Dr Ahmadou Touré : «La visite du ministre Sadio Camara a permis de mettre en lumière les réalités de Kidal»

Dans les lignes qui suivent, l’enseignant-chercheur à la Faculté des sciences administratives et politiques de l’Université Kurukanfuga de Bamako se prononce sur plusieurs sujets qui ont marqué l’actualité ces derniers temps.

Publié mardi 03 juin 2025 à 08:15
Dr Ahmadou Touré :  «La visite du ministre Sadio Camara a permis de mettre en lumière les réalités de Kidal»

 Il s’agit notamment de la visite du ministre de la Défense et des Anciens combattants à Kidal, desconsultations entre la Cedeao et l’AES en prélude aux négociations entre les deux organisations, du projet de création de la Banque confédérale d’investissement et de développement de l’AES et de la force unifiée AES dans le cadre de la lutte contre le terrorisme


Pour l’enseignant-chercheur, la visite du ministre de la Défense et des Anciens combattants à Kidal, moins de deux ans après sa reconquête par l’armée malienne, est un évènement lourd de sens et qui revêt une importance capitale à plusieurs égards. Rappelant que Kidal a longtemps été un symbole de l’instabilité et de la défiance à l’autorité centrale, Dr Ahmadou Touré a indiqué que cette visite marque une réaffirmation éclatante de la souveraineté retrouvée du Mali sur l’ensemble de son territoire.


En foulant le sol de Kidal, le Général de corps d’armée Sadio Camara envoie un signal fort : «L’État entend bien assumer pleinement ses responsabilités partout au Mali», soutient-t-il, ajoutant que c’est un message clair à la fois pour les populations maliennes et la communauté internationale.

Rappelant que la visite a été marquée par un recueillement sur les tombes des soldats tombés pour la patrie, l’universitaire estime que ce geste symbolique est essentiel pour honorer la mémoire des héros et remonter le moral des troupes engagées sur le terrain. «C’est une reconnaissance publique du courage et de l’engagement des Forces armées maliennes (FAMa)», souligne le professeur de droit.

Pour Ahmadou Touré, au-delà de la symbolique, la visite de Sadio Camara a permis de mettre en lumière les réalités économiques et sociales de Kidal. Il fait allusion aux révélations sur des raffineries artisanales d’or exploitées à ciel ouvert durant plus d’une décennie au détriment de l’État malien et aux bâtiments inachevés censés devenir le centre commercial des mouvements armés.

«Cela suggère une volonté de l’État de reprendre le contrôle des ressources naturelles et de les mettre au service de tous les Maliens», dira Dr Touré. Il pense que cette visite ouvre la voie à des actions concrètes pour le développement de la région, essentiel pour ancrer durablement la paix. «Cette visite n’est pas seulement un déplacement protocolaire, mais un acte politique fort, une démonstration de force tranquille et une promesse de renouveau pour une région qui a tant souffert. Elle incarne également la volonté de la Transition de construire un Mali uni, stable et souverain», pense l’enseignant-chercheur.

DIALOGUE CONSTRUCTIF- Par ailleurs, l’enseignant-chercheur se prononçant sur le premier contact entre la Cedeao et la Confédération des états du Sahel (AES) à Bamako en prélude aux négociations officielles, a indiqué que c’est un développement significatif et porteur d’espoir, après une période de tensions et de divergences. D’après lui, ce contact initial signale une volonté manifeste de part et d’autre de désamorcer les tensions et d’entamer un dialogue constructif. Après le retrait des pays de l’AES de la Cedeao, cette rencontre est un signe que la diplomatie reprend le dessus après des mois de rhétorique parfois tendue, fait savoir Dr Touré.

«La tenue de cette rencontre à Bamako, capitale d’un des pays de l’AES, peut être interprétée comme une forme de reconnaissance mutuelle des réalités politiques et sécuritaires. La Cedeao, en se déplaçant, reconnaît l’existence et l’importance de l’AES comme acteur régional, tandis que l’Alliance montre son ouverture au dialogue», explique Ahmadou Touré. D’après lui, les deux parties ont convenu de l’urgence de travailler à créer les conditions nécessaires à une coopération efficace dans la lutte contre le terrorisme. «C’est un terrain d’entente fondamental», estime-t-il.

Malgré leurs désaccords sur l’intégration régionale, les deux blocs sont confrontés à une menace terroriste grandissante qui ne connaît pas de frontières, relève l’universitaire. «Cette convergence d’intérêts sécuritaires peut servir de base solide pour des discussions plus approfondies et une éventuelle collaboration pragmatique», souligne-t-il. Dr Touré pense aussi que ce contact pourrait marquer le début d’une redéfinition des relations en Afrique de l’Ouest. Pour lui, plutôt qu’une rupture totale, on pourrait assister à l’émergence de nouvelles formes de coopération, peut-être moins institutionnalisées, mais plus adaptées aux réalités actuelles.

 Â«Cela pourrait permettre de sauvegarder les acquis de l’intégration régionale tout en tenant compte des aspirations des pays de l’AES à une plus grande autonomie et souveraineté», explique l’enseignant-chercheur, ajoutant que ce premier contact est un pas décisif vers la normalisation et la recherche de solutions concertées. Il démontre, selon lui, que malgré les différends, les acteurs régionaux reconnaissent la nécessité de dialoguer pour relever des défis communs, en premier lieu celui de la sécurité, ajoute l’enseignant-chercheur.

PROJETS STRUCTURANTS- Parlant de la décision de l’AES de créer une Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), il soutient que c’est une initiative ambitieuse qui, si elle est bien gérée, pourrait être un pilier de sa souveraineté économique. Cependant, a-t-il nuancé, la question de savoir si ce n’est pas trop tôt est légitime. Dr Ahmadou Touré trouve que la création de cette banque s’inscrit dans la logique de souveraineté et d’autonomie que l’AES cherche à promouvoir. «Dépendre moins des institutions financières internationales ou régionales perçues comme ayant des agendas externes est un objectif clair.

Une telle banque permettrait de financer des projets structurants (énergie, transports, agriculture, éducation…) selon les priorités des pays membres», explique l’universitaire. D’après lui, c’est une opportunité de mobiliser l’épargne et les ressources financières des pays membres pour l’investissement local, plutôt que de dépendre de l’aide extérieure qui est souvent conditionnée.

Rappelant que les pays de l’AES font face à d’énormes défis de développement, l’enseignant-chercheur pense qu’attendre trop longtemps pour créer des instruments financiers adaptés pourrait freiner leur capacité à mettre en œuvre des politiques de relance économique indépendantes.

«Les pays de l’AES sont actuellement confrontés à d’importants défis sécuritaires et économiques. La guerre contre le terrorisme draine des ressources considérables et affecte la stabilité économique. Dans un tel contexte, la mobilisation de capitaux importants et la garantie de la rentabilité des investissements peuvent être complexes», analyse l’enseignant-chercheur, pour qui, la mise en place d’une institution financière de cette envergure nécessite une expertise bancaire et financière solide, ainsi qu’une gouvernance transparente et rigoureuse pour éviter les écueils liés à la corruption et à la mauvaise gestion.

«Le succès dépendra de la capacité à attirer des professionnels compétents et à instaurer des mécanismes de contrôle efficaces», souligne l’homme de droit. Affirmant que la région dispose déjà d’institutions financières comme la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (BIDC), la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Dr Touré dira que la nouvelle banque devra trouver sa place et sa spécificité sans nécessairement dupliquer les efforts existants ou offrir une alternative plus attractive.


5.000 HOMMES- Sur un tout autre chapitre, l’enseignant-chercheur, parlant de l’initiative des forces unifiées au sein de l’AES estime que c’est une démarche stratégique majeure qu’il apprécie comme «une réponse pragmatique et nécessaire aux défis sécuritaires régionaux, malgré les complexités inhérentes à une telle entreprise». Pour Dr Ahmadou Touré, cette initiative est née d’une nécessité impérieuse, car les trois pays sont aux prises avec une menace terroriste transnationale qui ne connaît pas de frontières. Il soutient que les groupes terroristes exploitent les faiblesses des États et les zones grises pour se déplacer et se renforcer.

«La mise en commun des forces permet de mutualiser les renseignements, les moyens et les efforts pour une lutte plus efficace», estime Dr Touré. D’après lui, la création d’une force unifiée de 5.000 hommes comme annoncé, s’inscrit dans la volonté des pays de l’Alliance de prendre en main leur propre destin sécuritaire. «C’est une expression concrète de leur souveraineté et de leur désir de réduire leur dépendance vis-à-vis d’interventions extérieures, souvent perçues comme inefficaces ou porteuses d’agendas cachés. Le concept de panafricanisme et de souverainisme est central dans cette démarche», explique le professeur de droit.

Cependant, il prévient que la mise en Å“uvre d’une telle force n’est pas sans défis. Pour lui, la coordination opérationnelle, logistique et de renseignements entre trois armées distinctes, même si elles partagent des objectifs communs, est complexe. «Il faudra harmoniser les doctrines militaires, les équipements, les chaînes de commandement et assurer une communication fluide», préconise l’enseignant-chercheur. Ahmadou Touré ajoutera que le financement de cette force représente également un enjeu, même si la création d’un fonds de stabilisation a été évoquée.

«Si cette force unifiée parvient à surmonter ces défis, elle a le potentiel de devenir un acteur majeur de la stabilisation du Sahel. En créant une zone de sécurité plus large et plus cohérente, elle pourrait non seulement contenir la progression terroriste, mais aussi restaurer la confiance des populations et créer les conditions d’un retour à la normale», analyse Dr Touré. Mieux, il dira que cette force pourrait servir de modèle pour d’autres initiatives de coopération sécuritaire régionale. 

«L’initiative des forces unifiées de l’AES est une réponse audacieuse et nécessaire à une crise sécuritaire profonde. Bien que les défis de mise en Å“uvre soient considérables, le potentiel de cette force pour transformer la donne sécuritaire régionale est indéniable, à condition qu’elle soit soutenue par une gouvernance solide et une coopération inébranlable entre les États membres Â», souligne Dr Ahmadou Touré.

Bembablin DOUMBIA

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