Fin des subventions de l’État à l’enseignement catholique : Des écoles en sursis

Face à la suppression de ces subsides par l’État, la Conférence épiscopale a décidé de suspendre plusieurs écoles et procéder au licenciement des enseignants. Cette mesure suscite l’inquiétude des familles et des syndicats, qui appellent à des solutions urgentes et concertées

Publié mardi 26 août 2025 à 10:09
Fin des subventions de l’État à l’enseignement catholique : Des écoles en sursis

Les premiers responsables de l’église, après une audience à Koulouba (archives)

 

L’enseignement catholique malien traverse une crise majeure depuis l’arrêt des subventions étatiques, décidé en 2024 après une révision de la convention entre l’État et la Conférence épiscopale et effective depuis le 30 juin. Cette mesure, mettant fin à des décennies de soutien financier, oblige les écoles catholiques à s’autofinancer intégralement, une transition «brutale» aux conséquences lourdes.


Dès 2022, la Conférence épiscopale avait été informée du projet de révision de la convention régissant ces subventions. Une commission réunissant des représentants des ministères chargés de l’Éducation et des Finances, ainsi que de l’Église, a entériné la suppression de ce financement en 2024. «Lorsqu’un système fonctionne pendant des années, un changement aussi rapide est difficile à gérer, surtout dans l’éducation», explique l’abbé Edmond Dembélé, directeur national de l’enseignement catholique. Jusqu’alors, les écoles, implantées en zones rurales et urbaines, complétaient la subvention par des frais de scolarité adaptés aux modestes revenus des parents. Ces frais varient de 25 à 35.000 Fcfa en zone rurale et de 75 à 100.000 en zone urbaine comme Bamako.


La convention de 1972, révisée en 1978, a scellé un partenariat entre l’État et l’Église catholique, l’État couvrant 80% des salaires des enseignants, tandis que l’Église prenait en charge les infrastructures et les frais administratifs. Pour l’année scolaire 2024-2025, une subvention exceptionnelle de 2,867 milliards de Fcfa a été versée, assortie d’un apurement partiel des arriérés (1,5 milliard de Fcfa) et d’une exonération fiscale de 494,174 millions de Fcfa. L’État s’est également engagé à couvrir 50% des indemnités de licenciement des enseignants en cas de fermeture.


La fin de cette aide a plongé les diocèses dans une situation financière critique, aggravée par trois années de grèves enseignantes dues à des retards de salaires et à l’incapacité de couvrir les charges sociales. «Certains enseignants ont perdu leurs allocations familiales, d’autres leurs droits à la retraite», précise l’abbé Dembélé. Face à ces défis, plusieurs diocèses ont suspendu les activités pédagogiques de certaines écoles pour un an, afin d’évaluer leur viabilité financière. Les diocèses de San, Mopti et Sikasso suspendent ainsi sept établissements, dont trois à Sikasso (Dio, Sanzana, Karangasso). 


Au niveau du diocèse de Bamako, une dizaine d’écoles, dont le lycée Prosper Camara, le lycée Notre-Dame du Niger, l’école Jean Paul II, le Centre technique de Kolokani et la Mission catholique de Ouéléssebougou sont concernées. «Il s’agit de suspensions temporaires, et non de fermetures définitives», insiste l’abbé Dembélé, démentant les rumeurs relayées par certains médias. Cette crise entraîne également des licenciements massifs d’enseignants, jusque-là rémunérés au même niveau que leurs homologues du secteur public, grâce à la subvention. «Maintenir ces salaires impliquerait de multiplier les frais de scolarité par quatre ou cinq, ce qui est inconcevable, surtout en zone rurale», explique le directeur.


Les diocèses envisagent de réembaucher une partie des enseignants sous de nouveaux contrats, adaptés à leurs capacités financières, mais cette perspective suscite des inquiétudes. Les syndicats dénoncent une gestion qu’ils jugent autoritaire. David Togo, secrétaire général du syndicat des enseignants du diocèse de Bamako, confirme que tous les enseignants ont reçu leur lettre de licenciement, effective pour la majorité au 1er août 2025. Le syndicat milite pour un redéploiement des enseignants dans la fonction publique des collectivités, «une proposition rejetée par le ministre de la Fonction publique» pour des raisons juridiques. «Nous continuons de nous battre, car une situation exceptionnelle exige des mesures exceptionnelles», affirme David Togo.


À Sikasso, Benoit Daou, secrétaire général du syndicat local, déplore le refus de l’employeur de proposer à l’État un redéploiement ou une cession des écoles suspendues. «Dès 2008, lors d’un forum, deux ministres avaient suggéré cette solution, mais la Conférence épiscopale l’a rejetée», regrette-t-il.


Sur les 138 établissements catholiques au Mali, une vingtaine est touchée par ces suspensions. L’abbé Dembélé se veut rassurant : «La majorité des écoles resteront ouvertes, et nous travaillons à maintenir la qualité de l’éducation.» Les autorités scolaires ont été informées pour organiser la prise en charge des élèves affectés, mais le changement d’établissement risque de perturber certains d’entre eux. Malgré la suppression des subventions, le dialogue avec l’État reste ouvert. Une nouvelle convention, signée en septembre 2024, maintient la collaboration avec les autorités éducatives, sans aide financière. «Les relations avec le gouvernement sont bonnes», assure l’abbé Dembélé, qui appelle les parents à la confiance et à la compréhension. Les syndicats, eux, continuent de plaider pour des solutions concertées. «Nous avons proposé des alternatives, mais l’employeur n’a pas fait de contre-proposition», déplore David Togo. Alors que la rentrée d’octobre approche, l’enseignement catholique malien se trouve à un tournant, entre contraintes financières et impératifs éducatifs.

Amara Ben Yaya TRAORE

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