Tombouctou :LA CITÉ MYSTÉRIEUSE RETROUVE SON GÉNIE PROTECTEUR

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Le monument Al Farouk a été entièrement reconstruit après avoir été endommagé par les obscurantistes qui occupaient la ville en 2012. Il ne reste plus qu’à achever les travaux d’aménagement du jardin de la Place de l’indépendance qui l’accueille pour redonner fière allure à cet espace névralgique de la Cité des 333 saints.

Les travaux de reconstruction du célèbre monument Al Farouk de Tombouctou sont en cours. En effet, ce monument, un des symboles de la Cité mystérieuse, avait été sérieusement endommagé par les occupants de la ville en 2012. Situé en plein cœur de la capitale de la 6ème région administrative du Mali, ce monument trône sur la Place de l’indépendance.
Au-delà de la reconstruction du monument, le projet est conçu comme l’opportunité de repenser le fonctionnement, l’aménagement et les usages de la Place de l’indépendance, pour en faire un lieu de rencontre et de commémoration attractif et convivial. Pour le moment, seul le monument est entièrement terminé.
Il a été érigé en 1960 pour célébrer l’indépendance retrouvée de notre pays. Anciennement Place Joffre sous l’occupation française, elle est devenue Place de l’indépendance le 22 septembre 1960. Le monument central représente un cavalier et sa monture. Le cavalier porte le litham (pièce d’étoffe couvrant la partie inférieure du visage des Touareg). Ce cavalier légendaire porte le nom d’Al Farouk. Selon la légende locale, cet homme blanc, tout de blanc vêtu, sur son cheval blanc avec un grelot, hanterait les rues et les places de la ville durant la nuit. Ce génie protecteur, Al Farouk avait dû quitter la ville de Tombouctou à cause du mauvais comportement de la jeunesse, pour se retrouver à Djenné.
C’est donc toute la symbolique du cavalier Al Farouk, génie protecteur de la Cité des 333 Saints, qui se ravive ici avec la réinstallation de ce monument réalisé à son effigie. Le monument a été conçu avec le souci de rapprocher la valeur patrimoniale et la légende d’Al Farouk à travers les éléments inspirés des racines culturelles et historiques de Tombouctou, avec la création artistique contemporaine.
Le choix des matériaux dans la réalisation du monument, ainsi que sa réintégration judicieuse dans son environnement et le paysage, témoignent d’un fort désir de pérenniser Al Farouk à qui la population accorde une importance capitale à travers les histoires et sa légende conservées jalousement depuis plusieurs siècles. En plus de participer durablement à la préservation et à la perpétuation des contes et légendes, c’est aussi une composante clé du patrimoine culturel immatériel de Tombouctou et du Mali. La reconstruction du monument Al Farouk contribue ainsi à renforcer l’identité et la fierté des communautés de Tombouctou, et s’inscrit dans l’élan de développement amorcé tout en consolidant les fondements de la paix et de la cohésion sociale.

CARACTÈRE MYSTÉRIEUX

Les travaux d’aménagement
du jardin se poursuivent

Al Farouk a donc été reconstruit en plus grand et plus élaboré. Le projet du bureau d’architecture Audex, lauréat du concours d’architecture et adjudicataire du marché, a présenté « Le cavalier posé sur une série de sept anneaux dont les diamètres croissent de la gauche vers la droite, (du plus petit au plus grand) de façon à former une sorte de spirale, explique Mamadou Koné, l’architecte consultant de l’Unesco.
Les anneaux sont solidement ancrés dans le sol de la plateforme sous divers angles. Les premiers, plus petits à partir de la gauche, sont inclinés vers la gauche et les plus grands à partir de la droite sont légèrement inclinés vers la droite.
Le cheval, tel que imaginé par les créateurs du premier monument, se détend de tout son long en prenant appui sur une poutre transversale qui lie les sommets des sept anneaux. Les anneaux sont dimensionnés et disposés de façon à ce que l’alignement de leurs sommets respectifs s’inscrive dans un cercle dont la poutre transversale en est un arc.
Les anneaux par leur agencement et leur alignement projettent, littéralement, le cavalier vers l’avant, comme si celui-ci avait pris appui sur un ressort à boudin géant (spirale) très puissant. C’est une rampe de lancement pour le cavalier qui s’envole vers un avenir radieux symbolisé par l’ouverture de la spirale vers l’avant.
Le support du monument, composé de vides et de matières, est, par contre, très léger et transparent. Les dimensions des anneaux (entre 2 et 11 mètres) contrastent avec la légèreté apparente de la structure qu’ils forment.
Il apparait dans certains récits, relatifs à la légende d’Al Farouk, que le cheval pouvait voler. D’autres rapportaient que l’on pouvait entendre, dans la nuit, le grelot et les pas de sabots du cheval contrarié.
Les vides entre les anneaux de sagesse qui supportent Al Farouk, interprètent et font référence au caractère mystérieux et au destin contradictoire et tragique du génie protecteur de la ville, qui, malgré ce statut, a été exclu par les habitants même de Tombouctou.
Les travaux de construction du monument sont terminés. Par contre, ceux du jardin où des bancs publics et des espaces gazonnés sont en cours pour quelques semaines encore. A la fin, il s’agira d’un ensemble plus harmonieux permettant de rendre plus fonctionnel le monument. On se souvient que le lauréat, à l’issue du concours d’architecture, avait été récompensé par un diplôme et une somme de 2 millions de Fcfa. Une initiative qui s’inscrivait dans le cadre du programme de réhabilitation du patrimoine culturel et de la sauvegarde des manuscrits anciens du Mali, chapeauté par l’Unesco en partenariat avec le gouvernement du Mali à travers le ministère en charge de la Culture.
Le financement de cet important édifice est assuré par l’Union européenne pour 150.000 dollars et 50.000 dollars par la Minusma, soit un total de 200.000 dollars ou 110 millions de nos francs. Une somme qui suffit pas pour le reste des travaux qui concerne : les trois petits anneaux servant de porte d’entrée sur l’espace, le système photovoltaïque, et le reste de l’aménagement de la Place de l’indépendance. Le gouvernement, à travers le ministère de la Culture, promet d’accompagner le projet.
Retenons enfin que le monument Al Farouk est un joyau du tissu urbain de Tombouctou, un lieu de mémoire et un espace de dialogue et d’échanges. C’est un symbole fort de l’histoire de la mythologie de la Cité mystérieuse qu’est Tombouctou, la «Ville des 333 saints».

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