Bafoulabé : Sans les bacs fluviaux, la traversée du fleuve est un calvaire

Il n’y a pas de pont sur le fleuve Sénégal et les populations riveraines font recours aux bacs vieux de 20 ans et aux pirogues pour se rendre à l’autre rive. En cas de panne, comme c’était le cas en août dernier, c’est le calvaire pour les habitants

Publié mercredi 12 octobre 2022 à 05:53
Bafoulabé : Sans les bacs fluviaux, la traversée du fleuve est un calvaire

L’un des deux bacs du Cercle de Bafoulabé en pleine activité

 

De nos jours, le bac fluvial est pour Bafoulabé ce qu’était le train pour Kayes, son chef-lieu de région. En effet, pour le voyageur qui vient de Kayes et de Diamou, il lui est impossible de fouler le sol de la cité de Mali Sadio s’il n’emprunte pas le bac à partir de Tintila. Idem pour celui qui fréquente l’axe Kita-Toukoto : ce dernier doit transiter forcément par Babaroto pour arriver à Bafoulabé ou à Tintila. S’agissant des passagers en provenance de Tambaga et de Manantali, ceux-ci doivent emprunter le bac pour se rendre de l’autre côté du fleuve.

La traversée du fleuve Sénégal par le bac est une obligation même pour ceux qui n’aiment pas voyager par pirogue à cause des risques de noyade et de chavirement, surtout en cas d’orage ou de tornade.

En effet, le Cercle de Bafoulabé possède deux bacs fluviaux qui assurent la continuité des routes (Kayes-Kita en passant par Babaroto, Kayes-Tambaga en passant par Manantali). «Cependant, ces engins sont vieillissants car, ils ont été mis en circulation depuis plus de 20 ans. Alors, avec de tels bacs, les problèmes n’en finissent pas», déplore le préfet du Cercle de Bafoulabé, Amadou Soumaré, lors d’une rencontre avec la société civile.

Selon lui, il y a longtemps qu’un bac est garé suite à un problème de moteurs dont les pièces détachées sont récupérées pour faire marcher le second engin. «Pour l’instant, c’est un seul bac qui assure la traversée des véhicules avec ses multiples problèmes (moteurs, propulseurs). Un seul de ses moteurs fonctionne, ce qui explique aussi sa lenteur dans la traversée», précise le préfet, également président du Comité de gestion des bacs fluviaux.

Le préfet a aussi rappelé que les Industries navales et constructions métalliques (INACOM) du Mali, société basée à Koulikoro, est la seule habilitée à réparer les bacs fluviaux, un travail qui se fait à coût de millions de Fcfa. Il faut souligner que les populations ne sont pas restées indifférentes face à cette situation.


Bien avant le calvaire provoqué par l’arrêt de ce moyen de transport fluvial, la société civile, sous l’égide de sa présidente Salama Sakiliba, le président du Conseil local des jeunes, Boubacar Macalou, les présidents des conseils communaux de la jeunesse de Bafoulabé (Karamagan Diallo) et de Mahina (Harouna Diop) avaient entrepris des démarches auprès du préfet pour l’organisation d’une rencontre. Celle-ci a permis à l’ensemble de ces acteurs de se retrouver pour échanger sur des questions liées aux bacs afin que la situation ne tourne au pire.

Mais, cette tentative de sauvetage n’a pas réussi, puisque le 26 août dernier, le second moteur du bac a lâché complètement. D’où ces exclamations : «Plus de bac ! Plus de traversée de véhicules !».

Ainsi, commence le calvaire pour le personnel naviguant et pour l’ensemble des usagers de ce moyen de transport fluvial, sans oublier les populations riveraines du fleuve Sénégal formé par le Bafing et le Bakoye. Et la ville de Bafoulabé tire son nom de la rencontre de ces deux fleuves.

La problématique a largement animé les débats sur les réseaux sociaux, dans les grin. Si cette panne a plongé le personnel et le comité de gestion du bac dans le désarroi, elle a bien profité aux piroguiers qui se sont frottés les mains pendant un bon bout de temps. Car, comme le dit cet adage populaire : «à quelque chose malheur est bon». Ces deux semaines d’arrêt du bac leur ont permis de gagner beaucoup d’argent, étant donné que les pirogues étaient les seuls moyens de transport fluvial. Du coup, tous les prix, y compris ceux des produits alimentaires, ont pris l’ascenseur doublé, rendant ainsi la vie très chère.

 

Le recours aux pirogues - On faisait traverser une personne à 200 Fcfa le jour et à 500 la nuit. Le transport d’une tonne de ciment d’une rive à l’autre coûtait 3.000 Fcfa. D’où le ras-le-bol des habitants qui ont saisi cette malheureuse mésaventure pour manifester dans les rues contre l’arrêt du bac et la cherté de la vie. Et ils ont même enfoncé le clou, en accusant le comité de gestion des bacs fluviaux d’avoir mal géré les recettes générées par ce moyen de transport.

Pour tirer leur épingle du jeu, les transporteurs et les passagers ne pouvaient qu’opter pour l’unique occasion qui était à leur portée. Il s’agissait, pour eux, de se rabattre sur les piroguiers pour l’acheminement de leurs marchandises et autres bagages jusqu’à l’autre rive où sont stationnés des véhicules prêts à assurer le relais.

Pourtant, le gérant du bac, Mamadou Diakité, a, dès le début de la panne technique, indiqué qu’il avait informé immédiatement le préfet de la situation. D’après lui, cette situation constituait un coup dur, notamment pour le personnel du bac. «C’est le bac qui nous permet de retrouver le sourire. Et ce travail nous plait. Bref, le bac est notre vie. Si ce moyen tombe en panne, c’est la galère pour nous», affirmera-t-il.

Selon certains conducteurs de véhicules, c’était la résignation pour ceux qui ne pouvaient pas traverser le fleuve. D’autres, étaient contraints de rebrousser chemin et de rester sur les bords, tout en sympathisant avec les habitants au bord du fleuve, afin d’améliorer leurs conditions de vie, faute de moyens.

Au vu de la situation, le préfet a convoqué une réunion d’urgence dans son bureau le 5 septembre dernier à laquelle a pris part la société civile. Un seul point était inscrit à l’ordre du jour : «réfléchir ensemble pour trouver une solution au problème du bac». Cette rencontre a débouché sur des propositions concrètes. Certaines bonnes volontés ont décidé de manifester leur solidarité, en mettant la main à la poche pour la relance du bac afin d’abréger les souffrances des populations. Car la ville de Bafoulabé, étant un grand carrefour, risquait d’être coupé des autres localités du pays, ce qui allait constituer une menace à l’économie.

C’est ainsi que le président de l’Association des municipalités de Bafoulabé, Adama Bandiougou Sissoko, a promis un montant de 1.250.000 Fcfa et un opérateur économique du village en a donné 500.000 Fcfa. Le président du Conseil de cercle a contribué à hauteur d’un million de Fcfa et il y avait 1 million de Fcfa dans les caisses du comité de gestion du bac. Ces montants (7.250.000) Fcfa ont été donnés au comité de gestion en vue de trouver urgemment la solution. Autrement dit les 8 millions proposés par l’INACOM pour la réparation d’un bac venaient d’être trouvés, levant du coup une épine du pied du préfet qui a immédiatement contacté les techniciens de l’INACOM pour la réparation de la panne.

Sans tarder, cette société a dépêché des techniciens sur Bafoulabé qui ont travaillé du 9 au 10 septembre 2022 pour permettre la reprise du bac fluvial, à la grande satisfaction des riverains et autres usagers. Dès lors, les gens ont commencé à converger vers les deux rives afin d’être parmi les premiers à traverser le fleuve par bac après plusieurs jours d’interruption.

Cependant, beaucoup reste à faire pour panser les plaies car, certaines personnes réclament la dissolution du Comité de gestion des bacs fluviaux (CGBF) qui, selon eux, gère mal les recettes. D’autres souhaitent que la gestion soit confiée à un GIE. Ou bien que la société civile entame des démarches auprès des autorités compétentes pour la construction d’un pont en vue d’éviter d’autres calvaires.


Boubacar MACALOU

Correspondant stagiaire Amap-Bafoulabé

 

Rédaction Lessor

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