Intervenant lors du premier panel de la deuxième journée consacré à la « Guerre informationnelle : construire une narration africaine souveraine », au Centre international de conférences de Bamako, l’universitaire a estimé que la mondialisation de l’information et l’essor du numérique ont accentué la circulation de récits souvent élaborés hors du continent africain.
Selon elle, « la plupart des narratifs concernant notre continent sont produits par des acteurs extérieurs, souvent stéréotypés, dégradants et caricaturaux », d’où la nécessité de former des journalistes capables de décrypter les enjeux géopolitiques, résister aux manipulations informationnelles et produire des contenus reflétant les réalités africaines.
Dr Fofana a indiqué que l’Afrique compte environ 127 écoles et centres de formation en journalisme, principalement situés en Afrique subsaharienne. Elle a toutefois relevé que, malgré le nombre de professionnels formés, les médias africains consacrent encore une grande partie de leur activité à relayer ou commenter des récits produits ailleurs, notamment sur les conflits internationaux et les rivalités entre puissances.
La conférencière a identifié plusieurs insuffisances dans les formations actuelles, notamment une faible adaptation aux contextes de crise informationnelle, des lacunes en déontologie, en investigation et en vérification des faits, ainsi qu’un déficit de recherche académique sur les questions de souveraineté narrative.
Elle a néanmoins souligné plusieurs atouts, parmi lesquels la multiplication des écoles de journalisme, la connaissance approfondie des réalités locales par les journalistes africains et une prise de conscience croissante des enjeux informationnels chez les jeunes générations.
Parmi les opportunités évoquées figurent le renforcement des partenariats entre écoles africaines, l’exploitation accrue des outils numériques et l’élaboration de programmes de formation mieux adaptés aux réalités contemporaines.
Pour répondre à ces défis, Dr Fofana a recommandé une révision des curricula afin d’intégrer davantage la question des narratifs africains souverains, le développement de formations en géopolitique et en journalisme économique, ainsi que la création de programmes destinés à former des journalistes internationaux africains polyglottes.
Elle a également appelé à diversifier les échanges académiques vers d’autres régions du monde, notamment l’Asie et l’Amérique latine, et à transformer les écoles de journalisme en « véritables laboratoires de fabrication de narratifs africains crédibles » s’appuyant sur les outils numériques.
Oumar SANKARE
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