Un jour, un événement : Boxe, le 7 septembre 1974, Sounkalo Bagayoko devient champion d’Afrique des mi-lourds

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Ce jour à Lubumbashi, Ba Sounkalo a écrit une belle page de l’histoire du noble art malien et africain, en battant Kassongo Suzé, aux termes d’un combat qui a tenu en haleine tout le continent africain. 

Né en 1944 à Kéléya (100 km de Bamako, dans le cercle de Bougouni), Sounkalo Bagayoko restera comme l’un des plus grands pugilistes de l’histoire de la boxe malienne, voire africaine.

Au total, Sounkalo Bagayoko (g) a livré 41 combats, pour 22 victoires, dont 19 par KO, 17 défaites et 2 nuls

De 1971 à sa retraite en 1981, «Ba Sounkalo», comme on l’appelait, a livré 41 combats, pour 22 victoires, dont 19 par KO, 17 défaites et 2 nuls. Il a notamment été champion d’Afrique des mi-lourds (1974-1979). C’est en 1974 que Sounkalo Bagayoko a conquis le titre de champion d’Afrique des mi-lourds, en battant le Congolais (ex-Zaïre), Kassongo Suzé à Lubumbashi (RD Congo).

Il portera encore ce titre de 1977 à 1979. En 1975, il l’avait remis en jeu à Dakar, au Sénégal, contre un autre Congolais Mamba Shako, battu par arrêt de l’arbitre. Les anciens se souviennent encore de ce combat qui a eu lieu le 20 décembre 1975. Ce fut un combat hors du commun, car opposant un poids moyen (Mamba Shako) à un mi-lourd (Sounkalo).

Le souvenir de ce combat est resté ineffaçable dans la mémoire du public de l’époque et dans les palmarès des deux boxeurs. A Kinshasa, ce jour, 20 décembre 1975, ce combat était vécu comme une suite de l’ambiance du combat du siècle Mohamed Ali-Georges Foreman, le 30 octobre 1974, dans la capitale zaïroise. «Ba Sounkalo» était un homme de force de frappe, prêt à te faire tomber, si tu lui laisses l’occasion.

Il n’a pas ce temps là de faire des mouvements, des spectacles, car il est le genre de ces boxeurs qui vont tout droit au but comme Foreman. Un homme qui veut tout simplement te battre et t’abattre, et c’est tout. Il n’a pas de messe à faire», avait commenté le doyen, Ali Badra Keïta, en présentant Sounkalo Bagayoko.

Cette légende a été emportée par une longue maladie à 68 ans. Et, depuis le 11 mai 2012, il repose au cimetière de Niaréla. Revenons textuellement sur le compte rendu du doyen Ali Badra Keïta, l’envoyé spécial du Quotidien national L’Essor à Lubumbash pour le championnat d’Afrique de boxe des mi-lourds en 1974.

DÉTAIL IMPORTANT-Tout en restant fidèle au principe du «Mieux vaut tard que jamais», nous n’allons pas nous attaquer, directement à ce premier combat professionnel pour un titre de champion africain de boxe. Nous pensons qu’il est bon de prendre rapidement l’ambiance qui régnait à Lubumbashi avant l’heure «H» de l’événement.

Il faut dire que la ville de Lubumbashi avait atteint une atmosphère dramatique et en même temps folklorique comme on le voit toujours à la veille d’un tel événement sportif. Affichée, placardée sur les murs, presse écrite, parlée et filmée avec des titres plus ou moins en faveur du champion national, tam-tam partout où passait l’idole du pays, salle d’entraînement sonorisée à la musique zaïroise, etc, voilà l’image d’une ville de Lubumbashi où des milliers de supporters attendaient l’avant-goût du Foreman-Ali. Comme on le voit, notre Sounkalo était devenu l’enfant solitaire avec tout simplement les visites de quelques Maliens à l’Hôtel du Park (chambre 110) portant l’inscription suivante : «Aujourd’hui, samedi, pas de visite».

Ba Sounkalo (en blanc) n’aimait pas le spectacle sur le ring, il allait droit au but

Samedi 7 septembre jour «J», quatre heures avant l’heure «H», le DC-10 à bord duquel j’avais pris place atterrissait à Lubumbashi. Une heure pour les formalités et je m’en presse de trouver un taxi pour la ville. Quinze zaïres (15.000 francs maliens) pour les deux courses, me réclamait fermement le chauffeur. A mon arrivée à l’hôtel, Sounkalo et son adversaire étaient partis pour la première rencontre officielle de cette journée historique pour la boxe africaine : l’heure de la pesée des deux boxeurs. Je voulus entrer, mais le service de l’organisation s’y opposait.

«Je suis journaliste malien spécialement envoyé pour le combat, et je n’ai pas vu le boxeur malien depuis mon arrivée», ai-je expliqué. Alors tout était réglé rapidement et juste au moment où je pénétrais dans la salle les hauts parleurs annonçaient : «Sounkalo Bagayoko, veuillez monter sur la bascule». Je me précipitais vers Sounkalo, en l’appelant en bambara.

Sounkalo au lieu de monter sur la bascule, courut pour me prendre entre ses bras en me déclarant : «Grand frère, ce n’est pas possible ! J’ai télégraphié à notre Ambassade à Paris pour demander qu’un délégué puisse se présenter au combat. Mais hélas ! Je n’avais eu aucune suite. Alors je commençais à me faire beaucoup de peine. Maintenant, je suis sûr de battre Kassongo». De bonheur, des larmes lui vinrent aux yeux. Un «dur» qui était subitement devenu tout tendre.

Les chiffres de la pesée à 1 kg 078 pour sortir de la catégorie des poids mi-lourds, dont la limite est fixée à 79 kg 378. Quant au Zaïrois Suzé, il avait un bon poids de catégorie moyenne. Après la pesée, Roger Ben Saïd, président du club auquel Sounkalo et Kassongo appartiennent tous deux, devait déclarer : «Quel que soit le résultat du combat de ce soir, nous déclarons le boxeur Kassongo comme faisant partie de la catégorie des poids moyens. En conséquence, nous lançons un défi à l’actuel champion d’Afrique des poids moyens en la personne de M’Wamba pour le titre en jeu».

«Nous sommes donc à la disposition de toute personne qui voudrait organiser ce championnat des poids moyens». «Quant au combat de ce soir, je suis sûr qu’il sera très violent car les deux boxeurs tiennent au titre de champion d’Afrique qui peut leur permettre de rencontrer le champion du monde en titre : l’Américain Bob Foster».

Ce samedi 7 septembre 1974 à Lubumbashi, Sounkalo a gagné au 14è round, par jet d’éponge de son adversaire Kassongo Suzé. Après un début en faveur de Kassongo, notre compatriote commença une véritable opération de charcuterie. Au 6è round, puis au 7è, Sounkalo était presque certain de sa victoire. Mais usé à la 2è minute du 14è round il leva le bras en signe de détresse. Ainsi Sounkalo Bagayoko remportait son premier titre continental des mi-lourds, dans la catégorie des professionnels.

Seïbou S. KAMISSOKO

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