Vie conjugale : La jarre neuve porte chance à la nouvelle mariée

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Ce symbole millénaire traduit la vivacité de notre culture

La jarre, selon le dictionnaire « Le petit Larousse » est un « grand vase en terre cuite, à large ouverture, panse ovoïde, anses et fond plat ». La jarre « Fien » en bambara, est incontournable dans le trousseau de la nouvelle mariée, dans la majorité des localités maliennes. Cet ustensile ménager rempli d’eau trône dans un coin des antichambres, des salons. Il est adossé au tronc du manguier séculaire planté au milieu des anciennes concessions du district de Bamako.

La présence de la jarre dans le trousseau est significative. Cette pratique ancestrale fait partie de nos coutumes. La vieille conseillère matrimoniale, la « Magnanbaga », Niouma Tounkara , soutient que la jarre joue un rôle primordial dans le foyer. Elle rappelle qu’à leur époque, la jarre précédait la nouvelle mariée dans ses appartements. L’ustensile fétiche, porte bonheur du couple, est discrètement installé par une vieille parente, ou un groupe de vieilles alliées de la famille.

La sage Niouma Tounkara met en garde les fiancées de la génération actuelle. Elles ne doivent jamais accepter d’être conduites dans leur belle famille, si le trousseau de mariage ne recèle pas une jarre neuve. L’absence de la jarre neuve dans le trousseau est signe de mauvais augure.

La jarre qui se casse, sans avoir reçu un coup cela est également fatal pour le couple. «  Avoir une jarre dans sa maison, consolide les liens sociaux», a confié Mme Tounkara . L’eau de la jarre d’une épouse modèle, assure-t-elle, apaise la colère née d’un sentiment d’injustice, ou d’une incompréhension.

L’emblème de la femme-La vieille conseillère matrimoniale, le regard dans le vague, se demande si « la jarre sacrée » de la nouvelle mariée, survivra à la puissante vague d’acculturation que les télénovas propulsent dans nos foyers. Les modes de vie étrangères étouffent petit à petit les traditions des cérémonies sociales locales. L’inquiétude de grand-mère Niouma est partagée par sa collègue Kiatou Doumbia, du quartier de Daoudabougou. Elle aussi certifie que l’intérêt de la jarre décroît de plus en plus dans le cœur des jeunes couples.

Au lieu de la poser dans une tasse sur du sable fin très propre, le vase symbolique est enfoncé dans un cerceau de fer. L’épouse malienne authentique entretient elle-même sa jarre. La récompense est le respect de son mari et de son entourage.

La vieille Doumbia est convaincue que les anges ne visitent pas la nuit le foyer de l’épouse dont la jarre est tarie à tout moment. Une punition que les Bambara traduisent par l’expression « Mèlèkè niouma tè djigui a fèyé ». La femme qui oublie de renouveler l’eau de sa jarre n’a pas assez de chance dans la vie. La conseillère Kiatou Doumbia est catégorique : «  l’emblème de la femme, c’est sa jarre. Si elle parvient à sauvegarder ce vase, elle sera comblée dans sa vie de couple.

La mère Awa Marico utilise la jarre depuis près de deux décennies. Elle renouvellle périodiquement ce vase fétiche. Chaque matin, elle lave et remplit d’eau la jarre, afin que sa famille soit toujours unie. La nouvelle mariée, Aminata Kanté, estime que la jarre joue un rôle très important dans notre société, parce qu’elle fait partie intégrante de notre culture. Grâce à elle, les disputes entre un mari et sa femme s’atténuent. Elle conseille à nous tous de boire l’eau de la jarre. Elle entretient la santé, car cette eau est filtrée. La svelte Sogona Sidibé, nouvelle mariée elle aussi, utilise la jarre, pour son pouvoir d’unir les membres de la famille.

Elle croit que les génies, les anciens, les adultes, les enfants décédés se servent de la jarre pendant la nuit. En effet, la croyance populaire partout en Afrique est que les morts ne sont pas morts. Leur esprit protège jour et nuit les parents vivants. Raison pour laquelle insiste Sogona , « ma grand-mère me disait de ne jamais laisser ma jarre sans eau durant la nuit .»

Notre grand-mère Korotoumou Coulibaly, conseille à l’épouse en situation d’abandon du foyer conjugal, d’emporter toutes ses affaires de chez le mari, sauf sa jarre. Au cas où elle veut revenir. Elle a rappelé qu’au cours de la cérémonie de mariage, la jarre est le premier élément du trousseau installé dans le minibus, qui va transporter la nouvelle mariée et ses bagages.
N’importe qui ne peut pas installer la jarre de la nouvelle mariée. Cette mission de très haute estime est confiée à une épouse modèle. La vieille Korotoumou, le regard mystérieux, confie que « la femme qui n’est pas mariée, qui est divorcée et qui a une ou deux fois abandonné son domicile conjugal ne mérite pas cet honneur. Cette exigence protège le nouveau couple de la déstabilisation.

Salimatou Marico
L’ESSOR

 

Apprendre à détecter les petites manipulations dans le couple

Des mots en apparence anodins peuvent cacher de grosses tentatives de manipulation dans le couple… Et celles-ci s’avèrent parfois destructrices pour celles et ceux qui y sont exposés. Selon le psychiatre Robert Neuburger ces « paroles perverses » minent la vie à deux.
Faux raisonnements, mensonges, communication paradoxale… Que ce soit pour se protéger ou pour cacher quelque chose, nous pouvons tous, un jour, employer un raisonnement tordu, sans pour autant vouloir consciemment faire mal à l’autre. De la même façon, nous sommes rarement capables de repérer la désinformation dans les paroles prononcées par l’être aimé. Pour Robert Neuburger, psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple et de famille, ces manipulations langagières peuvent littéralement « engluer l’autre dans un piège ». « Un couple est une bulle opaque au monde extérieur. Le revers de cette intimité est qu’il n’y a pas de témoins de ce qui s’y passe.
Dans ce contexte peuvent se jouer des drames. Des modes pervers d’utilisation du langage peuvent être utilisés afin d’aveugler, rendre confus, stigmatiser son ou sa partenaire. » Prendre conscience de ce qui est réellement en train de se jouer, permet de déjouer la manipulation et « d’éviter de sombrer dans les pathologies que ces paroles perverses peuvent causer ». Voici quelques exemples de ces « mots tordus », décryptés par le psychiatre.

La culpabilisation-« Il m’a trompée, mais il soutient que c’est de ma faute, que je ne suis pas assez présente pour lui. »
Robert Neuburger : « Cette manipulation langagière est la plus fréquente : la personne qui se sent accusée va retourner la situation. Non seulement elle ne va pas reconnaître sa part de responsabilité, mais elle va rendre l’autre entièrement responsable de son comportement. La manipulation est assez grossière mais fonctionne malheureusement très bien si la victime a peur de se confronter à son conjoint, craignant de le perdre. Si la femme, dans le cas d’espèce, en vient à se sentir réellement coupable, le problème se complexifie. »
Comment déjouer le piège : « En tant que thérapeute, je demanderais à cette femme si elle est sensible à la culpabilisation. Cela permet à la fois de mettre des mots sur ce qui se passe, mais aussi d’attirer son attention sur son éventuelle tendance à la culpabilisation qui serait ici un point faible. Le travail thérapeutique consistera alors à évoquer avec elle les raisons pour lesquelles elle présente certaines dispositions à la culpabilité. »

L’apitoiement-«Je veux la quitter, mais elle va très mal et m’en empêche. »
Robert Neuburger : « Certaines personnes plus que d’autres, sont sensibles au malheur des autres. Cette fibre empathique peut aisément être utilisée par les manipulateurs. Dans le cas présent, celui qui veut partir ne le peut pas, car le conjoint fait appel à ce qui reste d’affection pour l’en empêcher.
Un homme qui part avec une autre femme ne déteste pas la précédente. Il l’apprécie souvent encore en tant que personne, mais l’attrait sexué n’est plus.  C’est un piège terrible. J’ai eu dans mon cabinet des maris me demandant de faire en sorte que leur femme aille mieux pour pouvoir partir ! C’est impossible. »
Comment déjouer le piège : « Il est parfois difficile de distinguer un authentique désespoir d’une manoeuvre manipulatrice. Mais ces comportements donnent parfois lieu à des véritables chantages affectifs, surtout si des propos suicidaires sont évoqués. Selon moi, le mieux est de mettre les pieds dans le plat, quitte à demander : “Si je reste, c’est par pitié, penses-tu que ce soit un bon lien pour un couple ?“ »
La dette-«Comment peut-il me faire tous ces reproches alors que j’ai tout sacrifié pour lui ? »
Robert Neuburger : « Certains manipulateurs exploitent la tendance de leur partenaire à se sentir en dette. Le plus souvent, la partenaire déclare : “J’ai laissé tomber ma carrière pour toi“. En réalité, la plupart du temps, ce sacrifice est concédé pour les enfants. Ce n’est pas tout à fait pareil, même si, effectivement, l’autre peut alors poursuivre sa vie professionnelle.
D’autres, au contraire, peuvent aller jusqu’à se mettre eux-mêmes en dette à l’égard de l’autre. Il est difficile de renoncer à une relation très investie affectivement et financièrement. Car si l’on y renonçait, on aurait l’impression d’avoir investi à perte toutes ces années… Cette dette que l’on se crée soi-même est la clé de l’aliénation. » Comment déjouer le piège : « Il faut se demander s’il existe réellement une inégalité dans le couple, faire un bilan le plus objectif possible de ce que chacun des deux partenaires a pu offrir à la relation. Par exemple, si l’un d’entre eux affirme : “j’ai quitté mes parents pour venir vivre avec toi“, il ne s’agit pas forcément d’un sacrifice. »

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