«Djeliya Ne djôyôro» : Socle de la cohésion sociale

C’est dans le souci de revaloriser nos valeurs ancestrales que le projet «Djeliya Ne djôyôro» a été officiellement lancé, le week-end dernier à Sébénikoro, sous le thème : «Quand le Djeli retrouve sa place dans la société».

Publié mardi 10 février 2026 à 08:32
«Djeliya Ne djôyôro» : Socle de la cohésion sociale

Ce projet vise à redéfinir les missions du djéli

 

La cérémonie était présidée par le chargé de mission au ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Adama Kouyaté, en présence de l’initiateur de l’événement, Djeli Sékou Diabaté et de nombreuses personnalités du monde de la culture.

Dans son intervention, Adama Kouyaté a salué une initiative qu’il qualifie de «projet de valorisation des identités culturelles et de transmission intergénérationnelle».

Selon lui, le Mali est «un grand pays de Djeliya», et ce projet s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux générations plus âgées. Le chargé de mission au ministère chargé de la Culture a rappelé que l’événement s’inscrit dans la continuité de l’Année de la culture, reconduite en 2026, désormais couplée à celle de l’éducation sur décision du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta. Il a transmis aux organisateurs les salutations fraternelles et les félicitations du ministre Mamou Daffé, tout en appelant les Maliens à l’unité, à la solidarité avec les autorités de la Transition et surtout à s’engager pour le retour de la grandeur, de la générosité. 

 Pour sa part, Djeli Sekou Diabaté a expliqué la genèse de l’événement, fruit d’une longue réflexion sur la valeur sociétale et le rang social du djéli dans la société traditionnelle. Il a volontairement choisi le terme Djeliya au détriment de griotisme, estimant que ce dernier ne reflète plus la profondeur ni le rôle fondamental du djéli. «Le Djeliya authentique ne se limite pas à l’animation des cérémonies, mais intervient en amont dans des domaines essentiels tels que le mariage, la médiation sociale et la réconciliation. Autrefois, le Djeli accompagnait le processus depuis la recherche du conjoint jusqu’à l’union, en évaluant la compatibilité des familles», a rappelé le «Maître de la parole», tout en déplorant la perte de cette fonction au profit d’une simple prestation festive.

Ce projet vise ainsi à redéfinir clairement les missions du djéli : où, quand, comment et pourquoi doit-il intervenir ? Pour y parvenir, l’initiateur mise sur la formation, en commençant par former des formateurs capables de transmettre ces savoirs aux jeunes générations.

Djeli Sekou Diabaté a également dénoncé la confusion entre donateurs et «Jatigui», soulignant que le djélia n’est pas une affaire de moyens financiers ou de notoriété, mais de dignité, de valeurs et autres fondements culturels. «Le Djelia peut servir tout le monde, mais tout le monde n’a pas droit au djélia», a-t-il martelé. 

«Djeliya Ne djôyôro» ambitionne de s’étendre au-delà des frontières du Mali, dans l’ensemble de l’espace couvert autrefois par les grands empires du Ghana (Ouagadou), du Mali (Mandé) et du Songhaï. Dans ces territoires, le Djeli existe sous diverses formes et le projet entend contribuer à le ramener à sa forme originelle. Djeli Sekou Diabaté a invité les Djeli et l’ensemble des Nyamakala à jouer à l’équilibre communautaire.

Chaka Camara,  membre de la coordination des jeunes, trouve que cette initiative est venue à un moment où nous assistons à de nombreux dysfonctionnements sociaux, notamment la recrudescence des divorces.

 Il estime que la méconnaissance des mécanismes culturels traditionnels est à l’origine de plusieurs crises sociales. «Djeliya Né djôyôro permettra de sensibiliser la jeunesse tout en valorisant les savoirs endogènes», a-t-il dit, invitant le ministère en charge de la Réconciliation à s’inspirer de ce type d’initiatives pour consolider durablement la paix.

L’événement a été ponctué par des prestations musicales, des éloges des chefs djéli, des témoignages des anciens et autres qui ont permis l’éclosion de la richesse du patrimoine culturel mandingue.

Gaoussou TANGARA

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