Face aux défis
sécuritaires, les populations sahéliennes sont en première ligne des affres du
terrorisme, avec pour corollaire le déplacement massif de populations à
l’intérieur comme à l’extérieur des pays. Conflits armés, insécurité
alimentaire, changement climatique : autant de facteurs qui rappellent aux
pouvoirs publics les limites à ne pas franchir en matière de soutenabilité
sociale.
Au cours de la dernière décennie, les
pays de l’espace AES ont été confrontés à une combinaison de crises qui
fragilisent les communautés et compromettent l’accès aux services sociaux de
base. En 2024, au Mali, seule la moitié des personnes en situation de détresse
ont pu bénéficier d’une assistance humanitaire, faute de financements
suffisants. Une situation similaire prévaut au Burkina Faso et au Niger. En
2025, le Mali compte près de 4,8 millions de personnes nécessitant une
assistance humanitaire, selon les données du Bureau de la coordination des
affaires humanitaires des Nations Unies. Au Burkina Faso, 8,4 millions de
personnes sont identifiées comme vulnérables. Au Niger, plusieurs millions de
personnes sont affectées par les effets cumulés des conflits armés, des
déplacements internes, de l’insécurité alimentaire et des aléas climatiques.
L’objectif du forum était clair :
renforcer la coopération sous-régionale et mettre en place des mécanismes de
financement innovants et durables pour mieux répondre aux multiples crises qui
frappent la région. Le ministre Mamoudou Kassogué, représentant le Premier
ministre, a été bien inspiré de rappeler «le devoir collectif de bâtir une
réponse humanitaire coordonnée, financée, et adaptée aux réalités de nos pays».
La réussite du forum s’est illustrée par la forte participation d’acteurs
étatiques, d’agences onusiennes, d’organisations non gouvernementales et de
divers partenaires techniques intervenant dans la région.
Le Mali affirme ainsi son leadership
sur une question aussi épineuse que celle de l’humanitaire, à un moment où nos
États réaffirment leur désir de souveraineté. Avec les États amis et les
organisations internationales, partenaires bilatéraux et multilatéraux, qui
accepteront les principes de coopération définis par nos pays, un appel vibrant
à une mobilisation accrue a été lancé depuis Bamako. Un acquis majeur du forum
réside dans la mise en place des fondations d’une plateforme de concertation
pour une solidarité régionale renforcée, capable de traduire la volonté
politique en actions concrètes en faveur des populations les plus vulnérables.
Bamako, Niamey, Ouagadougou, Lomé et Nouakchott sont prêtes à effacer les frontières pour faire front commun contre la paupérisation des populations et la dégradation de leurs espaces vitaux face aux périls qui se dressent devant elles. Avec la construction d’un espace confédéral, les populations maliennes réfugiées au Niger ou au Burkina pourraient rapidement être considérées comme des déplacées internes, ce qui allégerait considérablement les dispositifs de leur prise en charge. Il en serait de même pour chaque pays de l’AES, vice versa. La participation du Togo et de la Mauritanie témoigne du désir partagé de construire des cadres stratégiques régionaux solides, pour continuer à garantir une meilleure protection des populations civiles notamment des femmes et des enfants qui sont au cœur de toutes les actions.
Alassane Souleymane
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