Défenseur d’une souveraineté sanitaire fondée sur
la production locale, le transfert de technologies et la valorisation des ressources naturelles africaines, il plaide pour le passage des discours aux investissements structurants
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Dr Abdoulaye Konipo : Je suis Dr Abdoulaye Konipo, pharmacien et entrepreneur malien, spécialisé dans la pharmacie industrielle, le développement du médicament et la valorisation des substances naturelles. J’exerce depuis plus de vingt ans dans l’industrie pharmaceutique et j’interviens régulièrement dans les principaux forums africains consacrés aux enjeux de l’industrialisation pharmaceutique et des modèles économiques de la santé.
Je suis cofondateur et promoteur de BIOMED MALI S.A., un laboratoire pharmaceutique de droit malien spécialisé dans les médicaments à base de plantes. Notre ambition est de bâtir une industrie pharmaceutique fondée sur la création de valeur locale. Notre modèle économique repose sur trois piliers : une proposition de valeur fondée sur la transformation du potentiel des ressources naturelles africaines, l’exigence de qualité, de sécurité et d’innovation ; une structure de coûts adaptée au pouvoir d’achat des populations ; et une équation économique conciliant accessibilité et rentabilité.
Je dirige également la Pharmacie Faso Keneya ainsi que le cabinet de conseil BUREEX. J’ai par ailleurs exercé les fonctions de président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du Mali et de membre consulaire de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali.
Le Regional Health Investment Forum Mauritania 2026 s’est achevé le 14 juillet à Nouakchott sur une forte mobilisation des acteurs publics et privés. Quel bilan tirez-vous de cette édition ?
Dr Abdoulaye Konipo : Le bilan est incontestablement positif. La qualité des intervenants, la richesse des débats et la pertinence des thématiques abordées ont permis d’ouvrir des perspectives concrètes pour le développement du secteur pharmaceutique.
À mes yeux, ce forum marque une étape importante. L’Organisation de la coopération islamique franchit un cap vers la construction d’un véritable écosystème pharmaceutique régional, tourné vers la souveraineté sanitaire et l’industrialisation. Pour les entrepreneurs engagés dans la production pharmaceutique locale, cette rencontre constitue un véritable accélérateur de projets, parfaitement aligné sur les défis auxquels l’Afrique est aujourd’hui confrontée.
Le thème de cette édition était : «Renforcer le commerce et l’investissement intra-OCI dans le secteur pharmaceutique : de la stratégie à l’action». Quels engagements doivent désormais être concrétisés ?
Dr Abdoulaye Konipo : L’enjeu est désormais de mettre en œuvre la feuille de route issue des recommandations adoptées à Nouakchott. Le message adressé à l’ensemble des acteurs de l’écosystème pharmaceutique africain est clair : il faut créer une véritable synergie entre les industriels, les investisseurs, les pouvoirs publics, les centres de recherche et les institutions financières afin de développer durablement la production pharmaceutique locale, en particulier en Afrique de l’Ouest.
Les échanges ont largement porté sur la production locale, le transfert de technologies et les partenariats industriels. Quels sont, selon vous, les principaux leviers pour accélérer la souveraineté pharmaceutique ?
Dr Abdoulaye Konipo : L’Afrique doit construire son propre modèle. L’Europe dispose du sien, l’Amérique également, tandis que l’Asie a bâti sa réussite autour d’une stratégie de montée en compétences industrielles et de reproduction progressive des technologies.
Pour l’Afrique de l’Ouest et l’espace OCI, plusieurs facteurs seront déterminants : une réglementation harmonisée et adaptée aux réalités du continent, un transfert de technologies intelligemment organisé, une structuration industrielle solide, des mécanismes de financement répondant aux besoins des entreprises africaines, ainsi qu’un investissement massif dans la formation des talents.
La réussite passera également par une véritable intégration régionale et une coopération étroite entre tous les acteurs de la chaîne de valeur pharmaceutique. Vous avez participé à plusieurs rencontres B2B avec des investisseurs, des industriels et des décideurs. Quelles opportunités retenez-vous ?
Dr Abdoulaye Konipo : Ces rencontres ont débouché sur plusieurs perspectives concrètes. La plus importante est la signature d’une convention avec le cabinet AfriDeals & Partners portant sur la structuration de projets industriels, le co-investissement, le transfert de technologies et la mise en place de plateformes régionales de distribution destinées à accompagner notre activité dans les médicaments à base de plantes. À moyen terme, nous pouvons raisonnablement espérer l’émergence de partenariats structurants : des coentreprises, des accords de licence, des programmes de renforcement des capacités industrielles et la création de nouvelles unités de production modernes. Ces initiatives permettront également de renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales et d’améliorer l’accès des populations à des médicaments de qualité.
En tant que pharmacien et entrepreneur, quel rôle le secteur privé africain doit-il jouer dans cette transformation ?
Dr Abdoulaye Konipo : Je suis convaincu que le secteur privé doit devenir le moteur de l’investissement, de l’innovation et de la structuration industrielle, plutôt que de se limiter à un rôle de distributeur de produits importés. Les entreprises africaines doivent investir dans des unités de production compétitives, financer la recherche et le développement, conclure des partenariats technologiques stratégiques et adopter les meilleurs standards internationaux en matière de qualité et de gouvernance. Nous devons inverser le modèle actuel. L’Afrique ne peut plus rester le premier client mondial de l’industrie pharmaceutique. Elle doit devenir un fournisseur de solutions thérapeutiques innovantes, notamment grâce à l’immense potentiel que représentent ses ressources végétales et ses substances naturelles.
Quel message adressez-vous aux gouvernements, aux investisseurs et aux partenaires techniques à l’issue de ce forum ?
Dr Abdoulaye Konipo:Il est désormais temps de transformer cette dynamique en résultats concrets. Nous devons passer rapidement des intentions aux investissements. Cela suppose des stratégies nationales claires, des financements dédiés et des partenariats public-privé orientés vers des projets industriels à fort impact.
Mon appel est simple : concentrons nos efforts sur quelques projets structurants prioritaires — production locale, chaînes logistiques, recherche et développement, transfert de technologies — avec des objectifs mesurables en matière de souveraineté sanitaire, de création d’emplois qualifiés et de valeur ajoutée industrielle dans l’espace OCI à l’horizon 2040. Seule cette approche permettra de bâtir une industrie pharmaceutique africaine compétitive, résiliente et durable.
Rédaction Lessor
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