Ticad VII à Yokohama : Coopération de type nouveau entre l’Afrique et le Japon

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Réunis dans la ville japonaise depuis hier, dirigeants africains et nippons vont esquisser les contours d’un nouveau partenariat qui sera axé sur la formation des ressources humaines, le développement de la santé et de l’éducation et la promotion de l’investissement et de l’innovation

La 7è Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad VII), qui réunit plus de 4500 participants, s’est ouverte, hier, dans les locaux du Pacifico Yokohama, un imposant centre international de conférences en présence du Premier ministre japonais, Shinzo Abe et de plusieurs dirigeants africains. Outre le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, on notait la présence d’Abdel Fattah Al-Sissi (Egypte), Alpha Condé (Guinée-Conakry), Macky Sall (Sénégal), George Weah (Liberia), Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti), Paul Kagamé (Rwanda), Uhuru Kenyatta (Kenya), Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud), Yoweri Museveni (Ouganda).
La Ticad entre dans une nouvelle ère, celle d’une vision axée sur l’entrepreneuriat et l’entreprise, mais aussi l’investissement et l’innovation. En tout cas, c’est le modèle dans lequel le Japon et l’Afrique entendent inscrire, désormais, leur coopération ou leur partenariat. En d’autres termes, le futur de la Ticad a été esquissé avec des contours qui prennent en compte d’autres dimensions, notamment la formation des ressources humaines, la promotion de la santé et de l’éducation et l’investissement dans le développement du continent africain.
La Ticad globalement représente une réelle opportunité de réflexions plus poussées sur les questions de développement et de stabilité de notre continent entre leaders africains et les autorités nipponnes. Au cours de cette édition, les échanges seront focalisés sur le climat des affaires, la gouvernance, le partenariat, la sécurité et la paix qui demeurent.

Le président de la République à l’ouverture de la conférence

BILAN D’ÉTAPE – Sur ce dernier thème, une intervention du président Keïta est calée pour demain vendredi. Mais en attendant, le chef de l’Etat aura l’opportunité de verser dans le débat son avis dans les différentes problématiques que les pays africains ont en commun.
Il est attendu des participants à ce rendez-vous de Yokohama, des propositions pertinentes sur les thématiques et un bilan d’étape de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique qui a été instituée en 1993, après la fin de la Guerre froide. Ce bilan a pour but de mesurer les progrès accomplis par les Etats africains dans le cadre de ce partenariat Afrique/Japon. Il s’agira aussi d’identifier les défis de développement à relever très rapidement.
Quelle opportunité représente la Ticad ? Il est clair que la Ticad n’apportera pas une solution toute faite au développement de notre continent, mais elle peut impulser une prise de conscience et surtout inspirer un nouveau type de partenariat avec d’autres pays développés. Déjà, une chose est évidente, l’Afrique a réalisé des progrès notoires grâce à la Ticad parce que les investissements japonais en Afrique s’améliorent grâce aussi aux entreprises privées japonaises. A ce propos, il existe même le Conseil des entreprises japonaises pour l’Afrique ou «Japan Business Council For Africa» qui balise le cadre du partenariat public-privé.
Le Japon et l’Afrique ont compris que le développement passe aussi par les investissements dans les infrastructures, l’amélioration du climat des affaires, mais aussi par l’implication du secteur privé dans les initiatives de consolidation de la croissance économique. Les deux parties sont prêtes à engager des actions pour passer le cap supérieur et obtenir le développement des pays du continent.

DE GROS INVESTISSEMENTS – Le Premier ministre japonais a expliqué que son pays a investi, ces trois dernières années, 20 millions de dollars, soit environ 10.000 milliards de Fcfa. Il a tenu à préciser que ce financement a été mobilisé par les entreprises japonaises à l’expertise avérée dans leur domaine de prédilection ou de compétence. Shinzo Abé a aussi relevé que le gouvernement japonais n’épargnera aucun effort pour l’accompagnement de notre continent. A ce propos, il a souligné que les entreprises qui parient sur l’Afrique seront soutenues. Dans les secteurs de la santé où il estime qu’il faut répondre à la maladie par une médecine de pointe, de l’éducation et de la formation des ressources humaines, le Premier ministre de l’Empire du Soleil levant a décrit un catalogue d’intentions de son pays.
De son côté, le président en exercice de l’Union africaine, Abdel Fattah Al-Sissi, a souhaité une réorientation vers plus de coopération scientifique et de financement de projets avec des énergies renouvelables pour réduire les conséquences du changement climatique.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres et le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, ont aussi partagé des constats.
Le premier a rappelé l’urgence et la nécessité d’améliorer la productivité et la compétitivité pour libérer le potentiel en Afrique. «Il y a des constats. Le Japon est déjà présent en Afrique dans bien de domaines. Mais ce que je note pour ma part, c’est la sécurité humaine, les questions de santé et de développement sont des questions prioritaires dans la coopération entre le Japon et l’Afrique. Je pense que nous serons un peu plus avancés, lorsque nous serons en plein dans les débats et dans le déroulement des différentes thématiques qui sont à l’ordre du jour», a confié, à l’entame des travaux, le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta. La Ticad entend donc amener nos pays à penser le développement global qui requiert des préalables. Ce challenge est à portée de main et les chefs d’Etat et de gouvernement africains doivent s’engager dans la voie avec conviction, mais surtout cerner les autres aspects qui y sont liés.
D’où les échanges en plénière sur des thèmes : «Accélérer la transformation économique et améliorer l’environnement des affaires grâce à l’innovation et la collaboration du secteur privé», «Dialogue sur les questions commerciales entre les secteurs public et privé», «Edification d’une société durable et résiliente», «Autonomisation des jeunes et des femmes, éducation, science, technologie, innovation, changement climatique et réduction des risques de catastrophes et questions environnementales» et «Renforcer la paix et la stabilité».
Une analyse situationnelle établit que la Ticad se tient dans un contexte global dynamique et en évolution favorable et les avancées économiques enregistrées par les pays du continent. En atteste la mise en œuvre opérationnelle de la Zone de libre échange continentale africaine pour renforcer l’intégration économique entre les Etats africains en vue d’atteindre les résultats du Traité d’Abuja.
Pour mettre tous les efforts en synergie, la 7è Ticad doit aboutir à la mise en œuvre d’un plan d’actions de Yokohama qui s’inscrira dans la continuité de ceux des deux dernières Ticad (V et VI).

Envoyé spécial
Bréhima DOUMBIA

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