81è session de l’Assemblée générale des Nations unies : Karamoko Jean Marie Traoré porte la voix de l’AES

Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, pays qui assure la présidence de la Confédération des États du Sahel s’est adressé hier lundi à la tribune de l’ONU

Publié lundi 28 septembre 2026 à 22:34
81è session de l’Assemblée générale des Nations unies : Karamoko Jean Marie Traoré porte la voix de l’AES

Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Karamoko Jean Marie Traoré, s’est adressé hier à la tribune des Nations unies dans le cadre des travaux de la 81è session de l’Assemblée générale. A l’entame de ses propos, le ministre burkinabé a tenu à préciser qu’il a l'insigne honneur de porter, depuis cette tribune, la voix de leurs Excellences le camarade Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso, Chef de l'État et Président en exercice de la Confédération des États du Sahel (AES); le Général d’armée Assimi Goïta, Président de la Transition, Chef de l’État de la République du Mali et Le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République du Niger, Chef de l’État.


En leurs noms, la Confédération des États du Sahel adresse au Bangladais Kalilur Rahman, ses chaleureuses félicitations pour son élection à la présidence de la 81è session. Elle lui formule ses voeux de succès dans l'accomplissement de son mandat et s’associe à la fierté du peuple ami de Bangladesh. C'est avec le coeur habité par la mémoire de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes du Burkina Faso, du Mali et du Niger, innocentes victimes du terrorisme, que je prends la parole. Mais c’est aussi avec la fierté tirée de la résilience des populations du Sahel, et de l’espoir porté par la bravoure des forces de défense et de sécurité de la Confédération, ainsi que du rôle crucial joué par les Volontaires pour la défense de la patrie que je suis commis à la mission noble de porter cette déclaration.


Aussi, voudraisje avoir une pensée pieuse aux familles endeuillées, aux communautés meurtries et à toutes celles et tous ceux dont la vie a été affectée par la barbarie terroriste. Depuis plus d'une décennie, cette violence aveugle est entretenue, armée, financée et instrumentalisée par des réseaux criminels et leurs soutiens, déterminés à soumettre le Sahel par la peur. Mais qu'ils l'entendent ici ils n'y parviendront pas, a martelé l’orateur burkinabé. Avant d’ajouter qu’il s'incline avec un profond respect devant la mémoire des forces de défense et de sécurité de la Confédération des États du Sahel, nos volontaires pour la défense de la patrie et toutes nos forces patriotiques tombés sur le champ d'honneur.


En évoquant leur mémoire, j’ai une pensée pieuse pour le Général d’Armée Sadio Camara lâchement assassiné le 25 avril 2026 pour son engagement pour la paix au Mali et au Sahel. Le sacrifice suprême que nos héros ont consenti est la semence de liberté, de justice et de souveraineté auxquelles aspirent nos peuples opprimés. Il est la source nourricière quotidienne de notre détermination collective à reconquérir l'intégrité de nos territoires, à défendre notre dignité et à garantir notre droit sacré de vivre libres, en paix et en sécurité.


RÉFUS DE LA FATALITÉ ET DE LA TUTELLE- Au peuple de la Confédération des États du Sahel, y compris sa diaspora, je rends un hommage appuyé et leur renouvelle ma fierté. Le courage, la résilience, l’engagement et la mobilisation, dont ils font preuve chaque jour, en soutien aux efforts des Chefs d’État de la Confédération AES, demeurent le centre de gravité de notre marche vers la souveraineté, la stabilité et le développement. à tous les peuples d’Afrique et du monde qui partagent notre lutte et qui se reconnaissent dans l’idéal de paix, de dignité et de liberté, porté par la Confédération AES, je réitère ma gratitude.


La dynamique confédérale engagée et assumée par nos États, loin d’être un isolement, est la traduction du refus de la fatalité et de la tutelle chronique ainsi que du rejet de l’indignation sélective devant le drame humain. Elle est le signe de la volonté partagée de nos États, de sortir du cercle vicieux de la domination structurelle et de l’exploitation profondément enracinées dans les relents colonialistes et néocolonialistes. Elle porte en elle l’espérance de la renaissance du Sahel central, longtemps étiqueté sous tous les qualificatifs dévaluants. La nouvelle marche engagée depuis le 16 septembre 2023 par l’adoption de la Charte du Liptako-Gourma, consolidée par la création de la Confédération des États du Sahel le 06 juillet 2024, a dévoilé un nouvel horizon pour les peuples de l’AES.


Chaque pan de territoire reconquis, chaque base terroriste détruite, chaque combat gagné sur les forces du mal, chaque école réouverte, chaque village réinstallé, chaque réforme initiée, nous rapproche de ce nouvel horizon défendu avec détermination par le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré, le Général d’Armée Assimi Goïta et le Général d’Armée Abdourahamane Tiani. Sous leur leadership éclairé, contre vents et marées, l’Alliance des États du Sahel s’affirme chaque jour en prenant en main et en assumant son destin. Un destin de dignité, de prospérité, de liberté et de justice. Elle s’affirme grâce à la mobilisation d’un peuple sur un espace commun pour un destin partagé : « Un peuple, un espace, un destin » : cette devise guide chacune de nos actions et s'incarne dans l'opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération, tout comme elle s'incarne dans la création de la Banque confédérale pour l'investissement et le développement (BCID).


Elle s’incarne dans la consolidation des relations entre l’ensemble des institutions des pays de l’AES, tout comme elle s’incarne dans le renforcement des liens historiques séculaires entre les communautés et les forces vives de notre espace. Enfin, cette devise vit dans la cohésion diplomatique des trois États, illustrée, de la plus belle des manières, par le présent discours prononcé au nom des États de la Confédération AES, au nom des Peuples de la Confédération AES et au nom de la Diaspora de la Confédération AES.


LA COMPLICITÉ- L’AES salue le choix du thème de la présente session : « Reconstruire la confiance, gérer la transformation : une Organisation pour tous ». En lui tout seul, ce thème est un aveu indéniable, l’aveu d’une confiance érodée entre les membres du fait des doubles standards, des positions partiales, de l’injustice institutionnalisée, de l’instrumentalisation des institutions et des procédures ; l’aveu que notre Organisation peine à s’adapter aux changements pourtant flagrants, d’un monde en constante évolution ; et l’aveu de reconnaissance que notre organisation, hélas, n’est plus pour tous, mais appartient davantage à des acteurs choisis selon leur puissance et leurs intérêts.


Les couplets d’espoir déclinés dans la Charte des Nations Unies et faisant l’éloge de la paix, sont méprisés, le droit international martyrisé et torturé par des membres dont la propension à la domination, au néocolonialisme et à l’hégémonie est sans appel. Oui il faut reconstruire la confiance ; c’est une ambition que nous partageons. Mais cela suggère que notre Organisation cesse d’être le porte-voix ou le faire-valoir de quelques puissances pour devenir la maison commune des peuples, égaux en dignité, égaux en droits et égaux en souveraineté. C'est à la lumière de cette exigence, et de ce qui se joue au Sahel, que nous prenons part à ces délibérations.


Pour la Confédération des États du Sahel, reconstruire la confiance rime impérativement avec l’arrêt immédiat des soutiens étatiques aux terroristes, car le terrorisme ne saurait continuer à être un instrument de la politique étrangère de certaines puissances. La Confédération des États du Sahel n’est pas confrontée à une simple addition de groupes terroristes isolés. Nous faisons face à une entreprise persistante de déstabilisation, soutenue par des moyens considérables et orientée contre le droit de nos peuples à vivre en paix, à choisir leurs dirigeants, à disposer de leurs ressources et à exercer pleinement leur souveraineté.


Les attaques terroristes, notamment celles perpétrées les 25 avril et 04 juillet 2026 en République du Mali ; le 18 juin et les 29 et 30 août 2026 en République du Niger, illustrent parfaitement ce constat. Disons-le sans détour : les chaînes d'approvisionnement, les capacités techniques et l'emploi coordonné de tels moyens conventionnels ne naissent pas du néant. Derrière le bras meurtrier du terroriste se dessinent des soutiens structurés, y compris étatiques, mus par la volonté de reconquérir des avantages et des privilèges perdus. Nous demandons à la communauté internationale de regarder les faits en face, d'enquêter avec sérieux et de condamner, sans calcul géopolitique, tous ceux qui financent, arment, renseignent ou protègent les terroristes. Le silence, face à de tels agissements, n'est plus de la prudence, mais une complicité.


REJET DU PROCÈS POLITIQUE- Reconstruire la confiance rime également avec le respect strict de la souveraineté des États ; il rime avec le développement du partenariat et non de l’asservissement ; il rime avec une justice affranchie des velléités néocolonialistes. Toute chose contraire à l'instrumentalisation de certains mécanismes internationaux de défense des droits humains à des fins de pression politique contre nos pays, tel le rôle mal choisi par le Parlement européen pour justifier une éventuelle offensive néocoloniale à travers ses résolutions mal fondées contre le Sahel. La confiance ne peut renaître dans une Organisation qui invoque le droit pour les uns et tolère l'arbitraire pour les autres, qui exige des faibles ce qu'elle n'ose pas demander aux puissants.


La promotion et la protection des droits fondamentaux constituent, pour nos États, une responsabilité pleinement assumée. Nous l'exerçons dans un contexte de violence extrême imposée à nos populations par des terroristes. Lorsque nos États adoptent des mesures exceptionnelles, strictement encadrées par leurs législations nationales, ils agissent pour protéger les populations, préserver l'ordre public et garantir la sécurité nationale. Car le premier droit humain est le droit à la vie ; la première liberté d'un peuple est de ne pas vivre sous la terreur. Nous constatons que ces mesures font trop souvent l'objet de lectures partielles et sélectives, sans considération suffisante pour les réalités du terrain.


La Confédération réaffirme son attachement à un traitement impartial, objectif et non sélectif des droits humains. Elle appelle à un dialogue fondé sur le respect mutuel, la bonne foi et la rigueur des faits. Nous acceptons l'examen impartial et objectif ; en revanche nous rejetons le procès politique. Oui pour le respect du droit ; mais nous refusons son instrumentalisation. C'est précisément en raison de manquements graves, d'une sélectivité persistante et d'une politisation devenue manifeste que nos États ont souverainement décidé de se retirer de la Cour pénale internationale et ont formellement notifié leur retrait du Statut de Rome.


La Confédération des États du Sahel s’érige contre la domination, l'exploitation et le mépris. Elle adhère à la vision d’une Afrique réhabilitée dans sa dignité, qui choisit sa propre voie, qui s’assume, qui s’émancipe des contraintes et des pesanteurs d’autrefois, pour être maitresse de son destin. à cet égard, la Confédération des États du Sahel salue l'adoption, le 25 mars 2026, par l'Assemblée générale des Nations Unies, de la résolution reconnaissant la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage et le système d'asservissement racial comme le crime le plus grave contre l'humanité.


C’est le lieu de réitérer nos vives félicitations aux plus Hautes autorités de la République du Ghana et à l’ensemble des communautés afrodescendantes qui ont porté ce dossier avec le soutien de tous, pour franchir ce pas décisif vers la justice. Le Burkina Faso voudrait réaffirmer une conviction essentielle : notre Organisation ne pourra répondre pleinement aux défis de notre temps que si elle demeure fidèle aux principes qui ont présidé à sa création. Nous demeurons convaincus que, par le dialogue, la solidarité et la détermination, les Nations Unies ensemble avec nos peuples peuvent surmonter les épreuves auxquelles ils sont confrontés et construire les fondements d’un avenir de paix, de dignité et de prospérité partagée.


Envoyé spécial

Moriba COULIBALY

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