Pendant longtemps, le son du djembé a accompagné les fêtes, les cérémonies et les grands moments de la vie communautaire en Afrique de l’Ouest. Au Mali, cet instrument occupe une place importante dans la culture et représente à la fois une tradition musicale, un savoir-faire artisanal et un symbole de rassemblement. Associé aux traditions mandingues, le djembé possède une histoire ancienne. Sa fabrication était notamment liée aux Numu (forgerons Ndlr), artisans spécialisés dans le travail du bois et du métal. Au fil du temps, l’instrument s’est répandu dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest.
Son son accompagne les mariages, baptêmes, fêtes et autres cérémonies, tout en permettant aux musiciens de communiquer avec les danseurs et le public. Sinaly Ballo, communément appelé Ba Numu, explique que le Djembé est un instrument très important dans la cohésion sociale. C’était un instrument qui annonçait le message du roi et de la communauté. Mais avec l’évolution, il commence à perdre ce rôle de premier plan. Aujourd’hui, cet instrument traditionnel annonce des grandes rencontres, est bien sollicité par les femmes lors des évènements sociaux et cela avec les mutations technologiques, les jeunes préfèrent les musiques modernes notamment le Balani Show.
Le président de la Fédération des associations danseurs et chorégraphes du Mali, Lassine Koné, soutient que le son du djembé ne s’arrêtera jamais. L’État doit faire une politique de revalorisation de certains instruments traditionnels. Il faut également intégrer dans les écoles primaires l’étude de certains instruments musicaux qui ont existé dans notre pays depuis des siècles. Il ne suffit pas seulement de les mettre dans les musées ou d’autres institutions culturelles. Il faut adopter un texte et une loi pour redonner à cet instrument toute sa place dans le processus de paix. Djéliba, de son vrai nom Mamady Kouyaté, trouve que le Djembé fait partie de nos vécus. Il ne peut pas disparaître quel que soit la modernisation. Il continuera a toujours joué son rôle dans la cohésion sociale.
C’est un outil de fédération au service de la paix. Dans le temps, c’était le djembé qui annonçait les événements socioculturels, les guerres, mais également le décès d’une personnalité. «Je pense que nous devons faire très attention, il est aujourd’hui plus sollicité par les Occidentaux. Ils viennent apprendre à jouer le Djembé chez nous, voire à le confectionner. J’ai même appris qu’il y a des Occidentaux qui fabriquent maintenant des djembé en Europe et c’est devenu pour eux une source de revenus», expliquet- il à qui veut l’entendre. Karim Bengaly est professeur de musique au Conservatoire des arts et métiers multimédias Balla Fasséké Kouyaté. Il explique que le Djembé garde toujours sa place parmi les instruments traditionnels de percussion de la société africaine.
Audelà des mariages et autres évènements culturels, le djembé est toujours utilisé par les troupes de théâtre, des troupes musicales. À l’Institut national des arts (INA), on continue de former les étudiants et les fabricants traditionnels n’ont jamais arrêté. Certes, il y a eu des mutations au niveau de l’organisation des préparatifs des mariages, mais certains continuent toujours d’organiser des «Demba foli», prosaïquement une manifestation des femmes à deux jours du mariage, avec le djembé. Une ancienne choriste qui a requis l’anonymat explique que le djembé est un instrument de rassemblement. C’est vrai que les jeunes sont plus tentés avec les musiques modernes, mais le djembé porte toujours en transe les femmes.
Des artistes comme Mamadou Keïta notent que des percussionnistes maliens sont présents dans les ensembles de musique et de danse en Europe et à travers le monde. C’est aussi un moyen pour les artisans de se faire de l’argent. Pour Lassana Kouyaté, acteur culturel et passionné de traditions musicales maliennes, le djembé ne doit pas être considéré comme un simple instrument. À travers ses sons, il transmet des valeurs, des savoir-faire et une identité culturelle.
Ce résident de Médine souligne également l’importance de la transmission aux jeunes : «Si les enfants et les jeunes ne découvrent plus les instruments traditionnels, une partie de notre mémoire collective risque de disparaître. Il a conclu : «Tant que le son du djembé continuera à résonner, une partie de notre histoire continuera à vivre». Aujourd’hui, le djembé tente de s’adapter à la modernité. Il est présent dans les musiques contemporaines, les festivals et les spectacles, au Mali comme à l’étranger.
Des artistes l’intègrent à l’afro-pop, au jazz, au hip-hop et aux musiques électroniques. Selon lui, la transmission ne doit donc pas se limiter à l’apprentissage de techniques rapides ou de séquences destinées à la scène. Il est également utile de créer des archives sonores et audiovisuelles, des ateliers dans les écoles, améliorer l’accès aux instruments pour les élèves et mettre en place des programmes de reboisement liés à la fabrication des djembés. Ces mesures vont permettre la sauvegarde du patrimoine.
Ramata ONGOÏBA
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