BCEAO : L’UEMOA résiste aux crises et accélère sa croissance

En dépit des tensions géopolitiques et des incertitudes qui ont marqué l’économie mondiale en 2025, l’UEMOA a enregistré une croissance de 6,7%, une inflation ramenée à 0 % et un regain du financement de l’économie

Publié jeudi 23 juillet 2026 à 07:57
BCEAO : L’UEMOA résiste aux crises et accélère sa croissance

Avec cette performance, l’Union confirme son statut parmi les espaces économiques les plus dynamiques du continent

 

Alors que l’économie mondiale est restée confrontée aux répercussions des conflits géopolitiques, à la fragmentation des échanges et au durcissement des politiques commerciales, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) dresse un constat relativement optimiste de la situation économique de l’Union. Dans le rapport annuel 2025 présenté par le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou, la croissance mondiale est restée stable à 3,4%, soit le même niveau qu’en 2024. En revanche, l’inflation mondiale a poursuivi son reflux, passant de 5,8% à 4,1%, traduisant un apaisement progressif des tensions sur les prix. Mais c’est surtout au niveau de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’ouest (UEMOA) que les indicateurs témoignent d’une performance supérieure à la moyenne mondiale.

Avec un taux de croissance de 6,7%, contre 6,2% un an auparavant, l’Union confirme son statut parmi les espaces économiques les plus dynamiques du continent. Cette progression repose sur trois principaux moteurs : la bonne tenue du secteur des services, l’expansion continue des industries extractives et une campagne agricole plus favorable que celle de l’année précédente. Autre indicateur particulièrement marquant : l’inflation est revenue à 0% en moyenne annuelle, contre 3,5 % en 2024. Selon le gouverneur de la BCEAO, cette évolution résulte principalement de « la détente des cours mondiaux des produits alimentaires et énergétiques importés ainsi que de l’amélioration de l’offre alimentaire locale, grâce à une bonne campagne vivrière 2025-2026». Pour les ménages, cette stabilité des prix constitue un facteur important de préservation du pouvoir d’achat. Pour les entreprises, elle offre davantage de visibilité sur les coûts de production et les investissements.

 

UNE POLITIQUE MONÉTAIRE PLUS ACCOMMODANTE- Cette amélioration du contexte macroéconomique a conduit la BCEAO à modifier son orientation monétaire. Après dix-huit mois de statu quo, le Comité de politique monétaire a décidé, le 4 juin 2025, de réduire ses principaux taux directeurs. Le taux principal est ainsi passé de 3,50% à 3,25%, tandis que le taux du guichet de prêt marginal est revenu de 5,50% à 5,25%. Cette décision traduit un changement de cap. Après avoir longtemps privilégié la lutte contre l’inflation, la Banque centrale cherche désormais à soutenir davantage le financement de l’économie réelle. Les crédits accordés au secteur privé ont progressé de 5,6 %, contre 3,6% en 2024. Les financements destinés aux États ont augmenté de 7,8 %.

Le secteur de la microfinance poursuit également sa montée en puissance avec une hausse de 13,6 % des dépôts et de 9 % des crédits distribués, signe que les services financiers touchent progressivement une part plus importante de la population.

Au-delà des chiffres conjoncturels, le rapport met également en lumière plusieurs réformes structurelles. L’année 2025 restera notamment marquée par le lancement officiel de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI). Cette infrastructure permet désormais l’interconnexion des différents prestataires de paiement de l’UEMOA et devrait accélérer la digitalisation des transactions financières tout en réduisant leur coût. Dans le même temps, le Conseil des ministres de l’Union a adopté une révision du taux d’usure, afin de mieux adapter les plafonds de taux d’intérêt aux réalités économiques, tout en renforçant la protection des consommateurs et l’inclusion financière. Autre avancée institutionnelle majeure : la désignation de la BCEAO comme Autorité macroprudentielle de l’UEMOA. Cette nouvelle responsabilité conforte son rôle dans la surveillance des risques susceptibles d’affecter la stabilité financière régionale. Le gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou, souligne d’ailleurs que « le secteur bancaire demeure globalement résilient, avec des ratios de solvabilité supérieurs aux exigences réglementaires », un signal rassurant dans un contexte international encore instable.

 

UNE BANQUE CENTRALE TOURNÉE VERS L’INNOVATION- Le rapport met également en avant la volonté de la BCEAO d’accompagner les mutations technologiques. L’organisation en 2025 d’une conférence internationale consacrée à l’intelligence artificielle traduit cette ambition d’intégrer progressivement les nouveaux outils numériques dans les missions des banques centrales. Parallèlement, l’institution poursuit son expansion territoriale avec l’ouverture de nouvelles agences à Kayes, au Mali, et à Odienné, en Côte d’Ivoire, ainsi que la mise en service d’un nouveau bâtiment à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. Enfin, l’adoption d’une nouvelle politique qualité vient renforcer l’engagement de la Banque centrale en faveur de services plus performants et d’une gouvernance modernisée.

En 2026 les performances pourront-elles se maintenir ? Le rapport annuel 2025 révèle une Union plus solide qu’attendu, portée par une croissance élevée, une inflation maîtrisée et un système financier renforcé. Les décisions prises par la BCEAO montrent également un équilibre entre soutien à l’activité économique et préservation de la stabilité financière. Mais les interrogations demeurent. Les tensions géopolitiques persistent, les politiques commerciales internationales restent imprévisibles et les cours des matières premières pourraient redevenir plus volatiles. Dans ce contexte, la croissance de 6,7 % pourra-t-elle être maintenue ? L’inflation restera-t-elle sous contrôle ? Les baisses de taux suffiront-elles à accélérer durablement l’investissement privé et la création d’emplois ? Autant de questions auxquelles les résultats économiques de 2026 apporteront les premiers éléments de réponse. 

Mariam A. TRAORÉ

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