Zone de libre-échange continentale : DES AVANTAGES ET DE NOMBREUX DÉFIS

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Si certains analystes doutent de la fiabilité de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) à cause de la faiblesse de l’industrialisation des pays africains et du commerce intra africain, d’autres pensent plutôt que ce projet est un atout majeur pour le continent afin de peser sur le commerce international

L’actualité africaine a été dominée, le week-end dernier, par le lancement  de la  phase opérationnelle de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) à Niamey au Niger où étaient réunis les dirigeants du continent. Cet ambitieux projet a pour objectif de contribuer à la consolidation de  l’intégration  africaine, considérée comme  un moteur essentiel de la croissance économique et du développement durable en Afrique. Quels  avantages offre la ZLEC ? Quels défis doivent relever les Etats membres en vue de la concrétisation du projet ? Des spécialistes donnent leurs points de vue.
«L’Afrique commerce avec le reste du monde, mais elle ne commerce pas avec elle-même», déplorent certains analystes selon lesquels «une zone de libre-échange est presque un prérequis à l’industrialisation». Et pour favoriser le commerce intra-africain et attirer des investisseurs, le sommet extraordinaire de  l’Union africaine, tenu le week-end dernier à Niamey,  s’est focalisé sur la ZLEC.  Dans sa conception, la création d’un marché continental unique pour les biens et services, avec la libre circulation des hommes et des investissements, va permettre de transformer l’ensemble des  économies des 55 Etats africains  en un grand marché. La création d’un tel marché  aidera aussi à rapprocher l’Union douanière continentale et le Marché commun africain, envisagés dans le cadre de  la Communauté économique africaine (CEA).
Selon les estimations, actuellement, 16% seulement du commerce des pays africains s’effectuent avec d’autres pays du continent, principalement à travers les groupes économiques régionaux comme la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), la Cedeao (Communauté économique d’Afrique de l’Ouest) ou l’EAC (Communauté d’Afrique de l’Est). Le commerce intra-européen, lui, par exemple, atteint quelque 65%.

MENACES POUR LES INDUSTRIES LOCALES- Cependant, si  l’UA estime que  la ZLEC  permettra d’augmenter le commerce intra-africain de près de 60% d’ici à 2022,  certains observateurs et analystes évoquent le manque de complémentarité entre les  économies africaines et craignent que des importations bon marché ne viennent envahir notre espace. Aussi, en dépit des opportunités que ce projet offre, de nombreux défis restent à relever, soulignent les analystes, y compris «les craintes d’importantes pertes de recettes douanières et une répartition inégale des coûts et des bénéfices». Les pays dotés d’importantes capacités productives dans le secteur manufacturier peuvent connaître une croissance économique et des gains importants, tandis que les petites économies et les pays les moins avancés (PMA) risquent d’être confrontés à d’importantes pertes de recettes fiscales  et de menaces pour les industries locales.
Il faut aussi noter que les  négociations sur certains points très importants ne sont pas encore achevées. Il s’agit notamment du calendrier de l’abaissement des droits de douane, attendu pour la mi-2020, des règles permettant d’établir qu’un produit a été fabriqué en Afrique ou encore des règles de concurrence entre pays et des mécanismes d’arbitrage.
Le faible niveau actuel du commerce intra-africain peut changer si l’Afrique aborde efficacement les contraintes de l’offre et les faibles capacités productives, les goulots d’étranglement infrastructurels, les réseaux d’information commerciale, l’accès au financement pour les commerçants et autres opérateurs économiques, la facilitation des échanges et le commerce dans les services, ainsi que la libre circulation des personnes pour le commerce transfrontalier”. Pour résoudre les problèmes, certains spécialistes estiment que l’UA doit envisager différentes modalités de réduction tarifaire et d’autres mécanismes d’atténuation.

CADRE INSTITUTIONNEL UNIQUE- Pour d’autres analystes, la ZLEC fournira un nouveau cadre institutionnel unique, et avec un secrétariat autonome. Les États pourront parler d’une seule voix et avoir une position commune surtout  que l’Afrique se prépare pour l’après-Cotonou avec l’Union européenne en 2020. L’impact positif de la ZLEC devrait être plus important si le commerce informel est intégré dans les circuits officiels et si l’accord inclut aussi le commerce des services, soutiennent-ils.
Rappelons que  l’Union africaine envisage la création de la CEA comme la dernière des six étapes successives  impliquant le renforcement de la coopération sectorielle et la mise en place d’une union douanière continentale, d’un marché commun et d’une union monétaire et économique. Le marché unique contribuera particulièrement  à développer le commerce intra-africain grâce à une meilleure harmonisation et une coordination des régimes de libéralisation et de facilitation du commerce entre les communautés économiques régionales.
L’idée de création de la ZLEC remonte à la session inaugurale de  l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963, qui avait alors instruit le comité économique de mener une étude en vue d’accélérer l’intégration continentale. Lors du sommet de Kigali de mars 2018, les Etats membres de l’Union africaine, signataires de l’accord portant création de la ZLEC, ont donné un signal fort pour la consolidation et le renforcement des échanges commerciaux intra-africains dans l’objectif de la création d’un Marché africain unique.
La ZLEC est entrée en vigueur fin mai 2019. Elle offre un  marché de plus de 1,2 milliard de personnes qui représentant environ 2.500 milliards de dollars de PIB cumulés. A titre d’information, 54 des 55 pays africains ont signé l’accord et  seule l’Erythrée, pour le moment, n’a pas signé. Par ailleurs, 27 pays ont, déjà, ratifié l’accord. Le siège de la  ZLEC sera installé à  Accra, au Ghana. Après elle lancera très prochainement ses activités. Celles-ci consisteront à harmoniser les règlements entre Etats pour permettre le fonctionnement du processus.
Pour le négociateur en chef du Nigeria, Chiedu Osakwe, la libéralisation du commerce doit s’aligner sur des réformes structurelles internes. «Aucun pays ne va tout libéraliser d’un coup», souligne-t-il, en précisant que le processus devrait s’étendre sur plusieurs années.
Fatoumata MAÏGA

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