#Mali : Crimes rituels : Les femmes particulièrement exposées

Ces derniers temps, des crimes odieux défraient régulièrement la chronique. La plupart des victimes sont des femmes. Très souvent, ces meurtres sont inspirés par des pratiques fétichistes dont les adeptes sont convaincus qu’il faut ôter la vie à autrui pour accéder facilement à la richesse

Publié vendredi 15 mars 2024 à 08:18
#Mali : Crimes rituels : Les femmes particulièrement exposées

Le 6 février dernier, deux meurtres ont défrayé la chronique. Les victimes, toutes des femmes, ont été tuées par des hommes dont l’appartenance à des sectes n’est plus à démontrer. En plus des violences d’autres natures, les femmes vont-elles devoir affronter de nouveaux périls : meurtres rituels, abus sexuels satanistes ?


Aux obsèques de l’une d’elles auxquelles nous avons pu assister dans la famille Tounkara à Hamdallaye, proches et amis de la défunte étaient partagés entre douleur et colère. Des cris d’indignation, mais aussi des questions. Pourquoi ce crime odieux, pourquoi Mafitini ?

En recevant dans la matinée du 5 février un message vocal d’un jardinier-maraîcher, Mme Diawara Koyan Tounkara, affectueusement appelée Mafitini était loin d’imaginer qu’elle vivait son dernier jour. Mais comme disent les sages, notre fin nous est bien cachée. Elle a longtemps hésité avant de se rendre à la rencontre du jardin. «Ce type me fait une bonne proposition. Pourtant, il ne m’inspire pas confiance. Il a tenté de me brutaliser une fois, depuis, mon mari m’interdit de faire affaires avec lui», avait-elle confié, avant de sortir. Pourtant, sa servante l’avait déconseillée d’y aller.

Mais quand le tam-tam de la mort se met à battre, seuls les survivants peuvent l’entendre. Vu que la proposition était intéressante, Mafitini n’a pas pu y résister. Son panier en main, elle confia ses enfants à sa petite sœur avant de prendre un taxi moto en promettant de ne pas tarder. Le soir, son corps a été reconnu à la morgue de l’Hôpital du Mali par un ami de la famille qui y travaille. Son fournisseur de salade, lui a donné des coups fatals. Il l’a violée, puis lui a ouvert la veine jugulaire afin de recueillir son sang.

Après avoir commis l’irréparable, le jardinier assassin Diakariadia Sangaré informa son père de son acte. «On avait besoin de sang ! Du sang humain, pour apaiser les ardeurs de nos fétiches», a admis Diakaridia Sangaré aux policiers après son arrestation. Les yeux hasards, le visage fripé par plusieurs jours de cabale qui a pris fin à Bougouni, ce criminel n’a laissé aucune chance à sa victime à laquelle il a fait subir un Abus sexuel ritualisé sataniste (ASRS).

Le jardinier se dit être un féticheur, un apprenti sorcier qui opère, dans la zone aéroportuaire. Le pire d’après ses aveux, c’est qu’il n’est pas seul. Tout son voisinage pratique la magie noire. L’Abus sexuel ritualisé sataniste- Qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un abus sexuel commis dans un cadre rituel d’inspiration sataniste suivi ou non de meurtre, sur des personnes fragiles, comme le cas de Koyan décrite par ses amies d’enfance comme une personne très vulnérable.

On recense plus de 12.000 cas, pour la plupart non prouvés, d’abus sexuels rituels sataniques. La pratique a commencé aux États-Unis dans les années 1980, avant de se propager dans de nombreuses régions du monde à la fin des années 1990. Les auteurs de l’ASRS s’en prennent aux personnes d’une fragilité notoire à l’instar de Mafitini. Une amie d’enfance témoigne qu’elle était du genre à se laisser marcher sur les pieds. Tout le monde se moquait d’elle, elle ne bronchait pas, et souriait tout le temps. Son excès de timidité a fait d’elle une proie facile pour le jardinier.

D’après les examens médicaux, Mafitini a été abusée sexuellement, trainée dans la boue. Elle n’était pas une femme aux mœurs légères. Elle n’aurait jamais accepté de bafouer sa dignité malgré sa situation financière précaire, a soutenu sa tante. Elle s’est toujours débrouillée dans les petits commerces pour trouver de quoi subvenir  à ses besoins. Elle a trouvé la mort dans le cadre de son commerce.

Son mari, visiblement dépassé par les évènements, tentait de garder la foi. Il n’avait qu’une seule phrase à la bouche : « c’est fini, je n’aurai jamais une femme comme celle-là, mais je m’en remets à Dieu. Allah est grand ». Le mari dévasté par la douleur de perdre sa femme pourrait compter sur la petite sœur de celle-ci pour s’occuper des enfants orphelins. Mafitini repose désormais au cimetière de Magnambougou Wereda où a eu lieu l’enterrement dans la grande famille du mari. On y notait la présence de plusieurs porteurs d’uniformes.

Comme Koyan, l’image de Sabou Niaré, native de Kati, a aussi enflammé la toile ces derniers temps. Son corps a été découvert dans sa chambre. Elle était dénudée et gisait dans une mare de sang. Elle a été égorgée avec un couteau. Tous les soupçons portent sur son concubin. «La victime a dû se battre pour sa vie. Car sur le corps, on pouvait voir les traces d’une lutte farouche», a assuré un témoin oculaire. Aussi, en plus de l’arme du crime, on notait le morceau de pagne qui aurait été enfoncé dans sa bouche pour étouffer ses cris.

 

PARTISAN DES «DJINS»- Cette découverte macabre a été faite par Assa, (nom d’emprunt) la première fille de la victime. Le concubin de la victime (présumé meurtrier) l’a appelée pour signaler la disparition de sa maman. Il lui a suggéré de faire un tour dans l’appartement où ils logeaient, témoigne un proche de la victime. Selon ce témoin, la porte a été brisée pour accéder au corps.

Notons qu’après la découverte, l’amant en question a disparu dans la nature. Il se nomme Adama Traoré, et a pour profession, joueur de tambourin dans une secte, partisan des «Djins», confie notre interlocuteur. À en croire ce proche de la victime, les partisans de cette secte se réunissent chaque jeudi soir pour leur rituel. Ça pourrait expliquer ce crime rituel qui a coûté la vie à Sabou, conclut notre interlocuteur qui croit savoir que dans ces genres de rituel, on utilise le sang frais. 

Habituellement, ces pratiques deviennent fréquentes à l’approche des élections, qu’elles soient législatives, municipales, ou présentielles. Selon la croyance populaire, certains candidats font recours à la magie noire pour augmenter leur chance d’accéder au pouvoir. Concernant ce meurtre, Mme Bouaré Bintou Founé Samaké, directrice exécutive de Wildaf et présidente du Conseil d’administration sous-régional, fait remarquer que partout où l’extraction minière artisanale est développée, les meurtres d’une violence extrême se multiplient. Les gens pensent qu’il faut un pouvoir surnaturel pour trouver de l’or. Ils sont guidés par les prédictions des féticheurs qui les amènent à commettre des crimes odieux : extraire le sang ou enlever une partie intime ou vitale du corps de la victime pour des rituels sataniques afin d’accéder facilement à l’or.

Parlant des cas de ces deux dames, elle a rappelé celui de Kita où, un jeune homme a tué cinq membres d’une même famille. « Pour lutter contre ce phénomène, nous sommes en train d’élaborer un projet de programme d’information et de sensibilisation pour démystifier ces pratiques. Nous n’avons pas assez de moyens mais nous avons déjà commencé à œuvrer sur le terrain », révèle notre interlocutrice, invitant les autorités compétentes à jouer leur partition pour prévenir ces crimes odieux sur la gent féminine. Elle pense que si la peine de mort était appliquée, les apprentis sorciers réfléchiraient par deux fois avant de s’adonner à des crimes. Il faut rappeler que la peine de mort n’a pas été appliquée au Mali depuis les années 1982.

Que dit la loi sur le crime rituel ? Au Mali, il n’y a pas un article spécifique qui vise le crime rituel dans le Code de procédure pénale. Il rentre dans le cadre de l’assassinat qui consiste à préméditer le meurtre, selon l’article 199 du Code de procédure pénale, explique le juge d’instruction de la Commune V, Oumar Touré. Les peines prévues vont de 5 ans à la perpétuité ou à des travaux d’intérêt général. Les individus condamnés peuvent bénéficier de la réduction ou de l’annulation de peine, à la suite de la grâce présidentielle que le chef de l’état accorde à l’occasion de la célébration des fêtes nationales.

Maïmouna SOW

Rédaction Lessor

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