De gauche à droite: Teresa Botella, Amadou Diarra Yalcouyé et Aboubacrine Aguissa
Une gouvernance efficace de la migration ne peut reposer sur l’improvisation ou des données fragmentées. Elle exige de la coordination, de la méthode et du partage d’informations. C’est dans cette dynamique que le secrétaire général du ministère des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Amadou Diarra Yalcouyé, a présidé, la semaine dernière, dans un hôtel de la place, le lancement officiel du groupe de travail sur la gouvernance des données migratoires au Mali.
La cérémonie s’est déroulée en présence de Teresa Botella, représentante du chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations au Mali (OIM), du directeur général du Centre d’information et de gestion des migrations (Cigem), Aboubacrine Aguissa, ainsi que les représentants des organisations intervenant sur les questions migratoires.
Ce groupe de travail a été créé par la Décision Nº00067/MMEIA-SG du 25 juillet 2025 afin d’appuyer l’élaboration des politiques, des programmes et de la planification migratoire fondée sur des données fiables et des faits avérés. Il contribuera également à l’atteinte des objectifs du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.
Pour le secrétaire général du ministère des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, face aux mutations complexes que connaît le phénomène migratoire, les politiques publiques ne peuvent plus être élaborées sur la base d’approximations ou de perceptions partielles. Elles doivent désormais s’appuyer sur des données fiables, harmonisées, régulièrement actualisées et accessibles aux décideurs. C’est tout le sens de la mise en place de ce groupe de travail sur la gouvernance des données migratoires.
Selon Amadou Diarra Yalcouyé, la gouvernance des données migratoires ne constitue pas un simple exercice statistique. « Elle représente aujourd’hui un véritable instrument stratégique de prévention des crises migratoires, d’orientation des politiques nationales, de protection des migrants et de planification du développement », a-t-il indiqué.
Le secrétaire général a souligné que des données migratoires fiables permettent d’anticiper les tendances, d’améliorer les mécanismes de protection, de renforcer les dispositifs de réintégration et d’assurer une meilleure coordination des interventions des différents acteurs.
D’après Amadou Diarra Yalcouyé, le gouvernement accorde une importance particulière au renforcement des mécanismes nationaux de collecte, d’analyse, de partage et de valorisation des données migratoires. Il a annoncé que ce groupe de travail participera également à la mise en œuvre des engagements internationaux du Mali, notamment dans le cadre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, des Objectifs de développement durable (ODD), ainsi que du processus préparatoire du Forum international sur les migrations de 2026.
Pour le directeur général du Centre d’information et de gestion des migrations (Cigem), le Mali situé au carrefour des routes migratoires en Afrique de l’Ouest, est reconnu à la fois comme un pays de départ, de transit, de destination, mais surtout comme un pays de retour massif de migrants. D’après Aboubacrine Aguissa, cette réalité migratoire complexe confère à notre pays une position particulière dans la gouvernance migratoire régionale et internationale. « Notre diaspora est estimée à près de 6 millions de personnes et joue un rôle essentiel dans le développement économique, social et humain du pays», a-t-il ajouté, précisant que, selon les canaux officiels, les transferts financiers de la diaspora en 2024 ont dépassé le 1 milliard de Fcfa.
Malgré les efforts réalisés ces dernières années, les systèmes de collecte et de gestion des données migratoires demeurent confrontés à la fragmentation des mécanismes d’information, à l’insuffisance de coordination entre les acteurs et à la coexistence de plusieurs systèmes non harmonisés. C’est dans cette optique que le ministre Mossa Ag Attaher a engagé l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine migratoire à consolider le système mis en place par le gouvernement afin de relever les défis liés à la gestion des données migratoires. D’où la création de ce groupe de travail.
Pour sa part, la représentante du chef de mission de l’OIM, Teresa Botella, a indiqué que la question des données n’est pas un sujet secondaire, mais se trouve au cœur de l’efficacité de l’action publique. « Sans données fiables, ventilées, comparables et partagées selon des règles claires, il devient difficile de comprendre les tendances, d’anticiper les évolutions, d’identifier les vulnérabilités afin de mieux protéger les populations, de concevoir des politiques adaptées et d’évaluer l’impact de nos interventions», a expliqué Teresa Botella.
Elle a soutenu que la gouvernance des données migratoires ne consiste pas seulement à produire des chiffres, mais également à organiser, sécuriser et rendre utiles ces informations afin qu’elles éclairent la décision publique, renforcent la redevabilité et améliorent les réponses apportées aux besoins des populations en mobilité. Après les différentes interventions, une présentation a été faite sur le contexte de création, les objectifs, la composition, le fonctionnement et le plan d’action du groupe de travail. Les participants ont aussi suivi une communication de l’OIM sur les dynamiques migratoires au Mali.
Ibrahim THIAM
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