Pour mieux comprendre ce rôle essentiel, nous
avons rencontré Diby Keïta, un professeur d'enseignement supérieur, chercheur, écrivain
et promoteur culturel malien passionné par la langue, la littérature et l’éducation.
Doctorant en littérature comparée, il consacre ses travaux à l’étude comparée
des littératures africaine et britannique. Il s’intéresse particulièrement au rôle
de la littérature comme outil de résistance, de dialogue interculturel et de
construction identitaire. Il œuvre également pour la promotion de
l’apprentissage de l’anglais et le renforcement du leadership chez les jeunes
L’Essor : Comment définiriez-vous aujourd’hui le rôle
de l’écrivain africain dans nos sociétés contemporaines ?
Diby Keïta : Aujourd’hui, l’écrivain africain est à
la fois un témoin, un éducateur et un éclaireur de conscience. Son rôle ne se
limite pas à raconter des histoires : il interroge les réalités sociales, dénonce
les injustices et propose des pistes pour reconstruire une société plus juste
et plus humaine. Il agit comme une conscience critique qui aide les peuples
africains à mieux se comprendre, à affirmer leur identité et à repenser leur
rapport au monde.
L’Essor: Selon vous, en quoi la littérature
africaine peut-elle être un outil de résistance ou de renaissance culturelle ?
Diby Keïta : Depuis les luttes anticoloniales, la
littérature africaine a été un instrument de résistance contre la domination,
l’aliénation et la falsification de l’histoire africaine. Aujourd’hui, elle
devient un outil de renaissance culturelle, car elle redonne vie à nos valeurs,
à nos langues, à notre mémoire collective. Elle permet aux Africains de se réconcilier
avec leur passé et de reprendre confiance en leur potentiel créatif et
intellectuel.
L’Essor : La question de la langue d’écriture,
qu’elle soit africaine, française, anglaise ou autre, reste au cœur du débat
littéraire. Pensez-vous qu’écrire dans une langue coloniale limite l’expression
de l’identité africaine ?
Diby Keïta : Écrire dans une langue coloniale
n’est pas nécessairement une entrave, mais plutôt une tension créative. Les écrivains
africains ont su transformer ces langues en outils d’expression de leur propre
culture. Le français, l’anglais ou le portugais deviennent des langues “africanisées”,
enrichies par les rythmes, les images et les structures de pensée africaines.
Toutefois, la question reste sensible : il faut éviter que ces langues ne
deviennent des instruments d’aliénation, mais plutôt des ponts de communication
universelle.
L’Essor : Comment les écrivains africains
peuvent-ils concilier l’usage des langues européennes avec la valorisation des
langues africaines ?
Diby Keïta : Les écrivains africains peuvent
concilier ces deux dimensions par une écriture hybride, qui mêle les langues et
les imaginaires. Ils peuvent utiliser les langues européennes comme vecteurs de
diffusion mondiale tout en valorisant les langues africaines à travers les
traductions, les publications bilingues et l’introduction de proverbes ou
d’expressions locales dans leurs œuvres. Cette double dynamique renforce la
richesse et la singularité de la littérature africaine.
L’Essor : Certains auteurs intègrent des
expressions locales ou des proverbes africains dans leurs œuvres : est-ce,
selon vous, une forme de réappropriation culturelle ?
Diby Keïta : Oui, c’est une véritable forme de réappropriation
culturelle. En insérant des proverbes, des idiomes ou des structures narratives
africaines, les écrivains réintroduisent l’oralité dans l’écriture. Ils
rappellent que la parole, dans les sociétés africaines, a toujours été un moyen
de transmettre la sagesse, la mémoire et la vision du monde. C’est aussi une
manière d’affirmer que la littérature africaine n’est pas une imitation de
l’Occident, mais une création enracinée dans nos traditions.
L’Essor : Peut-on dire que l’écrivain africain
d’aujourd’hui a encore un rôle militant, comme à l’époque des indépendances ?
Diby Keïta : L’écrivain africain reste militant,
mais son combat a évolué. Il ne lutte plus seulement contre le colonialisme,
mais aussi contre les nouvelles formes d’oppression : la corruption, les inégalités,
le désespoir de la jeunesse, la destruction de l’environnement et la perte des
repères moraux. Son engagement est désormais culturel, social et spirituel. Il
milite pour la dignité, la liberté de penser et la renaissance de l’Afrique.
L’Essor : Comment la littérature africaine
peut-elle contribuer à renforcer la fierté identitaire des jeunes générations
sur le continent ?
Diby Keïta : La littérature africaine peut
renforcer la fierté identitaire en montrant la richesse de nos cultures, la
grandeur de nos ancêtres et la créativité de notre jeunesse. Lire nos auteurs,
c’est apprendre à se reconnaître, à s’aimer et à se projeter positivement dans
le futur. Elle donne aux jeunes Africains la conviction que leur culture a une
valeur universelle et que l’Afrique n’est pas un continent à plaindre, mais à
admirer.
L’Essor : à votre avis professeur, les maisons d’édition
africaines promeuvent-elles suffisamment les auteurs locaux et les langues
africaines ?
Diby Keïta : Les maisons d’édition africaines font
un travail courageux, mais elles manquent souvent de moyens financiers et
logistiques. Il faut les soutenir davantage pour qu’elles puissent publier
localement, promouvoir les jeunes talents et traduire les œuvres dans les
langues africaines.L’avenir de la littérature africaine dépend aussi du développement
d’un écosystème éditorial autonome et dynamique.
L’Essor : Quelle place la littérature africaine
occupe-t-elle actuellement dans les programmes scolaires et universitaires ?
Diby Keïta : Elle est encore trop marginale dans
plusieurs pays. Les programmes doivent être repensés pour accorder une place
plus importante aux écrivains africains anciens et contemporains. Les élèves
doivent découvrir les œuvres de Kourouma, Sembène, Ngũgĩ wa Thiong’o,
Mariama Bâ, Fatoumata Keïta ou Léonora Miano, afin qu’ils se voient dans les
textes qu’ils lisent. L’école est un lieu privilégié pour construire une
identité culturelle solide.
Essor : Que faudrait-il changer ou renforcer pour
que les jeunes africains s’approprient davantage leurs écrivains et leur
patrimoine littéraire ?
Diby Keïta : Il faut démocratiser la lecture en
organisant des clubs littéraires, des concours d’écriture, des émissions littéraires
et des festivals. Les écrivains doivent aller vers les écoles, les universités,
et dialoguer avec les jeunes. Les livres doivent aussi être rendus plus
accessibles, tant sur le plan économique que linguistique. La littérature doit
redevenir un espace de plaisir et de découverte, pas seulement un sujet
d’examen.
L’Essor : Quels écrivains africains contemporains
incarnent, selon vous, cette lutte pour la promotion de la langue et de
l’identité africaine ?
Diby Keïta : Plusieurs écrivains incarnent cette
dynamique : Ngũgĩ wa Thiong’o (Kenya), défenseur des langues
africaines, Boubacar Boris Diop (Sénégal), promoteur de la littérature en
wolof, Fatoumata Keïta (Mali), pour son écriture enracinée et engagée, Léonora
Miano (Cameroun), pour sa réflexion sur l’identité postcoloniale, Abdourahman
A. Waberi (Djibouti), pour son travail sur la mémoire et la langue. Ces écrivains
prouvent que la littérature africaine peut être à la fois locale et
universelle.
L’Essor : Enfin, professeur Diby Keïta quel
message aimeriez-vous adresser aux jeunes écrivains et écrivaines africains qui
veulent défendre leur culture à travers leurs mots ?
Diby Keïta : Chers jeunes écrivains, votre plume
est une arme pacifique et puissante.
N’écrivez pas pour plaire, mais pour éclairer.
N’imitez pas, inventez. Racontez l’Afrique dans sa vérité, dans sa douleur et
dans sa beauté. Portez haut la voix de votre culture, car un peuple qui écrit
sa propre histoire ne sera jamais oublié.
à travers cet échange, il ressort que la littérature
africaine reste bien plus qu’un art : elle est un acte de mémoire, d’identité
et de résistance. Les écrivains africains, anciens comme contemporains, portent
la responsabilité de transmettre la richesse des langues, des valeurs et des
imaginaires du continent. Leur plume, à la fois arme et outil de création,
continue de bâtir un pont entre le passé, le présent et l’avenir de l’Afrique.
Interview réalisée par Ibrahim THIAM
Rédaction Lessor
Le procès opposant le ministère public à Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath et sa coaccusée Rokiatou Doumbia dite Rose Poivron s'est ouvert ce lundi 10 août 2026. Devant la chambre criminelle de la Cour d’Appel de Bamako, les deux coaccusés ont comparu dans une salle d’audience prise d.
Ce document capitalise 218 recommandations issues des différents échanges à différents niveaux, notamment les états généraux des différents corps professionnels du secteur de la justice, les concertations régionales et le forum national sur la justice.
Face à la recrudescence des menaces sécuritaires, les Forces armées maliennes (FAMa) continuent de faire preuve d’un engagement indéfectible dans la défense du territoire national. C’est ce qu’illustre la récente riposte héroïque menée par le 23è Régiment d’infanterie de San face .
Dans le cadre de la 32è édition de la Campagne nationale de reboisement, le Haut conseil des collectivités (HCC) a organisé, samedi dernier, une journée de reboisement à Sotuba ACI, en Commune I du District de Bamako..
Pour le prochain Contrat-Plan, l’ADRS souhaite bénéficier d’une dotation financière suffisante afin d’atteindre les objectifs fixés et de contribuer davantage à la sécurité alimentaire.
La Coordination des associations et organisations Féminines (CAFO) de Ouélessébougou, en collaboration avec la Direction régionale de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille de Bougouni, a célébré samedi, la phase régionale de la Journée panafricaine de la femme, sous le th.