Petits métiers des vacances : Ces enfants qui refusent l’oisiveté

À Banconi Farada, Harouna, Issa, Oumar et Ali mettent leurs vacances à profit pour exercer de petits métiers. Entre nécessité économique, préparation de la rentrée et volonté d’échapper aux mauvaises fréquentations, ces enfants découvrent très tôt la valeur du travail et de l’argent gagné à la sueur de leur front

Publié mercredi 05 août 2026 à 13:18
Petits métiers des vacances : Ces enfants qui refusent l’oisiveté

Des enfants proposant divers articles aux usagers d’une voie très fréquentée

 

Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque Harouna repère sa prochaine cliente. Dans la cour d’un service public de Bamako, le jeune garçon de 15 ans avance d’un pas assuré. Son sourire précède son offre commerciale. « Madame, je peux laver votre bracelet en argent. » Le prix est vite annoncé : « C’est juste 50 Fcfa. » La dame est intéressée, mais elle n’a pas de monnaie. Harouna ne renonce pas. Il lui explique qu’il peut lui rendre la monnaie sur un billet de 500 Fcfa. La conversation se poursuit. Puis, comme un véritable petit commerçant, il saisit l’occasion pour faire la promotion de l’activité de son camarade. « Madame, vous pouvez aussi acheter des biscuits chez Oumar. »La scène fait sourire.

Pourtant, derrière cette proposition à 50 Fcfa se cache une réalité autrement plus sérieuse : celle de quatre enfants qui ont décidé de transformer leurs vacances en période de travail, d’apprentissage et de préparation de l’avenir. Harouna vient d’obtenir son DEF cette année. Issa et Oumar passeront à leur tour cet examen à la prochaine rentrée scolaire. Ali, 12 ans, fera son entrée en 7è année. Tous viennent de Banconi Farada, un quartier populaire où les difficultés économiques n’empêchent pas les rêves de grandir. Pendant les vacances, ils ont simplement choisi de ne pas rester les bras croisés.

Harouna et Issa exercent le même métier. Ils nettoient les bijoux en argent et font de petites réparations de chaussures. Oumar vend des biscuits et autres petites douceurs. Ali, le plus jeune, propose des serpillières. Leurs activités sont modestes. Leurs moyens aussi. Mais ils en tirent une certaine fierté. Pour Harouna, travailler pendant les vacances n’est pas uniquement une question d’argent. C’est également une manière de se protéger. « Cela nous permet de ne pas tomber dans les tentations et de ne pas fréquenter les mauvaises personnes », explique-t-il. Dans cette phrase se trouve toute la dimension sociale de leur démarche. Les longues vacances peuvent être synonymes de liberté, mais aussi d’oisiveté. Et l’oisiveté, dans certains environnements, peut exposer les plus jeunes aux mauvaises fréquentations et à diverses dérives. Ces quatre garçons ont choisi de remplir leurs journées utilement. Ils ont un produit à vendre, un service à proposer, des clients à chercher. Le travail leur impose un rythme. Il leur donne un objectif.

 

« NOUS SOMMES NOS PROPRES BOSS »- L’argent gagné reste au cœur de leur motivation. Pas question de le gaspiller. Harouna a déjà des projets en tête. Il veut s’acheter un vélo, de nouveaux habits, des chaussures et quelques petites choses qui lui font plaisir. Pour Issa, Oumar et Ali, la priorité est plus directement liée à l’école : acheter leurs fournitures scolaires pour la prochaine rentrée. Le reste servira à satisfaire quelques besoins personnels. Oumar résume leur satisfaction : « Au moins, on aura ce qu’on veut, car nous dépensons notre propre argent ». Issa renchérit, amusé : « Nous sommes nos propres boss. » Une formule qui fait rire, mais qui traduit aussi une véritable fierté. Ces enfants découvrent déjà ce que signifie gagner de l’argent par leurs propres efforts et décider de son utilisation. Quelques billets ou pièces peuvent paraître insignifiants. Pour eux, ils représentent des heures passées à démarcher, vendre, réparer ou rendre un service. C’est aussi une première leçon de gestion.

Derrière ces petits métiers se trouve une économie de proximité, souvent invisible dans les grandes statistiques, mais bien réelle dans les quartiers de Bamako. Un bracelet à nettoyer, une chaussure à réparer, une friandise à acheter, une serpillière à emporter : chaque besoin crée une petite activité. Les jeunes vendeurs disposent rarement d’un important capital. Ils travaillent avec ce qu’ils ont. Ils misent sur leur disponibilité, leur mobilité et leur capacité à convaincre. Harouna l’illustre parfaitement avec sa cliente. Face à l’absence de monnaie, il trouve une solution. Puis il pense au commerce d’Oumar.



Cette scène résume les rudiments de l’économie de débrouille : identifier une demande, proposer un service, fixer un prix, négocier et chercher de nouveaux clients. Pour ces jeunes, le bénéfice est peut-être limité. Mais l’expérience est précieuse. Ils apprennent à connaître la valeur de l’argent, à économiser et à faire des choix. Et surtout, ils comprennent qu’un revenu ne tombe pas du ciel. Pour autant, les petits métiers ne font pas oublier l’école. Harouna vient de franchir l’étape du DEF. Issa et Oumar se préparent à l’affronter à la prochaine rentrée. Ali s’apprête à entrer en 7è année. Leurs activités estivales ont donc aussi un objectif scolaire. Acheter des cahiers, des stylos et les autres fournitures avec son propre argent procure une satisfaction particulière.

 

l’espoir d’une vie meilleure- C’est une manière de contribuer aux dépenses familiales, mais aussi de prendre progressivement conscience de ses responsabilités. Le travail des vacances ne remplace pas l’école. Il leur permet simplement de préparer le retour en classe tout en occupant utilement leur temps. Ali est le plus jeune. Mais il ne manque pas d’assurance. Bavard, il aime parler de son activité et de ses projets. Lorsqu’on l’interroge sur l’avenir, il surprend par sa réponse : « Même si j’ai de l’argent à l’avenir, mes enfants travailleront. Ils doivent comprendre que la vie n’est pas de tout repos. » À 12 ans, Ali semble déjà avoir compris une règle qu’il entend transmettre à ses futurs enfants : rien ne doit être considéré comme acquis. Ses camarades partagent cette philosophie. Ils sont convaincus que l’avenir leur sourira et qu’ils auront un jour une histoire à raconter à leurs propres enfants. Leurs rêves restent simples. Un vélo pour Harouna.

Des vêtements et des chaussures. Des fournitures scolaires pour les autres. Et, derrière ces petits projets, l’espoir d’une vie meilleure. Leur histoire pose toutefois une question plus large. Les petits métiers exercés par les enfants pendant les vacances témoignent aussi des difficultés économiques auxquelles sont confrontées certaines familles. Il faut donc saluer leur courage sans banaliser la situation. L’enfant doit rester protégé, pouvoir aller à l’école, se reposer et grandir dans de bonnes conditions. Le travail ne doit ni compromettre sa scolarité, ni l’exposer à l’exploitation ou aux dangers. Mais chez Harouna, Issa, Oumar et Ali, une autre réalité apparaît : la volonté de ne pas subir. Ils ne veulent pas que la précarité de leur quartier détermine leur avenir. Ils veulent travailler honnêtement, préparer leur rentrée et rester loin des mauvaises fréquentations.

Dans quelques semaines, les rues laisseront place aux salles de classe. Les bijoux, chaussures, biscuits et serpillières seront temporairement rangés. Harouna poursuivra son chemin après le DEF. Issa et Oumar auront leur examen en ligne de mire. Ali découvrira la 7è année. Les vacances auront passé vite. Mais elles leur auront laissé une leçon durable : celle de la valeur de l’effort. À Banconi Farada, ils sont nombreux, ces enfants qui mettent leurs vacances à profit pour exercer de petits métiers. Leurs activités ne rapportent pas toujours beaucoup. Elles ne font pas d’eux des entrepreneurs au sens classique du terme.



Mais elles leur apprennent à se débrouiller, à négocier, à économiser et à croire en leurs capacités. Surtout, elles leur offrent une alternative à l’oisiveté. Leurs mains sont encore petites, mais elles savent déjà travailler. Leurs poches sont peu garnies, mais leurs rêves sont grands. Et alors que la rue pourrait parfois leur tendre ses pièges, Harouna, Issa, Oumar et Ali ont choisi une autre voie : celle du courage, de l’effort et de la dignité.

Mariam A. TRAORÉ

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