Sous un soleil de plomb, dans les rues de Bamako comme dans les villes et villages du pays, ils vendent de l'eau fraîche, des fruits, des galettes, des cacahuètes ou quelques menus articles. Ils sont enfants, mais déjà debout face aux réalités de la vie.
À les voir arpenter les marchés et les carrefours, certains ne retiennent que leur jeune âge. D'autres s'empressent de dénoncer le travail des enfants, parfois sans prendre le temps de comprendre chaque situation. La réalité, elle, est plus nuancée. Il faut évidemment combattre sans relâche toutes les formes d'exploitation qui privent un enfant de son éducation, de sa santé et de son droit à grandir.
Mais il serait tout aussi injuste de jeter le même regard sur ces milliers de jeunes qui, pendant les vacances, donnent un coup de main à leurs parents, apprennent un métier ou gagnent honnêtement de quoi préparer la prochaine rentrée scolaire.
Ces enfants nous donnent une leçon que beaucoup d'adultes semblent avoir oubliée : celle de la dignité par le travail. Ils auraient pu choisir l'oisiveté. Ils auraient pu se laisser entraîner par les mauvaises fréquentations, les stupéfiants, les petits larcins ou les illusions d'un gain facile. Ils ont choisi un autre chemin, celui de l'effort. Et ce choix mérite notre respect.
Le petit commerce est bien plus qu'un moyen de gagner quelques pièces. C'est une école de la vie. On y apprend à accueillir un client, à compter une recette, à économiser, à faire preuve de patience et de persévérance. Autant de qualités qui ne s'enseignent pas toujours sur les bancs de l'école, mais qui forgent des citoyens responsables et des entrepreneurs capables de créer des richesses.
Au lieu de regarder ces enfants avec pitié, regardons-les avec admiration. Encourageons-les lorsqu'ils exercent ces activités dans des conditions compatibles avec leur âge, leur sécurité et leur éducation. Car un enfant qui découvre la valeur du travail honnête prépare souvent un adulte respectueux des règles, attaché à l'effort et utile à sa communauté.
Le Mali a besoin d'une jeunesse instruite, mais aussi d'une jeunesse travailleuse, créative et responsable. Les deux ne s'opposent pas ; ils se complètent. L'école forme les esprits. Le travail, lorsqu'il est encadré et adapté, forge le caractère.
La plus grande richesse d'un pays ne se mesure ni en tonnes d'or, ni en milliards de francs CFA. Elle se mesure à la qualité des femmes et des hommes qu'il forme. Et cette richesse commence parfois par un enfant qui, pendant ses vacances, vend quelques sachets d'eau pour aider sa mère, soutenir son père ou payer ses cahiers.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez l'un de ces petits vendeurs, ne voyez pas seulement un enfant derrière une marchandise. Voyez une promesse. Peut-être un futur chef d'entreprise, un ingénieur, un enseignant, un ministre ou un artisan d'exception. Surtout, voyez un citoyen qui a déjà compris une vérité essentielle : on bâtit son avenir avec ses mains avant de le bâtir avec ses rêves.
Et si le Mali veut vraiment préparer demain, qu'il commence par protéger, encadrer et valoriser cette jeunesse courageuse. Car une nation qui apprend à ses enfants la noblesse du travail leur offre le plus bel héritage qui soit : celui de la dignité.
Mariam A. TRAORÉ
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