’elle est chargée de mettre en œuvre », note l’analyste, ajoutant que les institutions communautaires ne disposent que des compétences que les textes leur confèrent expressément.  En l’absence de disposition habilitant la conférence des Chefs d’État et de gouvernement à adopter des sanctions de la nature de celles contestées, l’expert en droit communautaire développe que la décision du 9 janvier 2022 ne pouvait être regardée comme juridiquement fondée.

 

ORTHODOXIE DOCTRINALE- D’après Dr Ahmed Samaké, la Cour s’inscrit dans une orthodoxie doctrinale classique selon laquelle, la compétence en droit de l’intégration, est d’attribution et non de principe. Il soutient que l’opportunité politique, aussi impérieuse soit-elle, ne saurait suppléer l’absence de fondement juridique.

Abordant le contrôle juridictionnel des actes politiques, notre spécialiste retient que c’est une affirmation de l’indépendance du juge. «En acceptant de contrôler un acte à forte charge politique, la Cour de justice de l’Uemoa affirme son indépendance institutionnelle et son rôle de gardienne de la légalité communautaire», apprécie le chef de département des sciences administratives à la Fsap.

Dr Samaké poursuit que cette posture jurisprudentielle s’inscrit dans une dynamique comparée, observable tant au niveau de l’Union européenne que des autres organisations régionales, où le juge communautaire s’impose progressivement comme arbitre de l’équilibre institutionnel. Ce faisant, le chercheur pense que cette décision marque ainsi une étape supplémentaire dans l’émancipation du juge communautaire ouest-africain face aux organes politiques. Cependant, fait-il savoir, cette décision constitue une entorse réelle au principe classique de l’annulation pour illégalité.

à ce propos, le maître de conférences précise que la nullité de la décision de sanction prend effet à compter de la date de l’arrêt. Avant d’expliquer que ce choix limite les effets rétroactifs de l’annulation. «Mais, si cette modulation temporelle peut se comprendre au regard d’impératifs de stabilité institutionnelle, elle soulève néanmoins de sérieuses interrogations quant à sa conformité aux principes fondamentaux du contentieux de la légalité communautaire», fait remarquer Dr Ahmed Samaké. Il dira qu’en droit public, l’annulation d’un acte illégal emporte, par principe, la disparition rétroactive de celui-ci de l’ordonnancement juridique.

En clair, dit-t-il, l’acte est réputé n’avoir jamais existé. « Cette conception largement partagée en droit administratif et en droit communautaire, constitue une garantie essentielle de l’état de droit. En limitant les effets de l’annulation au 28 janvier 2026, la Cour de justice de l’Uemoa opère une rupture avec cette orthodoxie juridique », martèle le professeur d’enseignement supérieur. Or, souligne Dr Samaké, l’illégalité constatée par la Cour n’est ni marginale, ni procédurale.  Se prononçant sur les conséquences, le risque de banalisation des excès de pouvoir des organisations supranationales, notre expert spécifie que la nullité de la décision prend effet à compter de la date de l’arrêt.

 «La non-rétroactivité de l’annulation pourrait être interprétée comme une forme de tolérance implicite à l’égard des violations manifestes des traités, au détriment des états membres», regrette notre interlocuteur, tout en alertant que cela affaiblit la fonction normative et pédagogique des décisions de la Cour. « Or, le contrôle juridictionnel n’est pleinement effectif que s’il produit des effets concrets et réparateurs. à défaut, il risque d’apparaitre comme un contrôle essentiellement déclaratoire », reconnaît le chef de département des sciences administratives à la Fsap. Nonobstant ce bémol, se réjouit Ahmed samaké, l’arrêt rendu par la Cour de justice de l’Uemoa le 28 janvier 2026 constitue une décision de principe. 

De son point de vue, cette décision illustre de manière exemplaire la centralité du droit dans la gestion des crises communautaires et confirme que l’avenir de la zone Fcfa repose sur l’effectivité d’un véritable état de droit sous-régional. « Par cette modulation temporelle, la Cour adopte une technique jurisprudentielle de compromis, bien connue en droit comparé, visant à éviter une déstabilisation excessive de l’ordre juridique communautaire tout en affirmant l’autorité du droit », conclut le maître de conférences.

Namory KOUYATE

Lire aussi : Commémoration des événements de mars 1991 : Le Premier ministre rend hommage aux martyrs

Pour le Général de division Abdoulaye Maïga, la célébration de cette journée symbolise la reconnaissance de la Nation pour les sacrifices des héros tombés pour l'avènement de la démocratie au Mali. Au nom du Chef de l’État, il a salué la résilience du peuple malien face aux assauts de.

Lire aussi : Énergie : Le ministre Traoré à l’écoute des agents de EDM-SA

Nouvellement nommé, le ministre de l’Énergie et de l’Eau poursuit ses prises de contact avec les structures relevant de son département. C’est dans ce cadre qu’il s’est rendu, mercredi dernier, à la direction générale de l’Énergie du Mali (EDM-SA), pour échanger avec les responsa.

Lire aussi : Sécurité alimentaire : Le Plan national de réponses 2026 partagé avec les PTF

Le gouvernement a partagé les documents du Plan national de réponses à la sécurité alimentaire (PNR) 2026, mercredi dernier, avec les Partenaires techniques et financiers (PTF) intervenant dans le domaine de la sécurité alimentaire..

Lire aussi : Crise du carburant : la douane réceptionne plusieurs camions-citernes

Un important convoi de camions-citernes, escorté en toute sécurité par les Forces armées maliennes (FAMa), a été reçu, mercredi dernier, dans les parkings à Bamako..

Lire aussi : Procès «Paramount-Embraer» : Le verdict attendu aujourd'hui

Ce vendredi en principe, les 18 accusés composés de personnalités militaires et civiles seront fixés sur leur sort après environ trois mois de procès.

Lire aussi : Forces armées maliennes : Un convoi de matériels militaires accueilli à Bamako

Dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 mars, la capitale malienne a vibré au rythme de l’arrivée d’un convoi imposant de plusieurs centaines de véhicules blindés de nouvelle génération et d’autres équipements militaires en provenance de la Guinée..

Les articles de l'auteur

Commémoration des événements de mars 1991 : Le Premier ministre rend hommage aux martyrs

Pour le Général de division Abdoulaye Maïga, la célébration de cette journée symbolise la reconnaissance de la Nation pour les sacrifices des héros tombés pour l'avènement de la démocratie au Mali. Au nom du Chef de l’État, il a salué la résilience du peuple malien face aux assauts de l’ennemi et aux difficultés de la vie quotidienne.

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 27 mars 2026 à 08:57

Célébration du 26 mars: La nécessité de consolider les acquis de la démocratie

26 mars 1991-26 mars 2026, cela fait 35 ans jour pour jour que le Mali commémore la révolution de son peuple pour l'accession à la démocratie..

Par Namory KOUYATE


Publié jeudi 26 mars 2026 à 13:21

Guerre au Moyen-Orient : Quelles répercussions pour les pays de l’AES ?

L’enseignante à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap), Mme Samaké Fatoumata H. Traoré, met en exergue les répercussions éventuelles de cette guerre sur la Confédération des états du Sahel. La directrice du Centre d’études pour l’équité et l’excellence (C2E-Nyetaa) recommande également la solidarité régionale, l’interconnexion électrique et l’industrialisation énergétique pour circonscrire la menace de flambée des prix à la pompe.

Par Namory KOUYATE


Publié mardi 24 mars 2026 à 08:59

Processus de paix et de réconciliation : La CAFO lance sa campagne d’information et de sensibilisation

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafo) a placé l’évènement sous le thème : «femmes et réconciliation : actrices de paix et de cohésion nationale»..

Par Namory KOUYATE


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:27

Kouyaté Goundo Sissoko, présidente de la Cafo : « Les femmes sont des actrices et forces de proposition »

A l’instar des autres pays à travers le monde, le Mali célèbre la Journée internationale de la femme, le dimanche prochain. C’est dans cette mouvance de célébration du 8 mars que la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafo), Mme Kouyaté Goundo Sissoko, nous a accordé une interview dans laquelle, la spécialiste des questions de genre, de changement climatique et de résilience.

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 06 mars 2026 à 08:44

Dr Fodié Tandjigora à propos de l’Année de l’éducation et de la culture : «Nos programmes d’enseignement peuvent être bien nourris par nos contenus culturels»

L’enseignant-chercheur, sociologue de son état à l’université Yambo Ouologuem de Bamako nous livre son analyse, dans cette interview qu’il nous a accordée, en se focalisant sur les valeurs endogènes pour bâtir le Mali Kura. Dr Fodié Tandjigora, en sa qualité de spécialiste des questions de changement social, opte également pour le non-rejet systématique de la culture d’autrui.

Par Namory KOUYATE


Publié jeudi 05 mars 2026 à 08:49

Remise de vivres : Le CDM au chevet des nécessiteux

Le Collectif pour la défense des militaires (Cdm) a procédé, hier à la mosquée de Fadjiguila en Commune I du District de Bamako, à la remise de kits alimentaires aux fidèles musulmans. La cérémonie présidée par le secrétaire général du Cdm, Younouss Soumaré, avait pour parrain Fassalouma Keïta dit Bemba national..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 02 mars 2026 à 09:10

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner