Commune IV du District de Bamako : Des monticules d’ordures poussent comme des champignons

Les ménages de cette collectivité située en plein cœur de Bamako n’ont plus accès au dépôt de transit de Lafiabougou. Ses riverains qui se plaignent de la mauvaise gestion des ordures qui y sont acheminées, empêchent les charretiers d’y avoir accès

Publié vendredi 16 juin 2023 à 05:46
Commune IV du District de Bamako : Des monticules d’ordures poussent comme des champignons

Ces ordures qui encombrent les rues et dégagent des odeurs suscitant une indignation générale, sont une source de revenus pour certaines personnes

 

Depuis deux mois, les ordures ménagères de la Commune IV du District de Bamako ne sont plus acheminées vers le dépotoir de Lafiabougou, surnommé le «mont Kilimandjaro». En cause ? Une incompréhension entre les charretiers éboueurs et les riverains de ce dépôt de transit qui disent en avoir ras-le-bol des odeurs nauséabondes du dépotoir. Les parties en étaient arrivées à des affrontements à coups de bâton et de machette. Depuis, les charretiers sont en chômage technique et pendant ce temps, des monticules d’ordures se forment devant les maisons.

Déchets éparpillés sur le sol et sacs débordés de cette matière répugnante trainent devant quasiment toutes les concessions de Lafiabougou. En certains endroits, les ordures encombrent les rues et dégagent des odeurs suscitant une indignation générale. Certains ont trouvé une astuce mais pas des plus ingénieuses : brûler les déchets. Les plus audacieux déversent tout simplement leurs ordures dans le lit du marigot appelé Woyowayankô, quand ils ne les amènent pas directement dans le lit du fleuve Niger.


En ce début d’hivernage, chaque pluie est aussi une occasion en or pour se débarrasser des ordures.

Les habitants fulminent contre cette situation. «L’odeur fétide nous empêche de respirer correctement. Si rien n’est fait, nous allons tous contracter de graves maladies respiratoires», se lamente Awa Traoré qui tient une boutique de vente d’articles divers dans le quartier. La dame de 69 ans dit craindre surtout les conséquences désastreuses que pourrait provoquer la non-évacuation de ces ordures dont une partie se retrouve dans les caniveaux. En temps normal, elle paye mensuellement 1.500 Fcfa à l’agent en charge d’évacuer les déchets.

En attendant que les parties trouvent un terrain d’entente, les «rues sont devenues des lieux de dépôt et les déchets sont brûlés n’importe comment pendant la nuit. La fumée étouffe les gens», selon M. Camara. À défaut d’éboueur, le chef de la famille des Camara s’est lui-même mis à la tâche. Chaque matin, en partance pour son bureau à Kati, le père de famille remplit son véhicule de sacs d’ordures qu’il dépose au dépôt de transit de la ville garnison.

Extenué, l’imam de la mosquée Dialla de Djicoroni-para, Ibrahima Sanogo, s’en remet au bon Dieu et en appelle à l’aide de personnes de bonne volonté : «Un propriétaire de tracteur ramasse les ordures de notre secteur pour les verser dans son champ. Mais la demande est trop forte pour ce dernier.»

 

Source de revenus- Assis sous un hangar près d’une vieille maison appelée «fali soni» (le lieu abrite les charrettes et les ânes d’un GIE situé à Djicoronoi-para), un quadragénaire se tourne les pouces. Autour de lui, des charrettes à l’arrêt. Quelques-unes sont pleines de déchets, mais il n’y a aucun moyen d’aller les décharger. Les ânes, eux, errent sur les berges du fleuve Djoliba. Le vieux charretier, qui a requis l’anonymat, affirme qu’il ne travaille pas depuis deux mois. «Ça ne va pas du tout. Cette activité me procurait de quoi nourrir ma famille. Les autorités doivent s’impliquer pour que les choses rentrent dans l’ordre», plaide-t-il.

Les habitants et les charretiers ne sont pas les seuls à souffrir de cette situation. Faut-il le souligner, le dépôt de Lafiabougou est aussi une source de revenus pour certaines personnes. Elles y trient des déchets recyclables qui sont, ensuite, vendus à des négociants. Venue de Léré (Cercle de Niafounké) suite à la crise, Fatoumata Touré est trieuse de déchets.


La déplacée de 46 ans décrit la situation difficile qu’elle vit avec d’autres femmes : «Tout est bloqué actuellement. Alors que nous vivons de la vente des objets que nous collectons sur ce dépôt. Il y a environ une centaine de personnes (hommes et femmes) qui trouvent leurs pains quotidiens ici. Nous voulons que le dépôt soit évacué à chaque fois qu’il est débordé, mais nous ne voulons pas l’arrêt définitif de tout transit vers ce site». Unanimes sur ces propos, les trieurs de déchet que notre équipe a approché affirment tous qu’ils ont du mal à subvenir aux besoins de leurs familles et à payer leurs loyers. Certains pratiquent ce métier depuis une dizaine d’années.

Selon le 2è adjoint au maire de la Commune IV, chargé de l’environnement, le problème est dû au fait que les «gens ne veulent pas comprendre la loi». Selon Alkassoum Maïga, le schéma d’urbanisme a prévu ce dépôt de transit, tout comme le cimetière. «Si la vocation d’une parcelle provoque des désagréments, on ne doit pas prendre une position catégorique», martèle l’élu qui prône le dialogue pour parvenir à une solution concertée.

«Nous sommes conscients des désagréments que subissent les riverains. Le comité de veille nous décrit régulièrement la situation et à chaque fois que leur requête nous parvient, elle est aussitôt renvoyée à la mairie du District et au gouvernorat. Parce que ce sont eux qui gèrent l’évacuation du dépôt. S’il n’y a pas eu gain de cause, alors nous nous retrouvons dans le même sac que les riverains. Il ne faut pas que ces services se sauvent en indexant la mairie de la Commune IV», explique Alkassoum Maïga. Et de préciser que la tâche de la collectivité communale, est de ramasser les déchets au niveau des concessions et les acheminer vers un dépôt de transit indiqué par l’État.

Globalement, le constat est amer dans la ville de Bamako. Impossible de sillonner le centre-ville sans tomber sur des dépôts anarchiques, comme c’est le cas dans les environs de l’Assemblée nationale et de l’hôpital Gabriel Touré. Là, les déchets envahissent la voie publique. Au niveau du carrefour situé entre ces structures, s’est constitué un dépôt de transit. Le gaz carbonique dégagé par les moteurs se mêle ainsi à l’odeur désagréable des immondices.

Nous croisons Oumar Dramé entrain de vider un sac contenant des déchets. Selon le garçon de 17 ans, ils sont nombreux à débarrasser les boutiques des ordures pour les amener vers ce dépôt. Amadou, un autre garçon, en a fait son business. Il a quitté Bandiagara, où il était scolarisé, à cause de la crise et s’est retrouvé à Bamako avec sa maman. Toute la journée, il ramasse les ordures moyennant quelques pièces.

Il convient de rappeler que le contexte est marqué par l’arrêt du contrat que l’État avait avec la société marocaine «Ozone» qui peinait à assainir Bamako. Son contrat a été alors résilié afin d’assainir Bamako et ses environs en améliorant le mécanisme de transport des déchets des dépôts de transit vers les décharges finales, avait expliqué le ministre en charge de l’Administration territoriale lors d’une visite effectuée à la décharge finale de Noumoubougou. Désormais, c’est la voirie de la mairie du District qui s’occupe de l’évacuation des ordures vers les décharges finales.


À cet effet, ce service a été remis sur pied. Il a été doté, par le truchement de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (ANICT), en équipements dont la valeur s’élève à 780 millions de Fcfa. Nos tentatives pour rencontrer les responsables de la voirie ont été infructueuses.

N’Famoro KEITA

Rédaction Lessor

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