Bogolan : Entre héritage ancestral et défis de la modernité

Symbole d'identité et d'élégance, le bogolan incarne un héritage culturel profondément enraciné dans la tradition malienne. Plus qu'un simple tissu, il est une signature qui impose le respect. Au Mali, cet artisanat reflète l'âme et l'histoire d'un peuple. De Bamako à Mopti, des hommes dévoués maintiennent ce savoir-faire précieux, malgré les aléas

Publié vendredi 17 avril 2026 à 08:31
Bogolan : Entre héritage ancestral et défis de la modernité

À l’artisanat de Bamako, Adama Koné officie comme fabricant de bogolan et guide touristique. Son aventure commence entre 1995 et 1996 à Mopti. «C'est l'entourage de mes amis qui m'a poussé. Ils collaboraient avec les touristes et j'ai appris le métier sur le tas», confie-t-il. Pour lui, l’art n'a pas de prix, mais un coût que seul l'acheteur peut confirmer.

Grâce au bogolan, Adama a construit sa vie: une maison, un foyer avec une femme et des enfants. Pourtant, il constate un changement. Si avant, la collaboration entre guides et artisans était fluide, le secteur souffre aujourd'hui d'une forme d'opportunisme. «Il y a plus de mille personnes dans cette cour, mais ceux qui fabriquent réellement se comptent sur les doigts de la main», déplore-t-il. Son espoir ? Que les Maliens s'approprient davantage leur culture, à l'image des journées culturelles désormais encouragées par le ministère de l'Éducation nationale.

Au Laboratoire des arts et collaboratif (LAC) de Lassa, Solo N’Diaye perpétue la technique traditionnelle. Il rappelle avec passion l’origine légendaire de ce tissu: «Un chasseur avait trempé son tissu dans une décoction d'arbre «Galama», ce qui donna une couleur jaune. Plus tard, un autre chasseur, transportant un animal taché de boue de rivière, découvrit que cette boue, une fois lavée, laissait une trace noire indélébile.» Le noir et le jaune sont ainsi devenus les couleurs fondamentales du bogolan.

Solo N’Diaye explique le processus complexe: le support (un tissu 100 % coton, le galon), la teinture (bouillir les feuilles de Galama et y tremper le tissu), le séchage (une exposition prolongée au soleil pour fixer la base), le dessin (l'application de la boue fermentée pour créer les motifs). Chaque signe a une signification précise: le ciel, l'amour, l'âme. Des villes comme Kolokani ou Ségou possèdent leurs propres motifs codifiés dans des recueils. Si Solo N’Diaye a connu des sommets de vente (jusqu'à un million de Fcfa par jour à l'époque du "bogolan basin"), il dénonce aujourd'hui la contrefaçon industrielle, notamment le pagne «Java» qui copie les motifs artisanaux à bas prix.


Le tissu est trempé dans une décoction d'arbre, ce qui donne la couleur jaune



La survie du bogolan dépend aussi de ceux qui le façonnent et le vendent. Soumaïla Samaké, tailleur depuis plus de 10 ans, a hérité ce métier de son grand-père. Malgré la difficulté de coudre ce tissu épais à la machine, il y trouve son indépendance. «Ce métier permet de ne pas être dépendant et d'éviter bien des problèmes sociaux», conseille-t-il aux jeunes qu'il forme dans son atelier. Au bout de la chaîne, Amadou Guindo, grossiste depuis 3 ans, fait face aux réalités du marché.

Depuis l'incendie du marché de Médine, trouver des clients est devenu un défi. Les prix pour les grossistes varient entre 7.500 et 10.000 Fcfa le boubou, qu'il revend ensuite autour de 12.500 Fcfa. Il note également une saisonnalité marquée. En effet, le « bogolan ne s'achète pas à tout moment. Après le Ramadan, les ventes ralentissent».

Le cri du cœur de ces artisans est unanime: pour que le bogolan survive, il doit être aimé par les Maliens eux-mêmes. Solo N’Diaye et ses confrères appellent les autorités à intégrer l'apprentissage du bogolan dans les programmes scolaires, afin que la jeunesse malienne porte avec fierté ce qui lui appartient.

Aminata Chérif

HAÏDARA

Lire aussi : Productions artistiques et culturelles : Quand l’art devient une force pour se relever

Dans les salles de spectacle, les quartiers, les festivals ou les écoles, les artistes transforment les épreuves du quotidien en messages d’espoir. Face aux crises, la culture s’impose comme un espace de résistance, de dialogue et de reconstruction collective.

Lire aussi : Centre Kandioura Coulibaly : La continuité d’une vision

Parfois, le destin freine l’ambition des hommes. C’est le cas de Kandioura Coulibaly, artiste-compositeur et créateur de mode, qui nourrissait l’ambition de construire l’un des plus grands musées d’Afrique consacrés, à l’accoutrement et aux parures..

Lire aussi : Entrepreneuriat culturel : Secteur économique à part entière

De la scène aux ateliers de création, une nouvelle génération de Maliens transforme son savoir-faire artistique en activité économique. Malgré les difficultés, la culture s’impose comme une source d’emplois et un secteur d’avenir.

Lire aussi : Théâtre : « WARI » revient sur scène le 19 septembre

Le 19 septembre, le Palais de la culture a rendez-vous avec l’histoire du théâtre malien. Sur scène, « Wari », œuvre d’Ousmane Sow, retrouvera son public après plusieurs années d’absence. Une reprise qui s’annonce comme un moment fort pour les amoureux du théâtre, mais aussi comme .

Lire aussi : Trophées panafricains Sémbé :Youssouf Doumbia de L’Essor honoré

La 3ᵉ édition des Trophées panafricains Sémbé a récompensé, vendredi dernier, une vingtaine d’hommes et de femmes qui se sont illustrés dans les domaines de la culture, du sport et du développement au Mali. Parmi eux, figure notre collègue, Youssouf Doumbia du quotidien national L’Es.

Lire aussi : «Sabalibougou Toulafin» : Une belle initiative culturelle

Ce rendez-vous qui entend mettre la culture au service de la cohésion sociale à Sabalibougou est prévu du 25 au 30 septembre.

Les articles de l'auteur

La fin de la reconnaissance de la République Saharaoui par la République du Mali

Le gouvernement malien a officiellement motivé sa décision par une "analyse approfondie" du dossier du Sahara, qu'il juge avoir "un impact sur la paix et la sécurité sous-régionales»..

Par


Publié vendredi 24 avril 2026 à 08:33

Communiqué du conseil des ministres du 23 avril 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le jeudi 23 avril 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Par


Publié vendredi 24 avril 2026 à 08:28

Étudiants de l’ESJSC : En immersion à l’Amap

Les étudiants en licence I de l'École supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC) ont effectué, lundi dernier, une visite à l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap). Ces futurs journalistes et communicateurs ont été guidés dans leur immersion à l’Amap par le journaliste Moriba Coulibaly..

Par


Publié mercredi 22 avril 2026 à 08:04

Accès à l’eau potable : Le président Goïta soulage la population de Yirimadio

Le Président de la Transition leur a gracieusement offert deux forages dans le cadre de ses œuvres sociales qui ont déjà fait de nombreux heureux à travers le pays.

Par


Publié mercredi 22 avril 2026 à 08:01

Ziyara de feu imam Cheick Ousmane Haïdara Khalafo : La foi et la communion

La 33e édition de la ziyara commémorative du décès de feu l’Imam Cheick Ousmane Haïdara Khalafo à Hamdallaye s’est tenue samedi dernier. Cet événement a rassemblé de nombreux fidèles musulmans venus de Bamako et d’autres régions pour témoigner leur attachement à la mémoire de l’illustre disparu et renforcer les liens de fraternité..

Par


Publié mardi 21 avril 2026 à 08:13

Journée internationale des monuments et des sites : Un engagement clair pour la protection du patrimoine culturel

À l’occasion de la Journée internationale des monuments et des sites que consacre le 18 avril de chaque année, le Conseil international des monuments et des sites (Icomos), en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), a organisé, le week-end dernier au Mémorial Modibo Keïta, une conférence-débat sous le thème: «La traduction et l’interprétation des notions et concepts du patrimoine culturel en bamanakan»..

Par


Publié mardi 21 avril 2026 à 08:11

Recueil 2026 : Le CESEC à l’écoute de nos compatriotes établis en Chine

Une délégation du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), conduite par Yacouba Katilé, président de l’institution, séjourne en République populaire de Chine. Et ce, dans le cadre de la mission de collecte des attentes, des besoins et des problèmes de nos compatriotes établis à l’extérieur, assignée par les dispositions de l’article 165 de la Constitution..

Par


Publié mardi 21 avril 2026 à 08:00

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner