L’Essor : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la photographie au Mali en tant qu’acteur majeur du secteur ?
Seydou Camara : La photographie qui est une invention de Nicéphore Niepce (un ingénieur français), a énormément évolué au Mali. Nous avons hérité d’une histoire photographique exceptionnelle avec des figures de proue comme Seydou Keïta et Malick Sidibé. Aujourd’hui, une nouvelle génération est en train d’écrire sa propre histoire. On constate une diversification des pratiques photographiques qui sont, entre autres, la photographie documentaire, celle artistique, la photographie de mode, la photographie numérique, ainsi que la photographie sociale et les nouvelles formes liées aux technologies.
Le défi de nos jours est de permettre aux jeunes photographes de mieux structurer leur carrière, d’accéder aux formations, résidences, réseaux professionnels et surtout au marché de l’art mondial. Et il s’agit également à travers les productions d’attirer l’attention des décideurs à comprendre le rôle primaire de la photographie en vue de soutenir le secteur au même titre que d’autres disciplines artistiques.
L’Essor : Qu’est-ce que la journée du 19 août représente pour les photographes maliens et pour notre pays, aujourd’hui capitale de la photographie africaine ?
Seydou Camara : Le 19 août est une date historique qui rend hommage à l'invention du daguerréotype par Louis Daguerre, dont le brevet a été officiellement présenté et offert au monde par l'État français, le 19 août 1839. C’est le rendez-vous incontournable pour mettre en valeur cet art qui magnifie la puissance narrative des images. Il est avant tout une journée de reconnaissance de la photographie et du travail des photographes.
Notre pays possède une histoire photographique qui dépasse largement nos frontières. Bamako est devenu un lieu important de réflexion, de création et de rencontres autour de la photographie africaine. Cette journée ne doit pas être seulement une célébration, mais aussi l'occasion de transmettre, de former les jeunes, de rencontrer le public et de réfléchir sur l'avenir de la photographie au Mali.
L’Essor : Au-delà de Malick Sidibé et Seydou Keïta, est-ce que les photographes maliens sont-ils présents sur le marché mondial de l’art africain ?
Seydou Camara : Il est évident que la présence des photographes maliens reste encore insuffisante sur le marché de l’art africain par rapport au potentiel du pays. Aujourd'hui, plusieurs photographes maliens participent à des expositions, des résidences, des festivals et des projets internationaux. Il faut admettre qu’accéder au grand marché de l'art ne dépend pas uniquement de la qualité artistique. Il faut construire des réseaux. Les contacts se créent à travers les biennales, les festivals, les résidences, les commissaires d'exposition, les galeries, les institutions culturelles et les rencontres professionnelles.
C’est lors des événements internationaux que se nouent les contacts avec les marchands de l’art africain. Et c’est justement pour cela que les événements comme les Rencontres de Bamako , les Prix Ibibi, la Master class internationale des femmes photographes en Afrique, etc. sont importants. Ils permettent aux artistes de rencontrer des professionnels qui peuvent ensuite les accompagner dans leurs carrières. Nous devons donc apprendre à mieux accompagner nos photographes dans cette dimension professionnelle : portfolio, communication, droit d'auteur, documentation du travail, présence numérique et relations avec les galeries et institutions.
L’Essor : Aujourd’hui, le monde va célébrer la Journée mondiale de la photographie. Avez-vous un programme pour mettre en lumière cette journée ?
Seydou Camara : L’ambition de Yamarou photo est de donner plus d’éclat à cette journée dédiée aux photographes du Monde. Nous voulons faire de cette journée un moment de rencontres, de transmission et de dialogue entre les différentes générations des photographes maliens. Cette année, nous avons initié un programme ambitieux qui consiste à réunir les artistes photographes autour des sous-thèmes en rapport avec le thème général intiulé : «Maison».
La journée sera marquée par le partage d’expériences des photographes documentalistes, artistiques et ceux des shootings. La rencontre va surtout permettre aux jeunes créateurs de comprendre le mécanisme de la technique ancienne, notamment la prise de vue avec les négatifs et autres comme la technique de la boîte. Aussi, on parlera du travail au niveau du laboratoire, de l'évolution du matériel, du passage de l'argentique au numérique et de l’influence des Nouvelles technologies de l’information et de la communication sur la production artistique, ainsi que les nouvelles pratiques de photographiques avec l’Intelligence artificielle( IA).
L'objectif majeur de la célébration de cette journée par notre association est aussi de permettre aux jeunes de comprendre d'où nous venons pour mieux réfléchir à l'avenir de la photographie. Et cela cadre parfaitement avec la vision de Yamarou qui a toujours accompagné les événements en rapport avec la photographie depuis sa création. La date du 19 août n'est pas seulement symbolique. C'est aussi un moment de célébrer notre mémoire photographique et réfléchir à la photographie de demain.
L’Essor : Selon vous, qu'est-ce qu'il faut pour la popularisation de la Biennale photographique organisée tous les deux ans à Bamako ?
Seydou Camara : Il faut d'abord sortir d'une logique où la Biennale reste principalement connue des professionnels de la culture et de la photographie. La Biennale doit davantage aller vers le public. Il faut multiplier les expositions dans les quartiers, les écoles, les universités, les centres culturels, les espaces publics et pourquoi pas dans les entreprises. Il faut également développer une véritable communication populaire autour de l'événement, notamment à travers les réseaux sociaux, les médias, les vidéos et autres contenus en langues nationales. Enfin, il faut impliquer davantage les jeunes. Si une nouvelle génération ne s'approprie pas la Biennale africaine de la photographie, nous aurons du mal à construire son avenir. La Biennale doit être un événement artistique, mais aussi un événement populaire et éducatif.
L’Essor : Nous sommes en 2026, année de la Biennale africaine de la photographie. Que pensez-vous de l'évolution de la photographie dans la capitale malienne et quelles sont les grandes lignes du programme de Yamarou Photo pour cette 15è édition des Rencontres ?
Seydou Camara : Bamako continue d'être un véritable laboratoire photographique. On voit apparaître de nouveaux talents, de nouvelles écritures et surtout une volonté des jeunes de raconter leurs propres réalités avec leurs propres regards. Pour cette 15è édition, Yamarou Photo souhaite justement contribuer à cette dynamique en mettant l'accent sur la transmission, la visibilité et la professionnalisation.
Nous voulons notamment travailler autour de la rencontre entre les générations, de la formation des jeunes, de la valorisation des archives photographiques, de la médiation auprès du public et de la création de passerelles entre les photographes maliens et les réseaux internationaux. Notre ambition est que les Rencontres ne soient pas seulement un rendez-vous où l'on vient voir des expositions, mais une occasion de créer des liens, de transmettre des savoirs et de construire des opportunités pour les photographes.
L’Essor : Le Mali est représenté par quelques artistes retenus pour l'exposition internationale de la 15è édition des Rencontres africaines de la photographie. Peut-on remettre en cause ce quota que certains jugent inférieur par rapport à notre position d'organisateur principal ?
Seydou Camara : La Biennale est une manifestation africaine et internationale. La sélection doit donc rester basée sur la qualité et la pertinence des propositions artistiques, et non uniquement sur la nationalité des artistes. En revanche, il est tout à fait légitime de s'interroger sur la place accordée aux photographes maliens dans l'ensemble de la Biennale, surtout parce que Bamako porte cette histoire et cette tradition photographique. La question n'est donc pas simplement de savoir s'il faut deux, cinq ou dix artistes maliens dans l'exposition internationale ? Il faut surtout se demander comment faire en sorte que la Biennale profite davantage à l'écosystème photographique malien: artistes, jeunes photographes, commissaires, techniciens, médiateurs, écoles, associations, galeries et public. Le Mali doit être fier d'accueillir la Biennale, mais doit aussi utiliser cette position pour renforcer durablement son propre secteur photographique.
Amadou SOW
On pourrait penser que rien ne prédestinait Seydou Camara à la photographie surtout avec son cursus scolaire, mais c’est s’y méprendre parce que ce natif de Ségou, la 4è région du Mali, avait la passion de la photographie chevillée au corps et depuis sa tendre enfance..
Au vu de sa production multiculturelle, notre pays a besoin d'une politique de production culturelle qui organise l’économie de la création artistique et de l’industrie culturelle.
C’est dans le souci de témoigner de la reconnaissance aux hommes et femmes qui ont porté le combat de la promotion de la femme malienne que la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Diarra Djènèba Sanogo, a présidé, il y a moins d’une semaine au Centre na.
Parmi les grands acteurs qui ont fait briller le nom du Mali à travers le théâtre et le cinéma, figure le célèbre Balla Moussa Keïta, alias Dingana. Comédien hors pair, acteur talentueux du cinéma, chevronné des médias, grand maître de la parole et véritable surdoué de la culture, il a.
Le photographe est sélectionné parmi des dizaines de candidats dans le cadre du programme "Arts visuels" qui accueille chaque année 4 artistes du domaine. Il sera aussi probablement l’une des attractions de la 15è édition de la Biennale africaine de la photographie.
Le service local de la Culture du Cercle de Tominian a procédé, jeudi, à la présentation officielle d’un premier lot de matériels destinés pour la relance de l’orchestre moderne du cercle..