Intervenant dans le cadre du sous-thème consacré au « Journalisme audiovisuel africain face aux défis actuels : nouveaux formats et narratifs », lors du panel sur la guerre informationnelle et la construction d’une narration africaine souveraine, l’universitaire marocaine a souligné que le paysage médiatique africain connaît une profonde mutation sous l’effet de la montée en puissance des plateformes numériques.
S’appuyant sur les conclusions du rapport « Digital 2025 » du Reuters Institute for the Study of Journalism, elle a indiqué que les algorithmes des grandes plateformes privilégient désormais les contenus vidéo courts, transformant les modes de production et de diffusion de l’information. « Nous ne pouvons pas parler de la fin des médias audiovisuels traditionnels, mais plutôt d’une hybridation des modèles », a-t-elle affirmé.
Selon elle, cette évolution se traduit par l’essor des vidéos verticales courtes, des podcasts vidéo, des web-reportages, des interviews express et du direct en ligne, dans un environnement marqué par une logique croissante de production multimédia, cross-média et transmédia.
Dr El Akhdari a également relevé que l’usage des médias numériques progresse continuellement sur le continent, tandis que la télévision demeure le média le plus consommé dans de nombreux pays africains. Elle a toutefois observé des différences selon les contextes nationaux, citant notamment la prédominance de la télévision au Maroc et celle de la radio au Mali.
L’intervenante a estimé que l’Afrique poursuit sa transition vers une plus grande autonomie médiatique après des décennies marquées par une dépendance technologique, économique et en matière de savoir-faire. Cette évolution, a-t-elle expliqué, favorise l’émergence de contenus davantage ancrés dans les réalités africaines.
Elle a souligné que la bataille des récits africains constitue désormais un enjeu économique, stratégique et géopolitique majeur. À cet égard, elle a rappelé plusieurs conclusions du sommet « Shaping the Future of African Media », tenu à Accra en avril 2026, notamment la nécessité pour les médias africains d’accélérer leur transformation numérique, de développer des modèles économiques viables et de généraliser les outils de fact-checking.
La vérification des images, des vidéos, des données et des contenus générés par l’intelligence artificielle représente, selon elle, un défi croissant pour les professionnels de l’information. Elle a également évoqué l’intérêt de développer des infrastructures africaines de données afin de renforcer l’autonomie du continent dans la production et l’exploitation de l’information.
Pour la spécialiste marocaine, les nouveaux narratifs africains doivent davantage mettre en lumière les capacités d’innovation du continent, les initiatives portées par la jeunesse, les solutions africaines aux défis africains ainsi que la richesse des langues, cultures et patrimoines du continent.
Évoquant l’expérience du Maroc, elle a indiqué que la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) a multiplié les partenariats avec plusieurs institutions homologues africaines dans le cadre du renforcement de la coopération continentale. Elle a également rappelé les différentes étapes de la transformation du secteur audiovisuel marocain, marquées notamment par la libéralisation progressive du paysage médiatique et la diversification de l’offre audiovisuelle.
Selon Dr El Akhdari, le journalisme audiovisuel africain est aujourd’hui engagé dans une double transformation, celle des formats et celle des narratifs. « L’avenir du journalisme audiovisuel africain réside dans sa capacité à raconter l’Afrique avec ses propres voix, ses propres expériences et ses propres imaginaires », a-t-elle déclaré.
Oumar SANKARE
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