Supplément culture, Ousmane Goro dit Petit Goro: Un prodige de la musique en devenir

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Il est jeune, il chante en dogonon, bamanan, pular, et aussi en français. Il joue plusieurs instruments de musique comme les guitares bass et solo, la guitare monocorde ou « Socou » en bamanan, le piano, le tam-tam, la calebasse, la batterie. Il est double diplômé d’études supérieures avec une maîtrise en sciences économiques de la FSJP de Bamako en 2005, et un master en musique et chant du Conservatoire des arts et métier multimédia Balla Fasséké Kouyaté (CAM-BFK) de Bamako en 2010. Il est actuellement assistant professeur d’enseignement supérieur au CAM-BFK. Il défend une musique moderne malienne qui combine la tradition et les sonorités venues d’ailleurs. Ce jeune homme, âgé d’une quarantaine d’années, à la taille fine, plein d’énergie, les yeux vifs, la coiffure « Moro-moro », c’est Ousmane Goro dit Petit Goro. Dans leur milieu, il fallait faire la différence entre ses aïnés de la famille et lui.

Le jeune musicien, qui venait de passer son baccalauréat, fut obligé de fuir le domicile parental. Son tuteur ne voulait pas qu’il fasse de la musique. Car, chez eux, au Pays dogon, les nobles ne chantent pas. Il s’en va à Bobodioulasso au Burkina.
Il prend contact avec le directeur de la maison de production Seydoni. Ayant appris qu’il a fugué, ce dernier lui conseille de retourner à Bamako avec sa maquette et le recommande à sa représentation de la capitale. Il rencontre l’instrumentiste et ingénieur de son et propriétaire de studio Oumar dit Barou Diallo de Lafiabougou. Il y réalise son premier album en 1999, mais qui ne pourra sortir qu’en 2003. Cet album est intitulé « Emenabe », la maman en dogonon. Avec le clip éponyme de cet album, il fait une première apparition à la télévision (ORTM). C’est le succès enregistré lors de cette première qui amène ses parents à comprendre que non seulement il est décidé à faire de la musique son métier, mais surtout que sa musique d’orchestre est différente de celle des griots.

Surnommé Petit Goro, il possède un orchestre et a quatre albums à son actif de 2003 à nos jours. Il s’agit de : Emenabe (2003) ; « Laïdou » en 2007 ; « Sababou » en 2009 ; et « Atemou » en 2016. Il s’installe de plus en plus sur la scène musicale malienne et bientôt africaine, ajoute-t-il. Car sa musique est assez particulière. En effet, Petit Goro explique qu’il s’agit d’une sorte de mélange de musique dogon et de musique moderne.

Parfois, il y ajoute un peu de reggae du fait de l’influence que le rasta ivoirien Alpha Blondy a eu sur le jeune lycéen qu’il fut. « J’ai aimé faire de la musique en écoutant les morceaux de Alpha Blondy, puis j’ai débuté avec le rap et le reggae et après j’ai viré vers la musique tradi – moderne dogon ». La musique rassemble beaucoup de gens, elle éduque et influence beaucoup de personnes, poursuit-il. C’est un véritable outil de cohésion sociale. C’est d’ailleurs ce qui l’a motivé à apprendre plusieurs instruments de musique seulement à partir de 2008. Il a appris tous ces instruments en un temps record. Une prouesse qu’il ne peut expliqué lui-même.

« Dans nos chansons, nous incitons la population à s’unir, à dialoguer pour que le pays retrouve la paix et la dignité qui le caractérisent. Tous les Maliens sont frères. Donc, c’est ensemble que nous allons reconstruire ce pays», laisse-t-il entendre.
En 2000, Ousmane Goro a donné un concert mémorable à la Maison des jeunes de Koro. Pour lui, il s’agissait d’un essaie qui s’est transformé en un grand succès. En effet, la jeunesse de cette ville était particulièrement fière de voir enfin un des siens se présenter pour ce genre de prestation.

Pour ses trois autres albums, Ousmane Goro joue lui-même toutes les partitions sur chacun des instruments. Puis, il commence à les mixer sur un ordinateur. C’est après ce premier travail, qu’intervient l’arrangeur professionnel.
Après des représentations dans plusieurs festivals, il signe un contrat avec une maison française de production « In The Box », avec laquelle il sort le 4è album Atemou qui est actuellement vendu sur le marché européen.
Petit Goro a eu la chance de se produire dans certains festivals en Mauritanie, au Maroc, en Belgique, en Hollande, en Pologne, en Allemagne, en France, etc. Il revisitera ce dernier pays à partir du mois de septembre prochain dans le cadre de la promotion de son album Atemou. Petit Goro prépare déjà son 5è album qui sortira en juillet 2020.

Youssouf Doumbia
L’ESSOR

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