Samarcande était la bibliothèque d’Alexandrie
En prenant le train de Tachkent, la capitale d’Ouzbékistan, pour Samarcande distant de 282 km en 1h26, le voyageur ne peut se douter de tomber sur des siècles d’histoire, de culture et d’art islamiques en pleine Asie centrale. Parce que Samarcande, ce n’est pas juste une ville. C’est un manuscrit vivant. Carrefour de la Route de la Soie, elle a été pendant 1.000 ans la capitale intellectuelle et spirituelle du monde islamique. Ici, la foi gravée est dans la pierre bleue. Les sites incontournables ? Le Registan où se trouvent les 3 madrasas. C’était l’université du monde musulman au 15è siècle. 1.000 étudiants y étudiaient le Coran, les mathématiques, l’astronomie. Les dômes bleu turquoise racontent la gloire des Timourides.
La Mosquée Bibi-Khanym : Construite en 1404 par Tamerlan qui " a conquis avec l’épée, mais (il) a rendu Samarcande immortelle avec la pierre bleue et les livres." C’est le personnage qui a fait de Samarcande la capitale du monde au 15è siècle. En 50 ans, il a construit le plus grand empire entre la Turquie et l’Inde depuis Gengis Khan. Il est né en 1336 près de Shahrisabz, à 80 km de Samarcande. Et appartient au clan turco-mongol. Cette mosquée a été l’une des plus grandes du monde islamique à l’époque. 450 colonnes de marbre. Elle s’effondrait sous son propre poids tellement l’ambition était grande.
Le Complexe Shah-i-Zinda surnommé "Le Roi Vivant" : le site le plus spirituel et le plus beau de Samarcande est une rue-cimetière sacrée de 200 mètres de long. De chaque côté, 20 mausolées et bâtiments religieux construits entre le 11è siècle et le 19è siècle.
Chaque façade est recouverte de céramique bleue, turquoise, or. C’est comme une galerie d’art à ciel ouvert. Dans cette Allée de 20 mausolées, chaque façade est un livre de céramique. C’est ici que reposent les femmes de la famille de Tamerlan. Le Mausolée de Gur-e Amir : Tombeau de Tamerlan et de son maître spirituel. Le jade noir de la pierre tombale, le dôme strié. Le lieu où le pouvoir rencontre la spiritualité.
Comment l’Ouzbékistan a-t-il restauré ces sites après l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) ? Aujourd’hui, encore, quelque 300 artisans travaillent aux techniques de céramique du 15è siècle.
MANUSCRITS ANCIENS ET NUMÉRISATION- Un guide touristique s’exclame : « C’est la mémoire du monde ! » Samarcande était la Bibliothèque d’Alexandrie de l’Asie centrale. L’Observatoire d’Ulugh Beg : Petit-fils de Tamerlan. En 1420, il a cartographié 1.018 étoiles avec une précision que l’Europe n’aura que 200 ans plus tard. Il reste le sextant géant de 40 m gravé dans la colline (Instrument qui sert à mesurer les distances angulaires des astres, pour faire le point). La Bibliothèque de l’Institut d’orientalisme est à Tachkent, la capitale où sont conservés 80% des manuscrits, mais qui viennent de Samarcande. Le Coran d’Othman : l’un des plus anciens Corans du monde, écrit au 7è siècle. Encre, parchemin, 353 pages.
Les savants : Al-Bukhari a collecté les hadiths ici. Al-Khwarizmi a inventé l’algèbre à 200 km. Samarcande était le Massachusetts Institute of Technology (MIT) du 10è siècle. C’est l’une des plus grandes universités de science et technologie au monde. Elle est à Cambridge, près de Boston, aux États-Unis. Lieu où on invente, on forme les meilleurs scientifiques et où les découvertes changent le monde. Samarcande au 10è-15è siècle était pareil, mais pour le monde islamique. Dans le domaine des manuscrits coraniques, le Centre de la civilisation islamique d’Ouzbékistan conserve 114 Corans rares liés à l’histoire de l’Ouzbékistan, dont le Coran d’Othman et le Coran de Kata Langar.
L’UNESCO et l’Ouzbékistan numérisent 10.000 manuscrits pour les sauver de l’humidité. Grâce à la numérisation, aux bases de données et aux outils interactifs, les contenus historiques peuvent désormais être préservés et mis à la disposition des chercheurs et du grand public. Le Centre s’est imposé comme un modèle dans ce domaine. Sa bibliothèque compte plus de 350 ouvrages électroniques. Le Centre a également numérisé plus de 700 publications rares et équipé 30 documents de puces électroniques. Plus de 10 millions de ressources numériques sont accessibles via sa bibliothèque numérique et ses bases de données.
Le Forum international des médias, qui s‘est tenu à Tachkent, du 23 au 39 août, organisé par l’Ouzbékistan, a souligné l’importance de collecter numériquement les manuscrits dispersés et de les relier au sein d’un même cadre de connaissances. Avec des frises chronologiques et des dispositifs interactifs, l’expérience muséale évolue : on passe de la simple exposition d’objets à la narration de leur histoire.
ART ET CIVILISATION ISLAMIQUE- L’âge d’or Timouride, intervient sous Tamerlan 1370-1405 et Ulugh Beg et que Samarcande explose. L’art : La céramique "haft-rang" 7 couleurs, la calligraphie Kufique devient architecture. Les miniatures qui racontent les poèmes de Navoï. La science : Les madrasas du Registan enseignaient 4 choses : Théologie, Droit, Médecine, Astronomie. Des étudiants venaient d’Inde, de la Perse, et de l’empire Ottoman. Le commerce des idées se faisait sur la Route de la Soie. Samarcande n’échangeait pas que la soie. Elle échangeait des traités de médecine, des cartes du ciel, des versets. Au 15è siècle, Samarcande avait 150.000 habitants. Plus que Londres ou Paris à la même époque.
"Ici, chaque carreau bleu est un verset". La Foi : Shah-i-Zinda, le Savoir : Observatoire d’Ulugh Beg + bibliothèque. L’Art Vivant, un atelier d’un maître céramiste qui restaure une madrasa avec les mêmes techniques. Samarcande n’est pas un musée. C’est une civilisation qui continue. Bien conservée.
Le Forum international des médias a exploré le rôle du patrimoine et des médias dans la promotion de la connaissance de la civilisation islamique. Il a examiné l’utilisation des technologies modernes et de l’Intelligence artificielle dans l’étude des manuscrits et du patrimoine islamiques. Le Forum de Tachkent a également mis en lumière l’utilisation de l’Intelligence artificielle dans la lecture des manuscrits historiques. Les participants ont insisté sur la nécessité de combiner les technologies d’intelligence artificielle avec l’expertise humaine, notamment pour vérifier l’information et comprendre le contexte des textes historiques. Cette approche renforce les possibilités de recherche sur le patrimoine islamique, contribue à retracer les voies de transmission du savoir et à documenter les liens entre les manuscrits et les centres scientifiques à travers le monde islamique. Qu’en est-il du rôle des médias? Il se perçoit : dans la correction des stéréotypes, la promotion d’une compréhension objective de la civilisation islamique, ainsi que sur la lutte contre les discours de haine et les idées reçues sur l’islam.
Avec des frises chronologiques et des dispositifs interactifs, l’expérience muséale évolue : on passe de la simple exposition d’objets à la narration de leur histoire. Dans un monde connecté, qui raconte notre histoire ? Quand chaque minute, 500h de vidéo sont publiées sur YouTube. L’image d’un pays, d’une région, d’une communauté ne se décide plus à Tachkent, à Paris, à Bamako. Elle se décide sur X, CNN, TikTok ! Ainsi la question existentielle est : Si nous ne racontons pas l’Ouzbékistan ou le Mali, l’islam, qui le fera à notre place ?
Moussa DIARRA
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