Mardi dernier aux environs de 12 heures, régnait un grand calme au centre d’examen du candidat. Les candidats pour la spécialité dessin-bâtiment observaient une pause après avoir passé 3 heures à traiter l’épreuve des mathématiques. Youssouf Diarra, seul candidat sourd-muet à cet examen à Bamako, y figure. Le postulant a eu le temps de faire un petit tour à la maison à la Base A, en Commune III du District de Bamako, pour déjeuner et revenir à moto pour l’épreuve de l’après-midi.
Le jeune sourd-muet de 22 ans compose dans la salle d’examen N°6. Son militaire de père, Dramane Diarra, qui a fait valoir ses droits à la retraite, le briefe dans la langue des signes sur notre désir de réaliser un reportage sur lui. Craignant de mal interpréter les réponses de son enfant, il lui dit de répondre par écrit. Youssouf Diarra s’exécute et explique vouloir obtenir la mention bien, mais aussi décrocher une bourse d’études.
«Je veux aider mes frères et sœurs qui souffrent du même handicap et contribuer aux charges de ma familiale», confie Youssouf Diarra. Il nourrissait l’ambition de devenir danseur/chorégraphe et avait souhaité plutôt s’inscrire à l’Institut national des arts (INA) Professeur Gaoussou Diawara. Aujourd’hui, il veut devenir architecte. Il reconnaît devoir la poursuite de ses études à la détermination de ses parents et au soutien du personnel du Centre d’industrie et de gestion (Ciges) et appelle les autorités à créer des conditions d’études secondaires et universitaires pour les déficients auditifs. Mais aussi à mettre en place un mécanisme d’interprétation de l’actualité dans le langage des signes.
Dans la salle des professeurs du Lycée Fily Dabo Sissoko, les copies des examens sont empilées sur une grande table en face du président du centre d’examen, Nouhoum Dembélé. Le centre accueille 471 candidats dont 112 filles, répartis entre les spécialités : Boulangerie, pâtisserie, dessin-bâtiment et électronique. Le pédagogue est bluffé par Youssouf Diarra qui arrive à s’en sortir. Le directeur adjoint de l’Académie d’enseignement de Bamako Rive gauche, Sidi Alamine Amadou, explique que sa structure aurait pu prendre un interprète de la langue des signes si elle avait été informée à temps de la situation du candidat.
Lettre d’encouragement- Youssouf Diarra natif de Bamako est orienté au Ciges, après l’obtention du Diplôme d’études fondamentales (DEF) à l’École des déficients auditifs (EDA) à l’Hippodrome. Depuis la petite enfance, il était très timide et indifférent aux événements autour de lui. C’est après constat que ses parents ont fait faire des analyses médicales qui poseront le diagnostic de sa surdité. «Le médecin nous avait conseillé une évacuation pour une prise en charge appropriée. Par manque de ressources financières, nous n’avons pu le faire.», explique sa mère, Marie Noëlle Dembélé.
Son père remet sur le tapis la situation des déficients auditifs après leur admission au DEF. Pour lui, c’est la croix et la bannière de leur trouver des possibilités de poursuivre leurs études. Ils sont rejetés par les responsables de certains établissements. Ce qui est souvent à l’origine de leur déscolarisation et les expose à la délinquance et à la prostitution. Dramane Diarra explique qu’il a fallu son intransigeance pour que son fils soit maintenu au Ciges dont le directeur a même adressé une lettre d’encouragement à Youssouf après son passage en 2è année. Ses proches confirment aussi son talent de basketteur.
Mohamed DIAWARA
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