Les «Zarma» de Gourma Rharous : Une intégration réussie

Ceux qui répondent à cette appellation renvoient une bonne image. Ils sont unanimement reconnus comme pacifiques, courageux et pas avares en effort. Mais surtout travailleurs, conciliants, patients et pieux musulmans

Publié mercredi 19 juillet 2023 à 06:32
Les «Zarma» de Gourma Rharous : Une intégration réussie

Ils font leurs affaires dans des domaines distinctifs : articles ménagers et de décoration d’intérieur, habillement, médicaments et verroterie


Le «Zarma» se définit comme un groupe de dialectes parlés sur les rives du fleuve Niger, depuis Djenné, au Mali, jusqu’au pays Bariba, dans le Nord du Bénin. Les principaux dialectes de ce groupe sont le Sonhraï parlé au Mali, le Zarma au Niger et le Dendi au Bénin.
Tous les Nigériens qui vivent à Rharous sont appelés «Zarma», en référence à l’ethnie qui parle ce dialecte au Niger, malgré le fait que certains d’entre eux ne le soient pas. Cette migration sous régionale a pris de l’essor, à partir des années 2010, même si, une colonie embryonnaire de commerçants nigériens a déjà pris racine ici, avant l’indépendance du Mali. Les «Zarma» sont visibles aujourd’hui, en grand nombre, sur tous les marchés hebdomadaires de la localité et même plus loin. Ils vivent et mènent leurs activités de commerce, en parfaite entente avec les populations locales.


La trentaine révolue, teint noir anthracite, habillé d’une longue tunique blanche, Adamou est assis sur un banc, devant l’échoppe de son ami cordonnier, dans le quartier de Boya, à Rharous. Les traits réguliers de son visage semblent être taillés au burin. D’un regard presque absent, l’homme observe le mouvement de la rue, en égrenant nonchalamment un long chapelet d’une main, pendant que l’autre fouraille dans sa barbichette bien taillée.
Il est arrivé ici, à peine sorti de l’adolescence, au sein d’un groupe de compatriotes, tous camelots, dans les années 2010. Aujourd’hui, il a épousé une femme autochtone qui lui a donné trois enfants et a bâti une grande maison, différente de la petite pièce de ses débuts quand ils dormaient à quinze ou plus, parfois. Avant, il retournait dans son village, au Niger, dès les premières pluies, pour aider à cultiver les champs familiaux. Aujourd’hui, il ne le fait plus. De son propre aveu, il dit se sentir bien, ici. Il explique ce sentiment par l’hospitalité de ses hôtes, la communauté de langue avec ceux-ci et la prospérité de son commerce. Il ne manque jamais d’ajouter, un brin coquin que, c’est ici, qu’il a rencontré son âme sœur.


Ses rares voyages dans son pays d’origine consistent à aller, quelques fois, auprès de son fournisseur, à Niamey, pour se ravitailler en marchandises ou participer à quelques grands événements familiaux.
Il passe le plus clair de l’année à Rharous, auprès de son épouse et ses enfants ou à parcourir les foires des environnants, juché sur sa moto chinoise chargée de marchandises. Adamou est le prototype même du Zarma. Les témoignages des populations locales sur ces commerçants venus d’ailleurs sont flatteurs. Ils sont unanimement reconnus comme des personnes pacifiques, courageuses pas avares en effort, travailleuses, conciliantes, patientes et de pieux musulmans.
À ces qualités, il faut ajouter leur talent commun de fins négociateurs en affaires et d’habiles joueurs, sachant toujours tirer leur épingle du jeu. Ce sont tous ces traits de caractère et de conduite qui ont permis leur intégration et la prospérité de leur commerce. Ils font leurs affaires dans des domaines distinctifs : articles ménagers et de décoration d’intérieur, habillement, médicaments et verroterie.


Tout ce qu’ils vendent est estampillé «Made» in China, India, Hong Kong, Singapour et Nigeria. Ce commerce d’articles de bas de gamme s’aligne parfaitement avec le pouvoir d’achat des populations locales et crée, un échange gagnant-gagnant. On peut difficilement évaluer cette population de migrants dont le nombre croit, chaque année. Ce sont des familles entières qui sont arrivées ici, durant ces dix dernières années. Le chef de famille, s’installe en premier, et créé les conditions d’accueil et fait venir, femmes et enfants. Parmi ces derniers, nombreux ont débuté leur scolarité, ici à Rharous. Cependant, jusqu’aujourd’hui, cette importante colonie nigérienne n’arrive pas à créer une association formelle qui permettra de connaître leur nombre, en les recensant et, aussi, répondre à la réglementation en vigueur, en matière d’immigration.
La brigade territoriale locale de gendarmerie se réserve de donner un nombre. À la mairie de la Commune rurale de Rharous, un édile affirme que la création et la formalisation d’une association est en cours. Parmi les membres de la colonie, certains n’hésitent pas à avancer le chiffre de plus de 400 familles.

Mohamed GAKOU / AMAP - Gourma Rharous

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