Le
peuple soudanais sait que cette guerre doit prendre fin et qu’elle prendra fin,
si Dieu le veut. Mais après l’échec de plus d’une dizaine d’accords de
cessez-le-feu parrainés par des acteurs internationaux, l’heure est venue de
mettre un terme définitif à ce conflit, afin que les canons ne recommencent pas
à tirer dès que le monde détourne le regard. C’est ce que les civils soudanais
exigent de moi, en ma qualité de président du Conseil souverain de Transition
du Soudan, et ce qu’ils attendent de ceux à qui ils ont confié la conduite du
pays : mettre fin à la guerre une fois pour toute et stopper toutes les
ingérences extérieures qui ont déchiré notre nation et tiré profit de nos souffrances.
La
guerre au Soudan n’est pas un affrontement entre « deux factions », ni une «
guerre civile » ; notre État souverain et la milice des Forces de soutien
rapide (FSR) ne se situent nullement sur un pied d’égalité, ni sur le plan
moral, ni sur le plan juridique. Il s’agit en réalité d’une agression perpétrée
contre un État membre des Nations unies par un groupe paramilitaire qui se
nourrit de pillages, de meurtres et de nettoyage ethnique. Aucune légitimité ne
doit être accordée à la milice des FSR, qui ne saurait être traitée comme un
partenaire égal. Ses dirigeants — Mohammed Hamdan Dagalo et ses principaux
adjoints — sont ces mêmes chefs qui avaient ordonné aux milices janjawid de
violer, terroriser et massacrer les populations non arabes du Darfour au début
de ce siècle.
L’année
dernière, le siège imposé par la milice à la ville d’El-Fasher, qui a duré près
de 30 mois, s’est soldé par un massacre de masse : des quartiers d’habitation
ont été anéantis, des familles entières assassinées dans leurs foyers, et des
cadavres abandonnés en décomposition dans les rues faute de personnes pour les
ensevelir. Avant cet assaut, l’ONU dénombrait plus de 260.000 civils pris au
piège dans la ville, dont la moitié étaient des enfants. Depuis la chute
d’El-Fasher en octobre 2025, l’ONU a documenté le déplacement de quelque
127.000 personnes de la ville et des villages environnants. Bien que les
enquêteurs indépendants n’aient pu accéder à la ville, les analystes en
imagerie satellite de l’université Yale ont mis au jour des preuves de
l’existence de fosses communes — attestant le ciblage délibéré des civils —,
tandis que la mission d’établissement des faits des Nations unies a conclu que
ces atrocités portaient les « stigmates d’un génocide ».
Une
milice ne peut soutenir seule une guerre d’une telle envergure. Depuis 2024,
des centaines de combattants étrangers sont venus grossir les rangs des FSR,
recrutés par des filières financées par des entités transnationales opérant à
travers plusieurs pays. Cette réalité est largement établie : en juin dernier,
le département du Trésor américain a imposé des sanctions contre huit individus
et entités liés à ces réseaux. Le mois dernier, des drones ont frappé Khartoum
et d’autres métropoles lors des attaques coordonnées les plus vastes depuis des
mois, révélant les capacités militaires sophistiquées croissantes rendues
possibles par ces ingérences extérieures.
Le
gouvernement que je préside est un gouvernement de transition et n’est pas sans
défauts, mais nous acceptons les préceptes du droit international et nous nous
y soumettons. Contrairement à la milice des FSR, ce gouvernement incarne
l’autorité légitime d’un État souverain, membre des Nations unies, redevable
devant son peuple. Le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs réaffirmé son
attachement à « la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité
territoriale du Soudan », rejetant catégoriquement l’autorité des FSR sur les
zones qu’elles contrôlent. Notre peuple en a parfaitement conscience : là où
progressent les FSR, les populations fuient ; là où l’État rétablit son
autorité, les citoyens regagnent leurs foyers — près de 4 millions de Soudanais
sont ainsi retournés à Khartoum, dans la Gezira et à Sennar après le retrait de
la milice.
J’ai
soumis au Conseil de sécurité un plan visant à instaurer un cessez-le-feu
permanent et à assurer la transition vers une gouvernance associant les civils.
Sous la supervision et avec l’appui des Nations unies, les combattants et les
armements seront retirés des zones civiles, traçant ainsi une voie claire vers
un règlement permettant à l’État de gouverner dans la paix.
À
la suite du cessez-le-feu, la responsabilité de la sécurité devra incomber
exclusivement à une armée nationale unifiée placée sous contrôle civil, et non
à des forces armées parallèles écartelées entre allégeances rivales et
bailleurs de fonds. De même, le règlement politique doit impérativement
découler d’un dialogue intersoudanais (« soudano-soudanais »), et la prochaine
constitution devra être rédigée par des mains soudanaises plutôt qu’élaborée à
l’étranger. La tenue d’élections libres et équitables, sous observation
internationale, suivie d’une passation pacifique du pouvoir, permettra de
restituer pleinement au peuple l’initiative et le pouvoir de décision.
Par
conséquent, la paix doit être une œuvre nationale — façonnée par les Soudanais,
pour les Soudanais, sur le sol du Soudan. Nous accueillons favorablement les
partenariats, et des observateurs crédibles peuvent (et doivent) apporter
rigueur et légitimité, mais une paix imposée de l’extérieur ne saurait durer.
Les trêves successives se sont effondrées tout au long de cette guerre parce
qu’elles avaient été négociées à propos du Soudan, sans le Soudan, et parce que
les parrains de ces pourparlers savaient pertinemment qu’ils n’auraient pas à
en payer le prix en cas d’échec. Ainsi, chaque « trêve » s’est muée en
opportunité pour les FSR et leurs soutiens de réorganiser leurs rangs tandis
que le monde détournait à nouveau son attention — une dynamique qui a culminé
de façon effroyable dans le massacre d’El-Fasher. Le Soudan a déjà vécu cet
engrenage et refuse d’en revivre la répétition.
Au
moment où notre gouvernement légitime présente un plan d’action concret, le
chef de la milice s’engage à poursuivre les combats pendant 40 ans si
nécessaire. La communauté internationale se trouve face à un choix sans
équivoque : soit soutenir un règlement fondé sur la souveraineté et le droit,
soit céder au piège d’une fausse équivalence en conférant une légitimité aux
dirigeants des FSR et en perpétuant ainsi une guerre sans fin.
Alors
que s’ouvre cette semaine l’Assemblée générale des Nations unies, j’exhorte la
communauté internationale à s’engager sur quatre priorités cardinales :
Appuyer
le plan que j’ai soumis au Conseil de sécurité.
Couper
les filières de financement et d’approvisionnement qui permettent à la milice
des FSR de continuer à massacrer les civils soudanais.
Fournir
l’assistance et le soutien nécessaires aux Nations unies pour surveiller tout
futur cessez-le-feu.
Laisser
le champ libre au processus politique soudanais pour déterminer l’avenir du
pays.
Ma
demande est simple : ayez confiance en la capacité de notre nation à forger sa
propre paix, et mobilisez votre influence pour aider à la pérenniser. On a trop
souvent enjoint le Soudan d’accepter des compromis bien indignes de lui, dictés
par des conditions taillées pour complaire à de lointaines capitales, et des
trêves abusivement qualifiées de paix. Celles et ceux qui ont enduré les
atrocités de ce conflit ont acquis le droit inaliénable de définir la paix qui
y mettra un terme.
Que
ces mots guident tout règlement futur : une paix forgée localement et non
imposée de force ; une paix ancrée dans l’État de droit et des institutions
solides ; une paix digne des sacrifices consentis par ceux qui ont tout donné
pour elle. Telle est la paix que le Soudan est capable d’édifier avec le
concours du monde.
ABDEL FATTAH AL-BURHAN
Président du Conseil souverain de Transition du Soudan
Rédaction Lessor
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