Zéro tarif douanier de la Chine : Une opportunité à concrétiser

L'Empire du Milieu a élargi son offensive diplomatique et commerciale à tous les pays du continent africain. Beijing a décidé l'exonération de tout tarif douanier des exportations vers la Chine. L'économiste Modibo Mao Makalou salue cette décision et ébauche les voies par lesquelles notre pays pourrait profiter de cette aubaine

Publié jeudi 10 septembre 2026 à 09:22
Zéro tarif douanier de la Chine : Une opportunité à concrétiser

Cet avantage tarifaire profitera surtout aux entreprises capables de satisfaire

aux conditions d'accès au marché chinois

 

Depuis mai 2026, la République populaire de Chine applique un tarif douanier zéro sur les importations en provenance de 53 pays africains, dont le Mali. Si cette mesure représente une opportunité de dynamiser les exportations et de stimuler l'économie nationale, ses retombées dépendront essentiellement de la capacité des exportateurs maliens à améliorer leur compétitivité et à répondre aux exigences du marché chinois.

Cette décision marque une étape importante dans le renforcement des relations économiques entre le Mali et la Chine. Elle intervient après une première initiative lancée en décembre 2024, qui accordait déjà une exonération des droits de douane à 33 pays africains parmi les moins avancés. Désormais élargie à 53 pays, cette politique restera en vigueur jusqu'au 30 avril 2028. En supprimant les droits de douane sur 100 % des lignes tarifaires des pays bénéficiaires, Pékin ouvre aux produits maliens un accès privilégié à l'un des plus vastes marchés de consommation au monde.

Une mesure saluée comme une opportunité majeure, mais dont les effets dépendront moins de l'exonération elle-même que de la capacité du Mali à accroître sa compétitivité, à transformer sa production et à satisfaire aux exigences du marché chinois.

Toutes nos tentatives de joindre les spécialistes du commerce international, notamment la direction de l’Agence pour la promotion des exportations (APEX) et la Chambre de commerce et d’industrie du Mali pour éclairer notre lanterne sur les avantages commerciaux que notre pays pourrait tirer de cette opportunité chinoise sont restées vaines.

Toutefois, l'économiste Modibo Mao Makalou, a accepté de verser son avis sur la question. Il a expliqué que cette mesure devrait avant tout stimuler les exportations maliennes vers le marché chinois. Le Mali exporte principalement des matières premières agricoles et minières, notamment du lithium, du coton, du sésame, de l'arachide, du karité et de la mangue. « En 2025, le volume des échanges entre les deux pays a atteint 1,634 milliard de dollars (898,7 milliards de Fcfa), soit une augmentation de 170 % par rapport à l'année précédente », précise-t-il. Des chiffres qui traduisent l'importance croissante de la Chine dans les échanges extérieurs maliens.



Toutefois, la suppression des droits de douane ne garantit pas automatiquement une hausse des exportations. Cet avantage tarifaire profitera surtout aux entreprises capables de satisfaire aux conditions d'accès au marché chinois. Selon Modibo Mao Makalou, pour bénéficier de cette exonération douanière, les produits d'exportation maliens doivent être fabriqués au Mali et obtenir la certification de l'Agence pour la promotion des exportations (APEX).

 

RENFORCER LA COMPÉTITIVITÉ DES PRODUITS- Au-delà de cette faveur, le véritable défi reste la capacité productive du Mali. Pour l'économiste, stimuler durablement les exportations et accélérer la croissance économique suppose de réduire les coûts des facteurs de production, notamment ceux liés à l'énergie, aux zones industrielles, à la disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée ainsi qu'à l'accès à des financements à moyen et long terme à des coûts abordables. Il estime également que les dépenses publiques devront cibler les secteurs stratégiques et les services sociaux essentiels, notamment l'agriculture, l'éducation, la santé, la protection sociale, l'eau potable, l'industrie ainsi que les infrastructures de base, afin d'augmenter, de diversifier et de transformer la production nationale.

Cette ouverture commerciale pourrait ainsi devenir un véritable levier de croissance économique. Mais elle ne produira des effets durables que si elle s'accompagne d'efforts soutenus pour améliorer la compétitivité des entreprises, accroître la production nationale et développer la transformation locale. L'un des principaux défis de l'économie malienne demeure en effet la faible valorisation de ses ressources. L'enjeu n'est donc pas seulement d'exporter davantage de matières premières, mais surtout de créer plus de valeur ajoutée, grâce à leur transformation sur place, afin de renforcer la compétitivité des produits maliens sur les marchés internationaux. Pour rappel, la Chine applique un tarif douanier de 0% sur les importations et couvre 100 % des lignes tarifaires et offre des avantages compétitifs significatifs, notamment pour les produits agricoles et transformés. 


Pour le Mali, cette décision constitue une avancée importante, mais elle représente aussi un levier de croissance économique. Pour qu'elle se traduise par une hausse durable des exportations, de l'emploi et de la croissance, elle devra être accompagnée de réformes visant à améliorer la compétitivité des entreprises, à renforcer les capacités des exportateurs et à accélérer la transformation industrielle. Plus qu'un simple avantage tarifaire, cette ouverture vers le marché chinois constitue désormais un test de la capacité du Mali à convertir une opportunité commerciale en véritable moteur de développement économique.

Siguéta Salimata DEMBÉLÉ

Lire aussi : Coopération allemande au Mali : Berlin abrite les consultations intergouvernementales

Les consultations intergouvernementales sur la coopération au développement entre le Mali et la République fédérale d’Allemagne se sont tenues, le mardi 20 octobre 2026 à Berlin dans la capitale allemande..

Lire aussi : Mali-Qatar : Le Chef du gouvernement échange avec l'ambassadeur du Qatar sur la coopération et le terrorisme

​Le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a accordé une audience, ce lundi 19 octobre 2026 à la Primature, à l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’État du Qatar au Mali, Ahmed Bin Turki Al-Subaie..

Lire aussi : Coopération AES-CEDEAO : Création de groupes de travail thématiques conjoints pour élaborer un accord-cadre

Les délégations de la Confédération des États du Sahel (AES) et de la CEDEAO ont posé, ce 17 octobre 2026 à Dakar, les bases formelles de leur future coopération lors d'une première réunion ministérielle de dialogue..

Lire aussi : Mali-Rwanda : Pour un partenariat stratégique renforcé

En visite dans notre pays, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Jean Patrick Nduhungirehe, a salué le courage, la résilience et la détermination du peuple malien, dans sa quête inlassable de paix, de stabilité et d’affirmation souveraine sous la conduite du Président Assi.

Lire aussi : 3è sommet Russie-Afrique : L’ambassadeur Igor Gromyko annonce les couleurs

En prélude au 3è sommet Russie‑Afrique, l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Mali, Igor Gromyko, a animé, vendredi 9 octobre 2026, une conférence de presse dans l’enceinte de la chancellerie. À cette occasion le diplomate a abordé plusieurs axes de la politique étrangère de so.

Lire aussi : Primature : Le Premier ministre reçoit une délégation de l’Agence de notation Bloomfield Investment Corporation

Au nom du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a reçu le mardi 29 septembre 2026, une délégation de l’agence de notation Bloomfield Investment Corporation, qui a été l’agence choisie pour l’éva.

Les articles de l'auteur

PDZSTA-KB : Un budget de plus de 6 milliards de Fcfa pour 2027

Le Programme de développement de la zone spéciale de transformation agro-industrielle des Régions de Koulikoro et de la périphérie de Bamako (PDZSTA-KB) prévoit un budget de plus de 6,02 milliards de Fcfa pour l’année 2027..

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié vendredi 23 octobre 2026 à 09:37

Femmes rurales : Les Nyéléni d’hier et d’aujourd’hui

De Dialakoroba à Sikasso, en passant par Mopti, les femmes rurales produisent, transforment et commercialisent, contribuant ainsi à l’économie familiale et au développement du pays.

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié jeudi 15 octobre 2026 à 09:01

Yacouba Yassa Diarra, Directeur général adjoint de l’Apex-Mali: «Il y a des conditions à remplir pour bénéficier des facilites douanières accordées par la Chine»

Dans cette interview, le Directeur général adjoint de l’Agence pour la promotion des exportations du Mali (Apex-Mali) se prononce sur l’ouverture du marché chinois aux produits maliens sans droit de douane. Yacouba Yassa Diarra explique les avantages de cette politique pour les opérateurs économiques maliens.

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié vendredi 09 octobre 2026 à 09:57

FIER II : 60 cadres renforcent leurs capacités

Le Centre de formation professionnelle de Sénou a abrité, hier, le lancement de deux sessions de formation destinées à renforcer les capacités des cadres et agents des services techniques en suivi-évaluation des politiques publiques d’emploi et de formation professionnelle..

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié mardi 06 octobre 2026 à 13:52

Rentrée scolaire : Bamako retrouve ses bouchons

La reprise des cours dans les écoles met sous haute pression la circulation de la capitale. élèves, parents et travailleurs se lancent sur les routes au rythme des klaxons. Les gros embouteillages s’accentuent. Tout comme les incivilités et les accidents.

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié mardi 06 octobre 2026 à 09:23

SIE-AES : L’ambition entrepreneuriale

La deuxième édition du Salon international de l’entrepreneuriat AES veut renforcer le rôle des entreprises dans la transformation économique. De milliers de visiteurs sont attendus à cet événement prévu du 18 au 21 novembre prochain à Bamako.

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié jeudi 01 octobre 2026 à 09:22

Éducation : Le parcours erratique des filles-mères

Beaucoup de filles scolarisées qui tombent enceintes sont souvent contraintes de mettre un terme à leur cursus scolaire. Pourtant, notre pays dispose d’un mécanisme de report de scolarité permettant notamment aux élèves ayant interrompu leurs études pour cause de grossesse de reprendre l’année suivante sans être considérées comme redoublantes.

Par Siguéta Salimata DEMBÉLÉ


Publié lundi 28 septembre 2026 à 11:38

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner