Deuxième produit agricole d’exportation du Mali après le coton, la mangue, souvent surnommée «l’or vert», traverse une période charnière. Avec un potentiel de production estimé entre 600.000 et 800.000 tonnes par an et une contribution d’environ 10 milliards de Fcfa à l’économie nationale, la filière est aujourd’hui confrontée à une accumulation de contraintes qui freinent son développement, de la production à la commercialisation, en passant par la transformation.
Le principal goulot d’étranglement reste d’ordre phytosanitaire et impacte les exportations du fruit. Depuis plusieurs années, les attaques de mouches des fruits ont entraîné des interceptions répétées de cargaisons maliennes sur le marché européen, principal débouché historique et stratégique. Selon les acteurs de la filière, ces incidents ont conduit à une suspension des exportations, aujourd’hui allégée en restrictions, mais qui continue de peser sur les performances du secteur. «Nous avons connu une période très difficile.
Aujourd’hui, grâce aux efforts conjoints de l’État et des partenaires, nous sommes passés à une phase de restriction. L’objectif est de lever totalement ces barrières en améliorant durablement la qualité de nos mangues», explique le président de l’interprofession de la filière mangue du Mali, Moctar Fofana.
Pour répondre aux exigences des marchés internationaux, notamment européens, les acteurs s’engagent dans une approche dite systémique. Celle-ci repose sur trois piliers : le traitement phytosanitaire rigoureux des vergers, la mise en place d’un système fiable de traçabilité et le respect strict des normes de qualité tout au long de la chaîne de valeur. Un plan d’actions est en cours de déploiement pour restaurer la crédibilité de la mangue malienne à l’export et limiter les pertes liées aux infestations.
UNE FILIÈRE SOUS PRESSION- Cependant, la campagne en cours vient complexifier davantage la situation. Selon Moctar Fofana, les perturbations climatiques ont profondément affecté le cycle de production. Les floraisons, habituellement homogènes, ont été cette année irrégulières et étalées dans le temps, entraînant une cohabitation inhabituelle de variétés précoces et tardives sur les marchés. «Nous faisons face à une production alternée, difficile à évaluer. Certaines zones ont connu des floraisons précoces, d’autres tardives. Cela impacte non seulement les volumes, mais aussi l’organisation de la commercialisation», précise-t-il. Ajoutant que cette instabilité rend incertaines les prévisions de récolte et complique la planification logistique, notamment pour l’exportation.
À ces aléas, s’ajoutent des problèmes structurels. Une grande partie des vergers est vieillissante, peu irriguée et insuffisamment entretenue, ce qui limite leur productivité et leur capacité d’adaptation au changement climatique. Sur le terrain, les producteurs doivent également composer avec l’enclavement des zones de production, le mauvais état des pistes rurales, l’insuffisance de financements agricoles et une pression foncière croissante liée à l’urbanisation.
À Sikasso, les producteurs signalent une baisse de rendement liée à une pluviométrie insuffisante et à l’âge avancé des vergers. La suspension des exportations vers l’Union européenne aggrave la situation en réduisant les recettes. Face à ces difficultés, ils appellent à un soutien de l’État, notamment pour le traitement des vergers contre les mouches des fruits.
À Sirakoro, à quelques kilomètres de Sikasso, Cheick dit Kélétigui Berthé, président des producteurs de mangue du Mali, exploite une trentaine d’hectares de vergers. « Les mouches sont un vrai fléau, mais ce n’est pas le seul problème. Nos vergers vieillissent, manquent d’entretien et de systèmes d’irrigation adaptés. Les pistes rurales sont dégradées et l’urbanisation grignote progressivement nos terres cultivables », explique-t-il. Il insiste sur la nécessité d’un accompagnement technique et financier pour moderniser les vergers. « Si nous avions accès à des financements et à des équipements, nous pourrions produire plus et mieux. Cela permettrait aussi de sécuriser les volumes destinés à l’exportation et de réduire les pertes », souligne-t-il, tout en appelant à une meilleure application des bonnes pratiques agricoles.
LA TRANSFORMATION COMME ALTERNATIVE- Dans ce contexte, la transformation locale apparaît comme une opportunité stratégique pour la filière. Elle permettrait de valoriser davantage la production et de réduire les pertes post-récolte, estimées à près de 40 %, faute de techniques de conservation adaptées et d’unités de transformation suffisantes.
Aujourd’hui, la mangue est transformée au Mali en jus, mangues séchées, confitures, chips, produits surgelés ou encore cosmétiques. Toutefois, le secteur fait face à de nombreux défis, notamment l’accès à l’électricité, au financement, à des matières premières de qualité et à la certification. À Sikasso, Rokiatou Coulibaly a développé une unité de transformation cosmétique, la Savonnerie Batata, spécialisée dans le beurre de mangue et les savons. Malgré une capacité de production pouvant atteindre 100 kg par jour, elle se heurte à des difficultés d’approvisionnement hors saison et au coût élevé des équipements. «Si nous pouvions stocker suffisamment de matières premières pendant la campagne, nous pourrions produire toute l’année », explique-t-elle.
Même constat chez Mme Camara Tako Sylla, promotrice d’une unité de transformation de fruits et légumes. Elle souligne que les exigences en matière de certification, le manque d’infrastructures et l’accès limité au crédit freinent l’expansion des petites et moyennes entreprises. Elle plaide pour le renouvellement des vergers, l’utilisation des énergies renouvelables et la valorisation des déchets en biogaz.
À Diatoula, en périphérie de Bamako, Mme Traoré Tata Touré, promotrice de l’entreprise Touré Agro, s’est spécialisée depuis une dizaine d’années dans la transformation de mangues et d’agrumes en jus, confitures, chips et autres produits dérivés. Ses produits commencent à s’exporter vers la France, le Canada et les états-Unis, avec des prix peu lucratifs. Toutefois, elle déplore des difficultés d’écoulement et un manque d’équipements adaptés pour répondre à de grosses commandes. «L’accès au financement est un véritable défi. Les coupures d’électricité perturbent la production et la saisonnalité de la mangue complique l’approvisionnement», confie-t-elle.
Au niveau de la commercialisation, les contraintes restent fortes. L’accès aux marchés internationaux impose des exigences strictes en matière de qualité, de traçabilité et de certification. L’absence de structures accréditées au Mali constitue un frein majeur. Pour y remédier, l’interprofession travaille à la mise en place d’un label national, « Mali Mangoro », destiné à garantir la qualité des produits et à renforcer leur compétitivité. Parallèlement, la filière cherche à diversifier ses débouchés vers le Moyen-Orient, la Russie, le Maroc et le Royaume-Uni, afin de réduire sa dépendance au marché européen.
Face à la concurrence de pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, le Mali est appelé à accélérer la modernisation de sa filière. Cela passe par le renouvellement des vergers, l’amélioration des techniques de production, le renforcement des capacités des acteurs, le développement des infrastructures et un meilleur accès au financement. Un accord-cadre en cours de finalisation entre l’interprofession et l’État devrait permettre de mieux structurer la filière et de mobiliser les ressources nécessaires à son développement.
Pour les acteurs, les défis sont nombreux, mais loin d’être insurmontables. À condition d’une mobilisation collective et d’investissements ciblés, la mangue malienne peut espérer reconquérir sa place sur les marchés internationaux et s’imposer durablement comme un levier de croissance économique et sociale.
Makan SISSOKO
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