Délégués médicaux : Comment réglementer leurs visites aux médecins ?

Dans les salles d’attente des cabinets médicaux, les patients ont une hantise : voir arriver un délégué médical. Si c’est le cas, ils sont partis pour une longue attente. Car très souvent, les entretiens sont interminables entre les toubibs et ces agents chargés de la promotion des médicaments. Il appartient aux établissements de soins de trouver la meilleure approche pour que cette présence ne perturbe pas les consultations

Publié jeudi 30 mars 2023 à 05:23
Délégués médicaux : Comment réglementer leurs visites aux médecins ?

Des médecins invitent leurs collègues à accorder la priorité aux patients

 

La perturbation des consultations externes dans les établissements et Centres de santé de référence (Csref), par les délégués ou visiteurs médicaux, est devenue une pratique qui fâche les malades. En tout cas, la pilule est amère à faire passer chez ceux-ci qui n’apprécient guère d’être confrontés à une telle situation. Il suffit d’écouter leurs récriminations contre les praticiens qui reçoivent ces délégués aux heures de consultations. Beaucoup de patients jugent, à tort ou à raison, la pratique inadmissible, estimant qu’elle est contraire aux règles de bonne conduite.

Il est utile de préciser que les délégués médicaux officient au compte de laboratoires ou firmes pharmaceutiques. Ils font la promotion des médicaments de ces différentes entités pharmaceutiques auprès des médecins. Ils essaient de convaincre les praticiens à prescrire leurs produits aux patients. C’est dans cet esprit qu’ils font parfois intrusion dans les box de consultations. Cette attitude irrite les malades qui voient ainsi le temps d’attente allongé.

Après de nombreuses dénonciations de la pratique par des patients, notre équipe de reportage a fait le tour de quelques structures de soins. Hier aux environs de 10 heures, le Csref de la Commune III grouillait de monde. Des malades et autres usagers attendaient devant les bureaux des médecins. Parmi eux se trouvaient sept visiteurs médicaux dont une femme.

 

LES NERFS À FLEUR DE PEAU- C’est une «opération d’envahissement», explique un patient qui avait visiblement les nerfs à fleur de peau. Sur ces entrefaites, un autre délégué venait de gonfler le rang des «indésirables». Il s’agit d’une femme dont l’étonnement de voir un nombre si important de ses collègues devant les unités de traumatologie et de cardiologie était perceptible. Un autre visiteur réplique dans une boutade : «Les délégués médicaux sont plus nombreux que les patients».

Sidiki Kantako qui venait de sortir d’une consultation spécialisée chez le traumatologue fulmine contre cette pratique. Il estime que la consultation en présence d’un délégué (qui n’est pas forcément un professionnel de la santé) est une violation de l’intimité du malade. Il explique qu’en présence des délégués, le médecin perd un temps fou dans l’interrogatoire du malade.

Sur un banc métallique, la sexagénaire Ténimba Bagayoko attendait depuis 6 heures du matin de rencontrer un cardiologue. Elle confie que certains délégués durent dans le bureau des médecins. Selon elle, ceux-ci doivent trouver la bonne formule pour présenter leurs produits sans que les patients ne souffrent de leur «agressivité commerciale». Mais la vieille reconnaît que leurs médicaments, très souvent prescrits par les praticiens, peuvent aider à recouvrer la santé.

Toujours au Csref de la Commune III, Adama Traoré, délégué médical qui exerce depuis 4 ans, discute avec une collègue en face du bureau d’un traumatologue. Il explique que la Commune III est sa zone d’intervention et soutient que son travail ne lèse pas les malades. «Je présente mes produits au médecin pendant qu’il travaille surtout en des moments où son assistant remplit la fiche de renseignement du patient», argumente-t-il, avant d’ajouter prendre juste un petit laps de temps pour expliquer les vertus thérapeutiques de ses produits. Et de dire que certains médecins fixent des horaires de visite aux délégués médicaux.

Sa collègue qui a requis l’anonymat a travaillé depuis 6 mois dans le domaine. Elle se rend dans les hôpitaux une fois par semaine. «J’attends toujours que le médecin me fasse appel pour ne pas déranger les patients», souligne la pédiatre de formation. Et de préciser que le médecin peut dire à un délégué de repasser lorsqu’il enregistre un flux de patients.

Un autre délégué explique que leurs activités consistent à informer les professionnels de la santé sur la disponibilité des produits, notamment de nouvelles molécules dans les pharmacies. «Nous informons les médecins des innovations, de la rupture des médicaments et du changement des prix», indique-t-il, confirmant que des patients le pointent du doigt.

 

PRIORITÉ AUX PATIENTS-  Dr Cissé Lassine, dermatologue dans le même établissement, confirme que le malade est toujours impatient et que les délégués médicaux sont de plus en plus nombreux. La multiplication des laboratoires pharmaceutiques justifie cet état de fait. «Souvent, le délégué est la première personne qu’on reçoit. Quand ils font un long discours, je leur dis d’attendre dehors», dit le dermatologue.

À l’Hôpital du Mali, un médecin sous couvert de l’anonymat confie qu’un patient s’en était pris à un délégué médical. Il en avait assez des longues minutes d’attente, mais surtout de voir un «intrus» lui chiper sa place chez le médecin. Certains délégués peuvent rester avec l’agent de santé pendant des dizaines de minutes, surtout en cette période de Ramadan, dénonce notre interlocuteur.

Le chef de service de pédiatrie de l’Hôpital du Mali, Pr Bourama Kané, indique que l’idéal est de recevoir les délégués pendant les heures de pause. «Je les reçois pendant mes heures creuses. Tous les médecins devraient faire autant. On doit s’organiser pour les recevoir», pense le praticien hospitalier. Il invite ses collègues à accorder la priorité aux patients.

Celui qui a l’audace de la vérité explique crûment : «C’est pas éthique de porter atteinte à l’intimité des patients». Il soutient aussi succinctement que la collaboration avec les firmes pharmaceutiques a des avantages notamment en termes de financement de la participation des médecins aux congrès scientifiques annuels de leurs disciplines médicales ou chirurgicales. Tous y vont pour présenter les résultats de leurs travaux de recherche ou apprendre les dernières évolutions de leur spécialité.

Le directeur général adjoint de l’Hôpital du Mali, Dr Bakary Dembélé, a une bonne lecture du phénomène pour avoir été surveillant général de l’établissement pendant une dizaine d’années. Selon lui, la pratique est embêtante pour le malade. Il relève qu’elle allonge le temps d’attente et affecte leur psychologie. Et d’affirmer surtout que ce n’est pas normal.

Pour mieux gérer la problématique, Dr Bakary Dembélé, déclare que sa structure hospitalière a mis en place des approches. «On a demandé aux délégués d’organiser en dehors des heures de consultations par semaine ou par mois, des staffs de présentation des molécules à l’endroit des praticiens cliniques», explique-t-il, avant d’ajouter que l’autre approche porte sur la disponibilité pour les délégués médicaux d’une liste de prescripteurs avec leurs contacts.


Le directeur adjoint précise aussi que la législation prévoit cet échange des délégués avec les praticiens cliniques, mais ne définit pas le contexte dans lequel il doit se tenir. Toutefois, il assure que la délégation médicale est une pratique professionnelle qui permet au médecin d’être à jour par rapport à l’évolution du monde pharmaceutique. 

Mohamed DIAWARA

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